Abou Cissé à propos de la marche :«Aucune repression ne nous fera reculer»

J’appelle les populations ivoiriennes qu’elles soient du Nord, du Sud, du Centre, de l’Ouest et de l’Est, à rejoindre l’opposition dans la lutte pour la survie de la nation, j’en appelle à la détermination de l’opposition pour faire aboutir cette lutte qui ne fait que commencer.

Aucune répression ne nous fera reculer. Il ne faut pas que chacun soit affecté par la comédie émotionnelle des autorités du pays. Car cette lutte qui se traduit par la marche contre la nouvelle constitution que le régime veut imposer au peuple, est l’expression de la démocratie. Peut-être que certains d’entre nous pensent qu’il s’agit dans cette lutte de défendre une idéologie. Je dis non. Nous sommes sur le terrain de la réflexion et de l’action parce que si nous n’y prenons garde nous risquons de mourir définitivement.

Lorsque Bernard B. Dadié et Abou Cissé, deux doyens qui n’ont plus rien à prouver se joignent à la lutte pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire, cela signifie que cette lutte ne repose sur aucun intérêt personnel. Mais bien plus, elle répond à des besoins du peuple, lutter pour le pays devient alors un devoir pour chacun. Autrement dit, il s’agit, à travers cette marche, de réécrire l’histoire du peuple ivoirien. C’est pourquoi l’arrestation et la bastonnade par le régime ivoirien des leaders de partis politiques et organisations de la société civile tels qu’Aboudrahamane Sangaré, Mamadou Koulibaly, Danielle Boni Claverie et Amoikon Tiémélé et le député Gnagbo Kacou n’est qu’un non évènement. Le but visé est tellement important que ces hautes personnalités ne se battent pas pour elles-mêmes. Moi-même, j’en ai été empêché par des jeunes leaders de l’opposition qui m’ont fait entendre que beaucoup étaient déjà arrêtés et qu’il fallait que certains leaders d’opinion soient sauvés.

C’est vrai que la marche n’a pu se tenir comme prévu en raison de l’arrestation des leaders et du déploiement des éléments de la police sur les lieux pour empêcher tout regroupement et ce, avec l’usage des gaz lacrymogènes. Il faut que le pouvoir sache qu’il a commencé une guerre contre le peuple. Et le peuple, pour cette raison prendra ses responsabilités. C’est pourquoi je voudrais dire à Alassane Ouattara et ses forces et ses forces de répression que c’est au terme de la lutte que la démocratie triomphera.

Le Front Populaire Ivoirien et les autres leaders qui forment aujourd’hui le Front du Refus ne baisseront pas la garde. Ils iront jusqu’au bout. Ces leaders qui, pour avoir conduit pendant plus d’une décennie le combat de la République contre des fanatiques meurtriers qui, s’étaient fait appeler Forces Nouvelles après avoir accepté l’appellation de rebelles. Malgré les épreuves, sous la conduite de Laurent Gbagbo, ces forces vives de la nation ont tenu.

Ainsi malgré la peur qui parfois, peut envahir les esprits, malgré l’angoisse, malgré la souffrance, nous vaincrons. La démocratie sera toujours plus forte que la barbarie qui lui a déclaré la guerre. Quant à moi, cette conviction qui m’habite n’efface pas ma lucidité face à la gravité de la menace. Le terrorisme politique qui ensanglante les démocrates gagnent toujours les guerres dictatoriales. Et celle-là, nous allons la gagner. Une guerre comme celle qu’a déclarée le regime aux démocrates, peut être parfois de surprise, mais la victoire de la démocratie est inéluctable car elle dispose d’une force qui rassemble les énergies et qui devient irrésistible. Cette force, cette force qui peut permettre de vaincre tous les obstacles, même les pires, cette force c’est la liberté. C’est donc ainsi que les dictatures. C’est ainsi que les démocraties ont vaincu le rattrapage ethnique. C’est ainsi que les démocrates ont vaincu le « vivre ensemble » totalitaire.

Peuple de Côte d’Ivoire, le combat pour la liberté sera long, éprouvant, difficile, parce que ce n’est pas n’importe quel ce n’est pas n’importe quel combat. Enfin, la République ne peut pas se satisfaire d’une gestion du reste calamiteuse de ses richesses par une minorité bourgeoise. Le danger serait que face à l’épreuve, le peuple doute de lui-même, qu’il s’arrête, se rétracte, se replie, se renferme, qu’il tourne le dos à sa mission. Or, si Sangaré et ses camarades de lute tiennent, le peuple de Côte d’ivoire tiendra. Gbagbo depuis la Haye tient. Blé Goudé depuis la Haye tient aussi. Ce ne sont donc pas nous qui allons abdiquer. Ce serait un crime contre le peuple qui compte sur nous.

Alassane Ouattara veut vendre la Côte d’ivoire. Et pour se donner la force de le faire, il a donné la force de le faire, il a élaboré une nouvelle constitution. Malheureusement, les Ivoiriens ne l’ont pas acceptée et refusent que le régime la leur impose. D’abord l’initiative est anti-démocratique, illégale et illégitime. Quelle est donc cette constitution qui ne fait pas l’unanimité comme ce fut le cas de celle de 2000 et quelle est l’opportunité de faire voter une nouvelle constitution alors qu’ils sont nombreux les ivoiriens qui sont en exil pour certains et pour d’autres en prison sans jugement. Je dis, il n’y a pas urgence. Ensuite, nommer un vice-président est une dérive monarchique qui permet à Ouattara de choisir son successeur. Au lieu de passer par une désigner solennellement son successeur ?

Je crois que la lutte mérite d’être menée. Et comme je l’ai dit, elle ne fait que commencer. Même si ses parrains européens le soutiennent, aucune force ne peut vaincre le peuple. Car la volonté du peuple n’est rien d’autre que celle de Dieu. Dieu va donc nous soutenir pour parvenir à la victoire totale. Quant à Konan Bédié, il ne m’inspire que de la pitié. Comment celui qui a dirigé le pays des années durant et qui a tenu des propos durs dans le sens de la protection de la souveraineté de la Côte d’ivoire peut-il participer à la destruction de cette nation. Pour moi, Bédié aurait dû penser à ses enfants et petits enfants dans ses prises de position. Malheureusement, sa couardise et son manque de déterminations font de lui, un simple citoyen lambda qui ne cherche qu’à penser à lui. Ce n’est pas la marque des grands hommes. Ce n’est pas. Non plus pas le comportement de ceux qui voulaient faire de la Côte d’ivoire un « éléphant d’Afrique ».

Honte à lui et à ses suiveurs !

Source: Le Quotidien d Abidjan N° 1871

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