Abidjan by Beach… Bitch

Abidjan by Beach… Bitch

A Abidjan, des plages sont bordées de cocotiers, des routes sont débordées de prostituées

Beach… Bitch ! En jouant sur l’homophonie, il claque ce titre à l’oral ! Mais, à l’écrit, l’effet recherché tombe vite à plat pour tous ceux qui n’ont pas dormi pendant les cours d’anglais. Ceux qui savent que Actually, Yao gaze at my sister and abuse her ne veut pas dire que Actuellement, Yao enfume ma sœur pour coucher avec elle. Abidjan « by beach » ou « by bitch », il faut pourtant reconnaître que l’idée de fond est la même : prendre du plaisir. Dans le premier cas, le plaisir est bucolique (la contemplation du magnifique tableau ciel azur, gris horizon, bleu mer, blanc écume, et or sable…), et sensoriel (l’iode de l’air marin, le vent humide, l’eau fraîche et vivifiante, le vacarme stéréophonique des vagues multimilliardaires d’années…). Dans le deuxième cas, le plaisir est sensoriel et… sensoriel, purement sensoriel (non, il n’y aura rien dans cette parenthèse-là, ouste !)

Vous décrire « Abidjan by beach » va me prendre exactement deux phrases. À vos marques ! Prêt ? Je suis parti… Suivez-moi et prenez la direction plein sud jusqu’à ce qu’une grande étendue d’eau bordée de sable recouvert de sacs plastiques et d’ordures diverses vous arrête : c’est la plage. Nota bene : si l’eau ne remue pas dans tous les sens et ne fait pas un vacarme de tous les diables, passez votre chemin, c’est la lagune Ebrié, une mer de qualité chinoise. Cette lagune, sa fonction officielle en ville, est de dilater les distances et d’héberger les ponts les plus « embouteillagènes » d’Afrique de l’ouest.

Abidjan by bitch

Le « Abidjan by bitch » lui, n’est à l’origine d’aucune confusion possible. Si vous ne le voyez pas, lui vous verra, vous sifflera, vous lancera des foulards, vous poursuivra même, vous criera « chouchou bébé, y a l’amour hein ! » ou « je peux t’accompagner ? ». Laissez-moi donc vous dessiner une carte grossière et non exhaustive d’Abidjan des « travailleuses de nuit ». Je ne parlerai que de celles qui sont visibles, celles qui battent le trottoir donc la voie publique à longueur de nuits pour vendre des services sexuels clairement tarifés et codifiés, au nez et à la barbe de tous. Je ne m’intéresse pas à celles qui sont dans les clubs, les maisons plus ou moins closes, ou dans ce qu’on désigne pudiquement comme des lieux de relaxation, etc. Chacun fait ce qu’il veut chez lui. Soyons clairs, je ne parle que d’adultes émancipés et libres de toutes contraintes. En outre, j’ai choisi le bel euphémisme de « travailleuses de la nuit » pour des raisons de style. Mais, il faut y mettre les femmes, les travestis, les hommes, les transsexuels et tous les stades de mutants entre deux sexes. Comme dirait Papou Nagui : « Y a tout ça à Abidjan !».

La loi de l’offre et de la demande

Lagune dhuile2 La loi de l’offre et de la demande Abidjan by Beach... BitchUne loi économique simple veut que la quantité et/ou la qualité des échanges se fasse en fonction de l’offre et de la demande. On ne sait pas si c’est l’offre qui est riche et variée ou alors, si c’est la demande qui est forte et pressante ; mais, à ce jeu, la palme revient à la Zone 4. La célèbre et historique rue Mercedes dites rue des serpents à cause des sifflements, la rue Paul Langevin, les coins obscurs de la rue Louis Lumière, la rue du canal (bouché), le boulevard de Marseille, la rue du docteur Blanchard, la rue du 7 décembre…, toute la Zone 4 regorge de toutes sortes « d’assaillantes » de la voie publique. Cocody vient en seconde position sur la liste. Avec la fermeture de l’Hôtel Ivoire, le début du Boulevard Latrille, berceau historique, a été déserté. Un redéploiement stratégique s’est effectué tout au long de la rue des jardins aux Deux-Plateaux-Vallon, jusqu’à la paroisse Sainte Cécile (prière de se signer avant de consommer). Une nouvelle poussée migratoire a répandu en nombre les « travailleuses de la nuit » à la Palmeraie. Le Grand rond-point est récemment devenu en quelque sorte le point G du quartier.

Le nombre de prostituées est fonction du nombre d’expatriés dans le quartier

Pas besoin d’être sociologue pour expliquer pourquoi les « travailleuses de la nuit » sont si nombreuses en Zone 4 et à Cocody. A Abidjan, une loi empirique lie intimement (c’est le cas de le dire) le nombre de prostituées présentes dans les rues, au nombre d’expatriés présents dans le quartier. Je ne tire aucune conclusion. Mais, un jour, ma copine Chlo….bip…é, « travailleuse » vaillante, émérite et assidue depuis des années, m’a dit de remercier les institutions internationales, et surtout l’ONU, d’être venue nous aider à faire la paix en Côte d’Ivoire. Elle dit attendre impatiemment le retour de la BAD. Le message est passé « sista ».

Yopougon, rue Princesse

A Yopougon, il y a du « monde » autour de la très célèbre rue P152. C’est ainsi que le cadastre désigne la fameuse rue Princesse. Là-bas, le risque principal est de confondre « les travailleuses de la nuit » avec les « filles de la joie ». Chez cette seconde catégorie, il n’y pas de grille tarifaire à proprement parler. Les enjeux tournent autour de la bière, de la danse, du zouglou des Patrons, du coupé-décallé de Arafat, des poulets et autres petits animaux à la braise ou en soupe exagérément pimentés… bref, tout tourne autour de la fête. Non, non, je ne suis pas misogyne, j’ai juste deux yeux en face des trous de la tête.

Dans les autres quartiers populaires

Abobo, Adjamé, Koumassi, Port-Bouët, … dans les autres quartiers populaires, il est très rare de voir des rues occupées par les « travailleuses de nuit ». Là-bas, sans abuser de la métaphore footballistique, tout se passe dans les couloirs ; « les travailleuses » jouent les matchs à domicile et à guichets fermés. On les appelle « femmes de tabouret » à cause du mobilier qu’elles utilisent pour attendre le client devant chez elles. Je n’en parlerai donc pas : respect de la vie privée. Je vous glisse quand même un petit mot au sujet d’un très beau couloir de « femmes de tabouret » parce qu’il donne sur la voie et un lieu public. C’est à Adjamé, quartier Bracodi bar. Il y a cette rue qui sépare l’entrée du couloir et… l’entrée de la mosquée. Safroulaye !

Gauz
Source: yeyemagazine.com

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