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Le massacre de Nahibly: La complicité génocidaire des autorités de Duékoué

Un-FRCI-arme-de-matchette-spectateur

En présence des autorités préfectorales, de la gendarmerie, de l’Onuci, de tous ceux donc qui peuvent et doivent empêcher les tueurs de massacrer une population désarmée de Nahibly, le drame a pu se produire. Froidement. Devant eux, les criminels ont envahi les lieux, cassé la clôture et se sont mis à décimer des êtres humains, des femmes, des enfants, des vieillards, des jeunes pleins de vie. Ils ont tué, brûlé vifs, découpés à la machette, fait sauter des têtes aux coups de canon !  Quelle autre expression de bestialité n’ont-ils pas exercé sur ces pauvres déplacés de Nahibly ? Des populations qui paient parce que, simplement, elles ont refusé de quitter ce camp. Elles ont refusé de regagner leurs maisons, parce qu’elles n’ont plus maison, les auteurs de la guerre les ayant incendiées, détruites. Impunément. Elles ont eu tort de ne pas écouter la gérante du camp qui les poussait à quitter les lieux, ensuite le préfet de Duékoué qui, selon témoin, aurait dit qu’un moyen les ferait partir de là, en rentrant en famille afin qu’il n’y ait plus de camp appelé Nahibly qui fait une tache gênante dans la « bonne gouvernance » du pouvoir Ouattara. Eh bien, elles ne sont pas parties en famille, parce que, justement, elles n’ont plus de famille.

Un FRCI arme de matchette aux côtes du préfet jouant aussi le spectateur

 

Depuis les 28 et 29 mars 2011, que les hommes de Ouattara ont commencé le génocide à Duékoué, Carrefour de cette ville, bien des familles entières Wê ou en partie de cette cité, sont dans des fosses communes. Les maisons sont brûlées ou toujours occupées par les mêmes tueurs, dorlotés par le pouvoir Ouattara. Des tueurs que la justice aux ordres de Ouattara ne voit toujours pas, mais s’acharne avec une obstination diabolique, sur les mêmes populations et pro-Gbagbo. Elles étaient là, calées, malgré elles, parce qu’elles ne savent pas où aller. Lepouvoir dit pourvoyeur de milliards de Fcfa au rythme de la « Solution », a pourtant refusé de reconstruire leurs modestes maisons. Maintenant, c’est chose faite. Les vœux de la responsable de l’Ong ASA qui gère ce camp sont exaucés ! Les vœux du préfet et du député de Duékoué sont exaucés. Nahibly n’existe plus. Une bonne partie de ces habitants, « nuisibles » sont massacrés, certains portés disparus, d’autres errant dans la forêt, fuyant les tueurs protégés, tolérés par toute une administration. C’est la même population Wê, dont on a vu récemment dans une vidéo, les soldats de l’Onuci enterrer des centaines de corps dans une fosse commune. C’est de cette population que Guillaume Soro, ancien rebelle dont les hommes avaient opéré des tueries sans nom en mars 2011, disait récemment en Europe que c’était des hors-la loi.

Les jeunes Malinké du quartier Kokoman armés de barres de fer et machettes

 

 

 

 


 

 

 

 

Des vieillards, des femmes, des enfants, des bébés, tous tués, brûlés vifs, fusillés, etc. étaient selon lui, des hors-la loi. Lui-même qui, dans une rébellion hors la loi (Mpci, Force nouvelle), avait fait tuer des milliers d’Ivoiriens. C’est de cette même population Wê dont parlait Amadou Soumahoro « cimetière » qui exhortait son armée de réserve à « désinfecter l’Ouest » et à y faire du « nettoyage ». C’est chose faite et chose en cours. Les quatre milles âmes qu’abritait Nahibly sont déchirées, déchiquetées, massacrées, éparpillées, sans abri. Soumahoro cimetière peut se réjouir.  L’Ong ASA peut se réjouir. Le préfet de Duékoué peut festoyer. Le député Flany Zara peut rire : Nahibly n’existe pas. Ces personnes qui meurent, chaque fois par leur méchanceté, leur plan génocidaire, n’ont pas, à leurs yeux, le statut humain. Ce serait des bêtes dont la souffrance, l’assassinat, la mort seraient source de distraction. Nahibly vient de partir en fumée et en sang. Que gagnent-ils, maintenant, tous ceux-là qui, d’une manière ou d’une autre, pressaient ces pauvres déplacés à débarrasser le plancher ? Que vont-ils construire d’autre, maintenant sur le site de Nahibly ? Des buildings ? Un trésor financier ? Des tours jumelles de Trade Center ? Mais ces autorités ne s’arrêtent pas là. Elles acculent les rescapés à regagner leurs villages plutôt que de demander abri et asile à la mairie de Duékoué, arguant que la guerre est finie.

Un masque Wê Profané

 

Mais si la guerre est finie, comment appelle-t-on ce qui vient de décimer ces populations de Nahibly ? Est-ce la paix qui tue avec autant de cruauté et de bestialité ? Si la guerre est finie et que l’on doit continuer d’être tué par les fusils, les machettes, les gourdins et l’incendie, quelle est donc la différence entre la guerre et la paix de Ouattara ?  La guerre tue. La paix de Ouattara tue. Où allons-nous donc ? Ils voulaient leur Nahibly débarrassé de « vermines à nettoyer ». Eh bien ! Voilà leur Nahibly libéré ! Libéré au prix du sang innocent de nos pauvres parents. Que vous a fait le peuple Wê, pour que sa disparition de la carte ivoirienne, soit votre programme d’activité ? Soumahoro a eu de quoi offrir à ses cimetières. Parce que refuser d’aller nulle part sous la pluie et le soleil, serait une offense à son mentor Alassane Ouattara, à qui on ne s’attaque pas, selon lui, sans connaitre le cimetière. Le territoire de l’Ouest Wê serait-il considéré par Soumahoro et ses bras séculiers comme un cimetière géant ? Un cimetière où tout ce peuple doit finir sous le règne de Ouattara ? A Duékoué, le massacre de Nahibly est l’une des choses les plus effroyables que la conscience humaine ait pu concevoir : tuer des femmes, des enfants, des vieillards et des jeunes sans armes, en présence des autorités et de la puissance publique. Cette complicité est génocidaire et ne peut rester impunie.

Germain Séhoué

Source: Le Temps

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