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Sinfra, le sang a encore coulé (Une Chronique de Marc Micael)

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Le sang continue de couler en Côte d’Ivoire. Le sang des ivoiriens. Chaque semaine, pratiquement.

Les causes ? La cohorte d’assassins, rassemblés au sein des Frci et leurs supplétifs, les dozos, n’ont pas fini d’étancher leur soif de sang. Sitôt leur mentor, monsieur Ouattara installé au pouvoir, à l’issue d’une guerre absurde, les voilà disséminés partout dans nos contrées, dans nos villages et hameaux, investis du droit de vie ou de mort sur les pauvres populations ivoiriennes. Des ivoiriens qui payent ainsi, au prix de leur vie, les retombées cette guerre absurde pour la conquête du pouvoir.

Après Nahibly (Duékoué), c’est au tour de Sanégourifla (Sinfra). Des dozos ont fusillés des villageois : 1 mort, 11 blessés graves. Plusieurs maisons et cases incendiées. Le bilan risque de s’alourdir tant l’affrontement a  été selon la presse, « sanglant et d’une rare violence ».

Une banale histoire entre villageois a vu l’intervention des dozos – chasseurs traditionnels nordistes – venus jouer les justiciers. Ce qui ne fut pas du goût des autochtones Gouros. La situation dégénère rapidement. Et nous voilà, aujourd’hui encore, à faire des décomptes macabres. Voilà à nouveau notre deuil post-crise électorale, monté d’un cran. Pauvre Côte d’Ivoire !

Dans cette tragique histoire, deux faits sont cependant à relever :

1 - Que faisaient les dozos dans un litige entre villageois ? Ont-ils compétence pour intervenir dans de tels cas ? Où sont les gendarmes et policiers à qui revient normalement ce rôle ?

2 - De quel droit, ces dozos se permettent-ils de brûler les maisons des villageois ? Pour quelles raisons n’ont-ils pas, un seul instant, hésité à poser un tel acte ?


On dit couramment de ces dozos qu’ils sont « les supplétifs» des Frci, la nouvelle appellation de l’armée de rebelles de monsieur Ouattara. Or ces Frci font l’objet d’un décret les instituant officiellement. Ce qui n’est pas le cas des dozos. Pourtant les voilà dans nos villes et villages, à se substituer aux forces de l’ordre, à établir des barrages, à intervenir dans le règlement des litiges, supplantant du coup, les chefferies villageoises. Et ce, au vu et au su des nouvelles autorités ivoiriennes. N’est-ce pas de la complicité ?

A Sinfra, ces dozos ont ajouté une nouvelle corde à leur arc : jouer les pyromanes. Or, la loi est claire en la matière : nul n’a le droit de se faire justice, ou du moins, se substituer à la justice. On ne peut pas se permettre, si l’on a un tant soit peu, la crainte de la loi et de la justice, – encore faut-il la connaitre – de brûler la maison d’autrui. Or ici, le Rubicon a été franchi par les dozos. Ils n’en sont d’ailleurs pas à leur premier forfait. Cela s’appelle, tout simplement, de l’impunité. Cet acte crapuleux, posé par ces tueurs dozos à Sanégourifla, est la manifestation du sentiment d’impunité qui les anime. Et qui continue de les animer, vu les évènements similaires dans lesquels, de façon récurrente, ils sont cités.

Une fois de plus, c’est le régime de monsieur Ouattara qui est interpellé. Car c’est lui qui est censé faire respecter les lois dans ce pays, qu’il a voulu à tout prix diriger. Rappelons au passage à ce régime que l’Etat de droit n’est pas un slogan fait pour les toilettes. Il est conçu pour être appliqué. L’Etat ivoirien a encore failli. La cohésion sociale est encore et plus que jamais, mise à mal. La réconciliation ne peut se faire avec des dozos, justiciers et pyromanes dans nos villages. Haro sur le régime de monsieur Ouattara !

N’en déplaise aux défenseurs de ce régime qui se sont une fois encore fourvoyés, lorsqu’il s’agit de redorer l’image très terne de leur mentor. Dans un article volontairement tendancieux, d’un quotidien proche du régime, relatant les évènements survenus à Sanégourifla (Sinfra), on peut lire ces deux dernières lignes qui ne relèvent que de l’élucubration et du cynisme, littéralement à contre-courant de la cohésion sociale : « Selon les indiscrétions, les jeunes Gouro partisans de Laurent Gbagbo auraient reçu auparavant des fusils qu’ils auraient cachés dans des cimetières. Des mains occultes continuent encore de leur faire miroiter que Gbagbo sera libéré ».

Au regard de tels propos, qui sont donc ceux qui attisent la haine ? Qui sont ceux qui opposent les ivoiriens entre eux ?

 Marc Micael

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