LE MOT DE GUIKOU BILET ZAFLA : LA PREMIERE REPONSE DE GUIKOU A OZOUA

LE MOT DE GUIKOU BILET ZAFLA : LA PREMIERE REPONSE DE GUIKOU A OZOUA

Je nous soumets en dernière place ma réponse à Madame Ozoua Soyinka qui avait réagi le 20 juin 2013 à ma contribution : Ozoua Soyinka, la merveilleuse (13 juin 2013). Bonne lecture même à ceux que le problème de la perte de nos beaux prénoms ne dérange point.

 A Madame Ozoua Soyinka

Réf: Ma contribution du 13 juin 2013.

Sujet : Réponse à votre lettre du 20 juin 2013.

Chère Madame Ozoua Soyinka,

Oui, j’avais bien accusé réception de votre réaction à ma contribution culturelle concernant la perte de nos beaux et valeureux prénoms africains.

Non, je n’avais ni oublié ni refusé de vous répondre. Ni n’avais-je refusé de plier à votre injonction de publier à nouveau mon texte, avec vos corrections ( ?) à mes inepties. En effet, d’abord votre réaction, impétueuse à mon sens, et par endroits à contresens de mon éloge indirect à votre personne, ensuite la réalité que vous traitiez mes propos d’ineptie, m’ont conseillé la prudence. J’ai donc relu à souhait mon texte. Je tenais avec l’aide d’amis avisés, à y déceler les germes provocateurs de votre réaction violente, même si rien n’empêche votre désaccord avec mes points de vue

Vous me reprochez de ne vous avoir pas contactée, pour vous proposer mon texte avant de le publier. Cela, à certains égards ou en certains lieux, serait possible. Mais pas pour mon article. Madame, procéder selon votre vision aurait ôté toute sa spontanéité à mon action. Or, justement, je ne le voulais pas. C’aurait été une démarche intéressée. Dans ma vie, je loue, j’apprécie, les bonnes gens et les bonnes actions en évitant l’intérêt. Encore, selon moi, vous rechercher, vous proposer ce que j’ai composé sur votre action, recevoir votre avis, y apporter des retouches selon votre plaisir, avant de le publier, ne me sied pas. Je ne suis pas un journaliste, mais juste un libre penseur, un critique. Je refuse de jouer le rôle du laudateur muni d’une idée seconde derrière la tête. Je préfère lancer des fleurs à des personnes dont je n’attends rien en retour. Je suis juste sincère dans mes propos. Grand merci à la mère de ma mère, Tchêmalou, alias Pohirilou La Vérité !

En des termes bien choisis, vous vous plaignez de la photo – la votre – illustrant mon article. Et vous me tendez une autre à publier. Celle qui, à vos yeux, dénote l’évolution de la situation. Je vous l’avoue, j’ignorais l’existence d’une situation, dont les effets vous étaient néfastes. Mais si j’avais à apprécier les deux photos, j’aurais, selon la raison qui m’a toujours guidé, choisi celle illustrant mon article. Car Ozoua m’impressionne par son savoir, son art. Même si l’image influence les yeux, l’expérience m’a enseigné que la valeur prévaut.

En plus, ne vous connaissant pas, comment aurais-je pu savoir si vous souffriez d’une autre identité ? Pour moi, l’auteur de l’article dont je me suis inspiré, sans surtout savoir que vous lui en vouliez aussi, n’invitait pas les lecteurs à prendre à la lettre sa phrase « Ozoua n’aime pas son image ». Personnellement, j’y ai compris votre refus, en tant que femme noire, de porter un nom forgé par les blancs, et surtout n’ayant aucune relation avec votre africanité.

Dans tous les cas, selon mes yeux, vous êtes la même Ozoua Soyinka dans les deux photos. Vous me faites douter de ma propre image, ma sœur. Vous semblez me suggérer l’idée que je ne devrais encore exhiber, à ceux qui sont loin de moi, que mes photos de jeunesse. Ainsi entre ces photos-là et les récentes, où je n’ai plus que le dixième de ma chevelure, je rejetterais vite, en vous suivant, les images de mon âge avancé – sourire. Mais non, je ne le ferais point. J’accepte l’affront du temps, pour paraphraser feu Brassens, mon idole. J’admire votre gloire de l’avoir – momentanément vaincu, vous, cet affront.

Mais qu’ai-je voulu dire, réellement ? Ozoua Soyinka, votre décision de lien étroit avec votre Mère Afrique, votre combat individuel exemplaire, votre intelligence, votre abnégation à la lutte pour l’affirmation de l’identité culturelle du peuple noir – je l’ai retenu, vous n’appréciez pas le mot race – la publication de vos œuvres par vos moyens personnels, hors des caprices des éditeurs, voilà la raison et le sens profond de mon intérêt, de mon respect à votre personne, ou sûrement mieux, à votre personnage.

Que mon texte renferme certains points que vous ne partageriez pas sur la forme et le fond, soit. Mais vous auriez plutôt pu procéder à vos mises au point d’une façon simple que de les agrémenter avec des termes qui vont à l’opposé de l’idée d’un article qui, en tous points, vous est favorable. Mentionner votre nom de naissance constitue-t-il une ineptie ? Est-ce dire que le nom Ozoua est d’origine Bété de la  Côte d’Ivoire, qui est inepte ? Est-ce l’expliquer dans les  contextes propres à cette société, qui est de l’ineptie ? Son explication en Lingala, par vous, vient-elle pour me dire que vous ne l’avez pas choisi par rapport à Ozoua des Bété ? Une incursion au Congo – je préfère Zaïre – à travers mes amis de ce pays, m’a seulement donné l’existence d’une phrase, mais pas d’un prénom. J’aurais d’ailleurs été content que le prénom ivoirien Ozoua se retrouve aussi au Zaïre, comme certains autres prénoms le sont au Cameroun, en Afrique du Sud, au Kenya, etc.

Ma sœur Ozoua, je ne vous comprends pas. Même que je souligne à mes lecteurs votre modestie provoque aussi votre réaction, violente. Oui, cette phrase : « …elle ne se considère pas encore un écrivain », dans l’article dont je me suis inspiré, sans savoir votre grief contre son auteur, suggère très bien la modestie de l’individu, vous. Ma mise au point allait contre nous, les africains, qui sans avoir encore rien prouvé, nous autoproclamons artistes, puis ne cherchons plus à aller vers les sommets. Mais surtout, nous, qui au lieu de nos noms africains, croyons avoir besoin d’un nom proche de (ou tout à fait)  celui des blancs pour nous donner une certaine valeur. Je ne niais donc pas votre titre d’écrivain. Mais je suis calme sur ce plan, car mes lecteurs ont compris mon français et mon idée de chez nous. Eh oui ! Nous avons aussi nos figures de style, notre rhétorique, que nous exprimons avec des mots de la langue de Molière. Je m’excuse de ressortir, par ricochet, la nécessité, pour vous, d’intégrer aussi cette réalité-là, après l’identité.

Concernant votre ancien nom, je l’ai mentionné, pas dans le but de vous agacer, mais afin que nous sachions d’où vous étiez partie, avant d’atterrir sur le sol de vos racines à travers le nom Ozoua Soyinka. J’ai voulu nous dire que votre action doit nous inspirer, car vous nous prouvez sa faisabilité. Et c’est une action nécessaire pour nous, les africains, éternels fascinés des cultures dites fortes.

Je terminerai ma lettre en clarifiant mes propos sur votre état de « non villageoise » et sur l’incapacité du nom Ozoua à influer spécialement sur votre destin. Je me moquais juste de nous, les pauvres africains, qui croyons à un préjugé ridicule, sciemment enseigné par les tenants des religions dites révélées. Oui, un très grand pourcentage des pseudo-croyants africains évitent les prénoms de chez eux parce que les religions leur font croire que ces appellations influeraient en mal sur leur destin. Je supposerais simplement que  vous avez pu relire mon document pour vous rendre compte que vous avez, à partir d’une première et unique lecture, méjugé de la vraie valeur d’un texte qui montre toute l’extase de son auteur vis-à-vis de votre action. Ainsi je n’ai plus rien à dire.

Veuillez agréer, madame Ozoua Soyinka, l’expression de ma considération sincère.

A propos du texte à publier de nouveau, je reste à votre écoute pour une confirmation. Je le ferais volontiers, avant d’y apporter aussi ma réponse.

Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla, Le Fils d’Afrique 

 

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