Affaire Guy-André Kieffer: Le juge Ramaël révèle « Fofié Kouakou Martin est un criminel. j’avoue que je comprends mal qu’il soit encore là»

Affaire Guy-André Kieffer: Le juge Ramaël révèle « Fofié Kouakou Martin est un criminel. j’avoue que je comprends mal qu’il soit encore là»

L’ancien juge d’instruction français, Patrick Ramaël a sorti un livre intitulé ‘’Hors Procédures’’ sur des affaires qu’il a traitées. Notamment en Côte d’Ivoire, où il a enquêté dans les affaires Jean Hélène et Guy André Kieffer. Le juge français fait également des révélations pointilleuses dans l’affaire du journaliste Guy-André Kieffer qui enquêtait sur les détournements dans la filière café cacao.

Pour les besoins de cette enquête, le juge d’instruction a eu à rencontrer Laurent et Simone Gbagbo. « La stratégie, c’était de faire savoir à Laurent Gbagbo que j’irai jusqu’au bout et de demander systématiquement l’audition de Simone Gbagbo. C’était un grand moment de coopération judiciaire dans lequel j’ai vu arriver un juge qui n’était pas saisi du dossier et qui a passé son temps à s’excuser de devoir entendre la première dame. (…) Le procès-verbal a été réécrit. Je raconte dans le livre que j’ai essayé de récupérer la version originale dans la poubelle, mais que le juge ivoirien avait pris soin d’emporter la poubelle », a laissé entendre le juge.

Qui s’étant rendu dans le Nord, à Korhogo pour interroger des prisonniers dans le cadre de ce dossier, a buté sur le commandant de cette zone, Fofié Kouakou Martin dont il fait une description toute particulière. « C’est assez choquant de voir un homme – Fofié Kouakou Martin, c’est son nom -, qui est cité et je le dis dans mon livre, à l’ordre du crime international. Il y a une citation extraite d’un rapport des Nations Unies qui indique que cet homme est un criminel. Et quand j’y allais, il était toujours le seigneur et maître de cette ville, de cette région, et j’avoue que je comprends mal que, non seulement il soit encore là, mais surtout qu’il ait pu m’empêcher d’entendre des témoins », a-t-il relevé.

Dans son interview, Patrick Ramaël fait savoir aussi qu’il a rassemblé plusieurs archives de Laurent Gbagbo, sorties des décombres de la résidence présidentielle de Cocody. Pour lui, cela ne fait l’objet d’aucun doute : « des noms de Français » se retrouvent « dans ces archives ».

Ibrahim Doumbia

Source: Le Sursaut

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 «Des gens savent où le corps de Kieffer a été inhumé»

Juge engagé dans des affaires difficiles telles que la disparition, en 2006, du journaliste Francocanadien Guy André Kieffer, Patrick Ramaël a publié un livre pour parler de ses aventures avec les pouvoirs d’Etat. Dans cet entretien accordé à Rfi, il revient sur l’épisode de ses entrevues avec le couple Gbagbo.

Le meurtre de Jean Hélène survient sur le parking de la Direction générale de la police. Laurent Gbagbo se rend sur place. Quelle est sa première réaction lorsqu’il arrive sur les lieux ?

Il avait compris la gravité de la situation, les difficultés que ça pouvait générer pour la Côte d’Ivoire, dans les relations franco-ivoiriennes. Vous vous êtes « démené » pour organiser cette reconstitution. Parlez-nous un peu de cet épisode. Des policiers ivoiriens en treillis pas très contents de voir qu’on s’intéressait à leur collègue, les bousculades, les écrasements de pieds, les crachats…

Vous évoquez aussi l’affaire Guy André Kieffer. Vous révélez avoir rencontré le président Gbagbo. Racontez-nous cette entrevue.

C’était destiné à lui faire savoir que j’étais un juge tenace, que j’irais jusqu’au bout. Donc, après les propos liminaires d’accueil, ma seule phrase qui n’était pas préparée mais qui est sortie naturellement, a été que je n’avais rien contre lui ni rien pour lui et qu’il m’était parfaitement indifférent. Ça peut paraitre un peu difficile de dire ça à un chef d’Etat, mais je voulais lui signifier que, pour moi, c’était un justiciable. J’ai toujours pensé que les enquêtes menées en France, depuis la France et dans les pays où les Français sont victimes, c’était une forme d’assurance vie pour nos compatriotes : savoir que l’Etat français ne laissait pas tomber les gens qui étaient disparus.

Vous êtes parvenu à auditionner Simone Gbagbo, l’épouse de Laurent Gbagbo. Pour y parvenir, vous dites avoir utilisé « une stratégie frontale ».

La stratégie, c’était de faire savoir à Laurent Gbagbo que j’allais aller jusqu’au bout. Et de demander systématiquement l’audition de imone Gbagbo. C’était un grand moment de coopération judiciaire dans lequel j’ai vu un juge qui n’était pas saisi du dossier et qui a passé son temps à s’excuser de devoir entendre la première Dame, au lieu d’être dans un rôle technique. Et puis, il y avait ce buffet surréaliste qui était préparé, un cocktail dans la salle d’audience où attendait Mme Gbagbo. C’était assez curieux. Ce n’était pas ma conception de la justice surtout qu’on avait demandé que cette audition ait lieu dans un lieu de justice, si ce n’était pas la présidence, pas à la résidence. Alors que d’habitude, les juges sont au même niveau, on nous avait rabaissés sur le côté d’un trône un peu surréaliste dans une salle d’audience qui était destinée pour Mme. J’ai trouvé une grande déférence, peut-être même un peu trop, de la part de mes collègues. La justice, pour moi, est quelque chose d’indépendant. C’est vraiment un pouvoir séparé, autonome et quand elle se soumet comme ça au pouvoir en place par des signes d’allégeance, ça me met mal à l’aise.

En mai 2011, Patrick Ramaël, vous revenez à Abidjan. La donne a changé. Laurent Gbagbo a chuté. Vous parvenez à perquisitionner le bureau de Laurent Gbagbo. Qu’est-ce que vous découvrez sur place ?

Effectivement, on s’aperçoit qu’il y avait quand même une grande paranoïa, une grande angoisse de coup d’Etat, de crainte et que beaucoup de gens d’ailleurs se
servaient de cette peur pour demander des subsides, pour payer des informateurs, pourpayer des voyages pour aller recueillir des renseignements.

Il y avait des écoutes, c’est ça ?

Oui, il y avait des retranscriptions d’écoutes.

Dans l’affaire Kieffer, 10 ans après sa disparition, personne n’a été condamné, on ne sait pas ce qu’est devenu le journaliste. Est-ce que vous avez un sentiment d’échec aujourd’hui ?

Oui, j’ai un sentiment d’échec, d’autant que j’ai pensé que cette affaire sortirait. Je l’ai toujours dit aux parties civiles qui sont des gens extraordinaires. Il y a des gens, des proches, qui savent ce qui s’est passé, qui y étaient, qui savent où le corps a été inhumé et qui peuvent renseigner la famille pour lui permettre de récupérer les restes et les enterrer.

Propos retranscrits par Benoit Hili

Source: Le Nouveau Réveil

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