Bamba Ladji, ancien joueur de l’Africa Sport : ‘‘Les connaisseurs du football savent ce qui s’est réellement passé en 1995’’‘‘Les connaisseurs du football savent ce qui s’est réellement passé en 1995’’
Plus dix-sept ans après, l’ancien goleader de l’Africa Sport revient sur l’affaire dite Bamba Ladji qui a fait perdre le titre sur tapis vert aux Oyé. Il jette aussi un regard sur l’évolution actuelle de son club ainsi que sur le championnat local. Causerie…
Que devient Bamba Ladji depuis la fin de sa carrière?
Je suis maintenant agent de joueur même si je n’ai pas encore la licence Fifa. Et je suis aussi homme d’affaires.
Dans quel domaine exerces-tu en tant qu’homme d’affaires?
Je suis un peu touche à tout. J’ai monté une société. Je suis aussi bien dans le bâtiment que dans l’import-export.
Est-ce à dire que le football, c’est fini?
Non, pas du tout. Puisque je viens de vous dire que je suis agent de joueur et que j’ai même réussi à placer quelques joueurs. C’est dire que je suis encore en plein dans le domaine.
On ne peut pas échanger avec Bamba Ladji sans revenir sur cette histoire qui a beaucoup défrayé la chronique en 1995. Est-ce qu’il t’arrive de penser encore à cela?
Bien sûr que oui. Avec beaucoup d’amertume. Parce que j’aurai dû faire une belle carrière. Malheureusement, ça ne s’est pas passé comme je l’aurai ssouhaité. Mais bon, je mets cela sur le compte du destin et la vie continue.
A t’entendre, c’est bien à cause de cette affaire que tu n’as pas connu la grande carrière à laquelle tu rêvais?
Effectivement. Dès l’éclatement de cette affaire, ma carrière avait pris un coup. Mais bon voilà , c’est le destin.
Pourtant, le talent était là qui t’aurait permis d’aller au-delà de cette affaire?
Oui, mais bon… Quand tu es croyant, tu mets tout sur le compte du destin. Tu te dis qu’après tout, ça devait se passer comme ça. Comme on a toujours la possibilité de se refaire dans la vie, et qu’il y a plusieurs possibilités dans une vie, je suis aujourd’hui dans les affaires et toujours dans le milieu du football. Par la grâce de Dieu, je suis en train de faire mon petit bonhomme de chemin.
Concrètement, quels souvenirs gardes-tu de cette affaire?
Oh, mais quand je repense encore aux supporters de l’Africa Sport, j’en garde de belles images, de très bons moments. Je garde de très bons souvenirs de ces moments parce que les gens m’ont beaucoup soutenu. Mais, comme je l’ai dit plus haut, je passe un trait là -dessus et je passe à autre chose aujourd’hui.
Certes tu veux tirer un trait sur cette scabreuse affaire. Mais dis-nous, dans quel état d’esprit étais-tu en 1995 quand l’affaire battait son plein. Tu passais sûrement des nuits blanches?
Oui, j’ai passé beaucoup de nuits blanches. J’ai fait trois mois de déprime et j’avais pour seule envie de quitter le pays. Mais, heureusement, on m’a conseillé de continuer avec l’Africa Sport afin de montrer à ces gens-là (ceux qui l’ont accusé d’avoir falsifié son identité, ndlr) que j’avais beaucoup de talent. Et c’est ce que j’ai fait.
Après l’Africa, quelle a été la suite de ta carrière?
Je me suis retrouvé en Suisse. J’ai joué encore deux ans à l’Africa Sport après l’affaire Bamba Ladji et nous avons été champions. C’est après que je me suis retrouvé au JFC Cocody avec Eugène Diomandé comme président à l’époque. C’est lui qui m’a trouvé peu après un club en Suisse où je suis resté six ans. Après je me suis retrouvé en Turquie avant de terminer en Azerbaïdjan.
En restant à l’Africa après une affaire que tu reconnais t’avoir profondément troublé, que voulais-tu prouver?
Je voulais prouver que quel que soit l’âge, le talent est éternel. Et cela s’est parfaitement justifié puisque j’ai été champion de Côte d’Ivoire après avec l’Africa Sport.
Quels sont justement tes rapports avec ce club aujourd’hui?
Oh, je suis à Abidjan il y a seulement quelques jours, donc je ne suis pas encore rentré en contact avec les actuels dirigeants. Je vais très bientôt aller vers eux.
Bamba Ladji aurait-il des envies de retour à l’Africa Sport?
Juste pour voir dans quelle mesure je pourrais aider les jeunes du club.
Peut-être parce que tu leur restes redevable d’un titre de champion de Côte d’Ivoire?
Pas forcément, pas forcément.
Ah oui, parce que tu penses que tu ne leur dois rien?
Non ! Simplement parce que les supporters de l’Africa Sport avaient compris que c’était une manigance. Qu’il y avait des gens derrière cette affaire… Mais bon, c’est la vie. Sinon, je ne dois rien à personne.
Dix-sept ans après, peut-on afin savoir ces gens qui étaient derrière l’affaire Bamba Ladji?
Sincèrement, je ne sais pas.
Quand il t’arrive de rencontrer les supporters de l’Africa Sport, que leur dis-tu ou qu’est-ce qu’ils te disent concernant cette affaire aujourd’hui?
Ils expriment des regrets, ils trouvent que les gens ont été méchants avec moi. Ils ne savent pas au juste qui est derrière cette affaire, mais ils trouvent que les gens ont été méchants avec moi.
Quelle aurait été ta carrière sans cette affaire?
En tout cas, en tant qu’être humain, on se dit toujours que s’il n’y avait pas eu ceci, on aurait eu. Mais après, en tant que croyant, tu te dis toujours que cela faisait partie de ton destin.
On se rappelle aussi de ce match fou, fou contre l’AS Kaloum de Conakry avec ce quatrième but de l’égalisation au bout des souliers de Bamba Ladji, qui n’est jamais venu et qui aurait peut-être permis de te faire pardonner par les supporters?
L’As Kaloum? C’était déjà avant l’affaire Bamba Ladji. C’est même grâce à ce match face à l’As Kaloum que je me suis révélé au grand public. C’est après mon match contre l’As Kaloum que j’ai eu une place de titulaire à l’Africa Sport.
Aujourd’hui, ton club l’Africa Sport n’est plus ce qu’il était pas le passé. Quels sentiments cela t’inspire?
Ça me fait mal. Comme beaucoup de supporters et de dirigeants, j’entends tout faire pour essayer d’apporter ce que je peux à ce grand club pour que l’Africa redevienne ce qu’il était avant. Inch’Allah!
Crois-tu au projet de l’actuel Pca du club, Koné Cheick Oumar de faire de l’Africa le Réal de Madrid d’Afrique?
Oui, car rien n’est impossible. Il est ambitieux et montre qu’il a envie que le club aille de l’avant. Je pense que nous devrons le soutenir dans sa démarche.
Selon toi, qu’est-ce qu’il faudra mettre en place pour que le projet Réal Madrid d’Afrique soit une réalité?
C’est de commencer à la base, c’est de suivre les enfants et surtout essayer d’être plus professionnel. Parce qu’on est toujours au stade d’amateurs. Pourquoi ne pas copier l’Asec Mimosas qui a réussi avec tous les jeunes qu’on admire aujourd’hui. Je pense qu’en le faisant, ça ira.
Bamba Ladji a évolué devant des gradins pleins à craquer qui scandaient son nom. Aujourd’hui, ces mêmes gradins sont désertés. Est-ce la faute à un manque de talent ou bien est-ce simplement le public qui fait défection pour suivre les matchs des championnats européens?
Cela est dû, selon moi, au fait qu’il y a plus de publicité autour de la sélection nationale. Toute la Côte d’Ivoire étant portée sur la sélection nationale, le championnat s’est retrouvé délaissé. Cela est aussi dû au fait qu’il n’y a pas eu de vraie évolution après deux Coupes du Monde, une Coupe d’Afrique et deux finales de Coupes d’Afrique. C’est dommage pour la jeunesse ivoirienne qu’on en soit encore à ce stade. On ne peut pas faire croire à tous nos enfants qu’ils pourraient être un jour professionnels ou jouer un jour hors de la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas possible.
C’est donc à nous d’organiser le championnat de sorte que nos enfants ou petits frères gagnent leur pain dans le championnat ivoirien. Malheureusement, il n’y a pas assez de managers en Côte d’Ivoire. Il n’y a que des mangeurs. C’est eux qui viennent faire croire aux enfants qu’ils peuvent être professionnels et chaque fois qu’il y a un petit talent, ils le font partir et ça n’aboutit souvent à rien.
Mais tu tiens là un discours qui va manifestement contre les intérêts de l’agent de joueurs que tu dis être?
Non, pas dit tout. Je veux simplement dire qu’il y a agents de joueurs et agents de joueurs. Honnêtement, je sais ce que j’ai subi. Il y a eu l’affaire Bamba Ladji, j’en ai souffert. Donc je n’aimerais pas faire vivre la même chose à un jeune Ivoirien. Je préfère de loin placer un seul joueur dans l’année s’il le faut, mais que ce soit bien fait. Pour le bonheur du public et de sa famille.
Penses-tu qu’on peut encore sauver la situation concernant l’attractivité de la Ligue 1 de Côte d’Ivoire?
Oh que si ! Il suffirait de mobiliser le public sportif ivoirien, de faire plus de publicité autour du championnat ivoirien et surtout de faire revenir les jeunes sur terre. De leur dire qu’ils ne pourront pas tous être professionnels, qu’ils n’iront pas tous hors de la Côte d’Ivoire. Que les dirigeants acceptent de mettre les moyens afin qu’on ait un grand championnat.
Un mot à l’endroit des dirigeants et supporters oyé?
Je crois que le public de l’Africa Sport est magnifique, ce sont des supporters qui ont été toujours fidèles. Quant aux dirigeants, ils font tout ce qu’ils peuvent pour que le club décolle. Je leur demande de ne pas baisser les bras. Nous allons tous mettre la main à la patte. Et puis, par la grâce de Dieu, les choses iront de l’avant.
Tu es définitivement convaincu que les Oyé t’ont pardonné ce titre perdu par ta faute en quelque sorte?
Oui, depuis longtemps. Parce que les connaisseurs du football savent ce qui s’est réellement passé.
Réalisée par Patrice Beket
Source: Le Nouveau Courrier








