28 janvier 1950, 65e anniversaire de l’assassinat de Victor Biaka Boda (Vidéo)

Fils de Gagnoa et militant du RDA

Victor Biaka Boda est né en 1913 à Dahiépa (région de Gagnoa) dans une famille de Chefs qui ne tiennent pas leur autorité de l’administration co­loniale mais de la tradition guerrière précoloniale. En effet, les ancêtres de Victor Biaka Boda sont réputés avoir été de braves guerriers au cours de leurs péripéties migratoires à partir des terroirs du Sud-Ouest ivoirien jus­qu’à la formation de la Fédération de Kéhi-Toutou[1], non loin de la Sous-Préfecture de Ouragahio.

Certes, la généalogie de la famille Boda Biaka est une et indivisible. Ses membres sont descendants du patriarche Ani Hito (Ani le Grand), de son fils Boda Menetché et de son petit-fils Biaka Daugoré mais le même arbre a en­gendré deux branches à Dahiépa, caractérisées par des luttes d’influence.

L’ancêtre Ani Hito fut originaire du village de Djédjédigbepa. Issu d’une famille noble, celle de Tchéby Agré, il fuit son village à la suite d’un acci­dent de chasse pour s’installer définitivement à Dahiépa. La famille Boda Biaka se présente donc sous trois branches : l’une à Dahiépa, l’autre à Djédjédigbepa dont le membre influent (après le décès du vieux Anatole Kobéa) est l’Abbé Robert Atéa (premier prêtre bété à Gagnoa) ; une autre dans le village de Bodocipa (canton Gbadi-Nord).

Devenu très tôt orphelin de père et de mère, l’enfant est recueilli et élevé par ses parents maternels à Biakou, village situé à environ douze kilomètres de Dahiépa, dans la région de Gbadi-Est.

En 1920, Dakaud Guimené est représentant de l’administration colonia­le à Dahiépa où a été créé un poste administratif pour le Gbadi-Est. C’est par ce village que transitent les produits d’exportation et vivriers destinés aux colons blancs basés à Ouragahio. Lorsque les colonisateurs demandent à Da­kaud Guimené des enfants à scolariser, il ne désigne pas les siens, mais en­voie chercher Victor Biaka Boda dans son village maternel. L’enfant est ra­mené à Dahiépa et livré à l’administration. Ses tantes pleurent car à l’époque, l’école est considérée comme une « sinistre prison d’où un enfant ne revient pas vivant ». Les colons ne veulent pas de cet enfant chétif et fragile. Ils lui préfèrent un garçon vigoureux et résistant. Dakaud Guimené répond : « C’est le seul que vous pouvez emmener ». Il pense ainsi le condam­ner à un mauvais sort par ce choix irrévocable.

C’est donc en 1920, que Victor Biaka Boda fréquente les premières écoles primaires publiques de Gagnoa jusqu’à l’obtention du Certificat d’Etudes en 1927. Frondeur, ne tolérant aucune injustice, il est classé par­mi les élèves rebelles mais il est cependant admis, en raison de sa vive intel­ligence, à l’Ecole [primaire]supérieure de Bingerville où il fait de brillantes études.

Après obtention en 1930 du Brevet d’Etudes Primaires Supérieures, il accède à l’Ecole de Médecine de Dakar dont il obtient en 1936 le diplôme qui lui confère le titre de médecin africain.

Le jeune médecin est alors affecté en Guinée française, au Service de la trypanosomiase. Il épouse (coutumièrement) deux Guinéennes. De leurs unions, sont nés six enfants dont l’aîné des deux garçons, Guy Biaka, est mort dans les conditions que l’on évoquera plus loin. Victor Biaka Boda, se lie d’amitié avec Sékou Touré, président de la section RDA de Guinée, leader charismatique qu’il admire pour sa combativité et son nationalisme. Le RDA est un Mouvement panafricain créé à Bamako en Octobre 1946. Son principal objectif est de libérer l’Afrique noire de la domination des puissances colo­niales. Victor Biaka Boda n’hésite pas à adhérer à ce Mouvement d’émanci­pation politique, dont les idéaux sont conformes à ses aspirations profondes. En effet, comme tout homme de l’Ouest, il est par nature attaché à la liberté de pensée et d’action. Admis au Comité directeur du RDA (Section Guinéenne), il participe aux grands meetings politiques au cours desquels il apporte un ferme soutien aux populations et fustige le colonialisme.

En 1947, ayant obtenu un congé administratif, Victor Biaka Boda rentre en Côte d’Ivoire où il va demeurer. L’Administration coloniale de Guinée ne veut plus de ce « révolutionnaire » qui a galvanisé tout le peuple guinéen par sa fougue oratoire. A l’issue de son congé, il sert successivement à Soubré et à Bouaké avant d’effectuer un stage de principalat à Abidjan.

En Côte d’Ivoire, Victor Biaka Boda continue de militer au sein du R.D.A, toujours en tant que membre du Comité directeur mais il constate ici que le R.D.A, empreint de l’esprit du P.D.C.I, manque d’ardeur militante. C’est en vain que ses frères de l’Ouest — Djédjé Capri, Dignan Bailly, Etienne Djaument et Jean Dacoury Tabley — le pressent de quitter le RDA pour former une coalition autonome, bref un parti d’opposition. Il leur ré­pond que, contrairement à ce qu’ils pensent, il n’est pas au service d’un homme, c’est-à-dire Houphouët, mais de l’Afrique qui lutte pour son indé­pendance immédiate. A Bouaké, le Dr Dia Koffi, anti-RDA viscéral, sème la terreur. Il a la réputation d’être un homme violent, giflant certains militants RDA qui viennent le consulter. Lui aussi ne réussit pas à convaincre Victor Biaka Boda de démissionner du RDA.

Le RDA est déjà un grand mouvement de masses populaires. Victor Bia­ka Boda se distingue par des déclarations empreintes d’un nationalisme ex­trême. Après le stage d’Abidjan, il prend service à Zuénoula. En 1947, c’est un militant engagé.

Son militantisme à toute épreuve lui vaut d’être élu le 14 Novembre 1948 conseiller de la République pour la Côte d’Ivoire, c’est-à-dire sénateur dans le cadre de l’Union Française. Alors commence une brève mais brillan­te carrière politique marquée en Côte d’Ivoire par un militantisme exemplai­re et en France par une belle éloquence. Claude Gérard, biographe des « Pionniers de l’indépendance », célébrant son militantisme, le présente comme un « excellent orateur ».

C’est un homme sobre, presque végétarien. Selon des témoignages éma­nant d’hommes de sa suite, il ne prenait souvent pour tout repas du jour qu’un peu de bouillie de riz et du jus de citron. Pour être toujours dispos, car selon lui, la bonne chère alourdit l’esprit et entrave la libre expression des idées. Il a banni depuis longtemps de ses repas l’alcool et tout autre excitant.

Conscient de sa mission fondée sur la capacité de persuasion, il affine son art oratoire. D’après M. Maurice Irigalé, l’un de ses « gardes du corps », il avait l’habitude de s’enfermer dans une chambre où il soliloquait plusieurs heures durant. Il lisait beaucoup pour se cultiver. Ses lectures préférées : la biographie des grands hommes d’Etat.

Au plan régional, Victor Biaka Boda lutte depuis son retour en Côte d’Ivoire pour l’avenir de la ville de Gagnoa qu’il veut faire ériger en Com­mune de Moyen Exercice. Jean Papoué le félicite pour ses efforts, par lettre datée du 30 août 1948. Il installe et organise à Gagnoa la sous-section du PDCI-RDA placée sous sa responsabilité directe. Son ami Augustin Sibailly en est élu Secrétaire général. L’action de son meilleur ami Koudougnon Ballet lui est d’un grand appui pour la mobilisation autour du PDCI-RDA que combat avec virulence le parti SFIO de Dignan Bailly.[1] – Kehi-Toutou : Grand Kéhi comprenant huit villages qui se sont dispersés à la suite des guerres tribales. Ils se regroupent aujourd’hui par affinités dans l’actuelle région de Kéhi.

Source: CERCLE VICTOR BIAKA BODA

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