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Reportage un an après l’exode – Sur les traces des réfugiés ivoiriens au Liberia

Ils sont nombreux à avoir abandonné leurs terres pour échapper à leurs bourreaux de la crise post-électorale qui ont fait des victimes en leur sein dans le Moyen-Cavally. Destination : le Liberia où ils connaissent différentes fortunes. Le Nouveau Courrier est allé à leur rencontre.

Pascal Douhou, clerc d’huissier à Abidjan, avait un objectif clair en se rendant à Sewin1 ce dimanche 25 mars 2012 : convaincre son père, le patriarche Gaston Manhan Douhou, 98 ans, de rentrer dans son village, Zilébly, à trois kilomètres de la frontière avec le Liberia. Malheureusement, il n’obtiendra pas satisfaction. Le patriarche Manhan oppose un refus poli à son fils en lui rappelant que la situation sécuritaire dans leur localité n’est pas encore rassurante. «Je préfère attendre encore ici à Sewin, le temps que les choses s’améliorent de façon acceptable chez nous où nos forêts font l’objet d’exploitation abusive d’étrangers et où notre sécurité est confiée à des hommes identifiés comme nos bourreaux d’hier. Ici à Sewin, même si nous ne vivons pas comme c’était le cas chez nous, nous réussissons à sauvegarder nos vies», justifie le patriarche de l’un des quatre cantons du département de Blolequin, le canton Boo. Cette crainte est partagée par tous les réfugiés du Moyen-Cavally dans le village Sewin, à 3 kilomètres du fleuve Cavally, sur le territoire libérien. Autrefois petit campement de cinq cases, Sewin a connu un développement vertigineux du fait de la présence de réfugiés ivoiriens fuyant les atrocités. Au nombre de 1079, ces réfugiés, avec la permission de Djéri Manhan, propriétaire terrien, ont acquis des parcelles de terre pour construire des cases habitables et faire de la culture vivrière (riz, manioc, maïs…).

Des réfugiés ivoiriens dévisant dans le village de Sewin 1.

Aujourd’hui, Sewin est devenu un gros village de plus de 200 cases. Il est traversé de part et d’autre d’un bas-fond le subdivisent en Sewin1 et Sewin2. «Depuis que ces réfugiés sont arrivés dans ce campement, il n’y a aucun problème entre nous. Je leur permets d’avoir une parcelle de forêt, de la défricher et d’y faire des cultures pour leur permettre d’avoir de quoi à survivre en attendant de retourner chez eux un jour. J’ai été réfugié aussi, du fait de la guerre dans mon pays ici au Liberia, donc je connais les difficultés que pourrait rencontrer un réfugié dans un pays qui n’est pas le sien», explique Djeri Manhan.

Un attroupement de réfugiés ivoiriens venus à la rencontre d’un donateur à Sewin.

Les réfugiés de Sewin1 et Sewin2, dès qu’ils ont eu le feu vert du chef de village, n’ont pas hésité à adopter des habitudes  qu’ils avaient déjà dans leur pays d’origine. Parties de chasse, extraction de vin de palme après l’abattage de palmier, culture de riz, de manioc, petits commerces… Chaque femme, dans sa case, essaie tant bien que mal de maintenir son foyer allumé pour donner de quoi à manger aux membres de la famille qui ont pu échapper aux griffes de leurs bourreaux en Côte d’Ivoire. Pour les questions liées aux accouchements des femmes et autres soins médicaux, les patients sont évacués dans les centres hospitaliers de Zwuedru, ville libérienne située à une quinzaine de kilomètres.

L’équation des humanitaires

Lorsqu’ils sont arrivés à Sewin1, les réfugiés ivoiriens ont été recensés par les organisations humanitaires, notamment le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Ils ont ensuite bénéficié d’assistance par la distribution de vivres à chacun. Mais depuis trois mois, l’aide qui leur était apportée par les humanitaires n’arrive plus. Me Zoué Taha, Greffier à la retraite, réfugié dans le village de Sewin, donne les raisons : «C’est parce que nous avons refusé d’aller dans les différents camps qui ont été construits pour les réfugiés à Solo Town et ailleurs. Nous sommes 1079 à Sewin. Avec les enfants et les vieilles personnes, nous ne pouvons pas nous déplacer pour aller vivre dans des camps, sous les tentes,  parce que les conditions de vie là-bas sont très difficiles. Les tentes sont restreintes, la vie y est très chère, parce que quand les vivres finissent, il faut débourser de l’argent pour se nourrir. Alors qu’ici, nous pouvons avoir des champs de manioc, de riz, on fait des pièges pour animaux, on va à la chasse, etc. L’encombrement dans les camps provoque des maladies, il y a des morts. Chaque mois, il y a deux, trois voire quatre morts.»

A la recherche de conditions de vie acceptables en dehors des camps, de nombreux réfugiés ont préféré se trouver des tuteurs. Et, outre Sewin1 et Sewin2, ce sont les localités de Gbodeken, de Tuzon… qui ont accepté d’accueillir chez eux des Ivoiriens réfugiés sur le territoire libérien. Mais les tuteurs libériens sont loin d’être bien lotis, après la longue guerre que leur pays a connue. «Nous aidons nos hôtes dans la possibilité de nos moyens vu la situation que nous aussi venons de traverser dans notre pays. Nous sommes en pleine reconstruction», rappelle dame Djra, septuagénaire. Rentrée d’exil en Côte d’Ivoire, elle essaie de reprendre goût à la vie, sur les ruines de Tuzon,  le village de l’ex-président libérien, Samuel Doe.

Solo Town, PTP, Zia… au rythme des organisations humanitaires

Compte tenu du nombre considérable de réfugiés ivoiriens sur le territoire libérien, les organisations humanitaires ont obtenu des populations autochtones des espaces pour construire des camps aux réfugiés. Ainsi, à Solo Town, un espace a été octroyé aux réfugiés dont le camp, le plus grand de la zone, porte le nom du village. Dans ce camp de plus de 6 000 personnes comme dans les autres camps, notamment ceux de Bo Town (5000 personnes majoritairement originaires de Zéaglo dans le département de Bloléquin), PTP (plus de 4 000 réfugiés), Zia (également de 4 000), un programme spécial est réservé aux réfugiés ivoiriens. Distribution de vivres (riz, sel, huile…), assistance sociale, soins de santé à travers des séances de vaccination et le suivi des femmes enceintes. Les enfants en âge d’aller à l’école, conformément au programme de l’Education nationale libérienne, bénéficient de cours de mise à niveau, le temps de retrouver les salles de classe qu’ils ont quittées dans leur pays. Mais toutes ces actions des humanitaires sont loin de satisfaire les réfugiés qui souhaitent une nette amélioration des conditions de vie ; déplorant les incessants décès en leur sein et le niveau approximatif des enseignants qui dispensent les cours à leurs enfants.

Un responsable local d’une organisation humanitaire révèle, sous le couvert de l’anonymat, que la situation s’étant améliorée en Côte d’Ivoire, l’accent est en train d’être mis sur le retour des réfugiés dans leur pays d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle des listes sont dressées pour octroyer un petit pécule aux volontaires qui voudraient rentrer chez eux. Mais la tâche n’est pas aisée. Les volontaires que nous avons vus à Solo Town, qui compte plus de 6 000 réfugiés, se comptent sur le bout des doigts.

Par Saint-Claver Oula

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source: Le Nouveau Courrier

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