Sa fille française de 6 ans maintenue en... by BFMTV

Aéroport Roissy Charles De Gaulle: Deux fillettes d’origines ivoiriennes de 6 et 3 ans détenues seules plusieurs jours (Vidéo)

Andréane et Fanta ont passé respectivement quatre et cinq jours dans la zone d’attente de Roissy réservée aux étrangers soupçonnés d’entrer illégalement en France. Seules. Le Défenseur des droits a ouvert deux enquêtes.

La première fillette, Andreane, est de nationalité française. Elle est scolarisée au Cameroun, où elle vit avec sa grand-mère, et venait rendre visite à sa mère en France. Les policiers ont estimé que ses papiers étaient “usurpés”, considérant que la petite fille ne ressemblait pas à la photo sur son passeport français, pourtant récent. Elle a été conduite samedi, à son arrivée du Cameroun, en zone d’attente pour personnes en instance (Zapi), où sont habituellement placés les sans-papiers qui ne sont pas admis à entrer en France. Sous l’autorité de la Police aux frontières (PAF), les mineurs y sont accueillis dans des locaux ad hoc, avec du personnel spécialement formé.

Il a fallu quatre jours pour qu’elle soit libérée, la petite fille reconnaissant sans hésitation sa maman à l’aéroport et au tribunal de Bobigny, où elle comparaissait mardi. Elle a aussi pu nommer sa maîtresse et ses camarades de classe sur une photo scolaire. Le juge a souligné que “l’ensemble des éléments du dossier” contredisait la version policière du faux passeport. Me Leoue compte désormais demander des dommages et intérêts à l’Etat et la restitution des papiers.

Andreane est encore sous le choc, comme l’a rapporté sa maman au micro d’Europe 1 :

Elle commence à reprendre ses marques, à reprendre un peu le dessus. Elle était un peu triste aussi parce qu’elle avait beaucoup pleuré”, raconte-elle.

“On fait en sorte de ne plus en parler mais ce n’est pas possible parce qu’elle n’arrête pas de le faire”, poursuit encore la mère de l’enfant. “Elle demande à chaque fois : ‘mais pourquoi on parle de moi ? Pourquoi ils m’ont fait ça ?  Pourquoi ils m’ont gardé ?'” Elle redoute déjà le voyage retour de la fillette : “Elle va devoir reprendre l’avion pour repartir donc ça va être encore une épreuve à affronter”.

Fanta, 3 ans, Ivoirienne envoyée en France pour échapper à l’excision : cinq jours de détention

La petite Ivoirienne Fanta, 3 ans, est elle arrivée samedi à l’aéroport. “Originaire d’une région où l’excision des filles est fréquente, Fanta y était promise à court terme. Pour qu’elle y échappe, ses parents ont décidé de la faire venir en Europe”, raconte Réseau éducation sans frontières (RESF).

“Il fallait coûte que coûte aller chercher ma fille pour éviter qu’elle ne soit excisée”, explique son père, Ivoirien résidant en situation régulière en Italie, qui est allée la chercher au pays, utilisant pour elle une carte de circulation d’une autre enfant, acquis selon lui parce qu’il devait la ramener d’urgence en France. La mère, quant à elle, n’a pas de papiers. “Qui n’aurait pas fait comme lui dans la même situation, sachant que l’obtention des documents pour faire venir Fanta aurait pris des années, à supposer que cela ait finalement été possible ?”, écrit RESF.

A Roissy, le pot aux roses a été découvert et, comme Andreane, la fillette a été placée dans la même zone d’attente, sans son père, qui a lui été placé en garde à vue. Fanta y a passé cinq jours “toute seule, comme une grande…” et n’a été libérée que mercredi, sur décision du juge des libertés et de la détention (JLD).

Le maintien d’un enfant aussi jeune, isolé de ses parents, en Zapi, est exceptionnel, a précisé une source impliquée dans le dossier. Cette décision a été justifiée par la nécessité de vérifier que c’était bien son père qui l’accompagnait et qu’elle n’avait pas été arrachée à sa famille ivoirienne, a précisé cette source. Sauf que la petite fille aurait tout aussi bien pu être placée en famille d’accueil, pendant ce laps de temps.

Le Défenseur des droits saisi

Le Défenseur des droits a été saisi de ces deux affaires. Il dira si le cadre légal a été respecté. “Des questions juridiques sont soulevées : l’intérêt supérieur de l’enfant a-t-il été considéré comme la priorité ?”, écrit Médiapart. “En cas de doutes sur le lien de parenté, une procédure parallèle n’aurait-elle pas pu être ouverte, évitant à cet enfant d’être placé en zone d’attente ? Dès lors que les policiers avaient la réponse à leur interrogation, pourquoi ne pas avoir libéré Fanta ? L’administrateur ad hoc a-t-il fait preuve d’excès de ‘précaution’ ?”

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a réagi en disant donner “des consignes” pour faire en sorte que “les vérifications soient menées dans des délais très courts, notamment lorsqu’il s’agit de jeunes enfants”. Ce qui n’a pas été le cas pour Andreane et Fanta.

Amandine Schmitt et Laura Thouny

Source: Le Nouvel Observateur

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