Affaire Ouattara doit briguer un 3ème mandat : Le Pit répond à Ediémou

Affaire Ouattara doit briguer un 3ème mandat : Le Pit répond à Ediémou

Le 18 Janvier 2017 à Guiglo, Moses Kéa porte-parole des rois et chefs traditionnels du Libéria, envahi d’émotion, sollicitait des Présidents Ivoirien et Libérien un troisième mandat  Pour tout ce que ces éminentes personnalités faisaient pour la paix dans leurs pays.

La réponse du Président Ouattara fut immédiate, cinglante et sans appel : « Non, Ellen (Ellen Sirleaf Johnson) et moi, nous n’avons pas besoin de changer les lois pour un troisième mandat. Elle et moi, nous nous sommes consultés. Je n’ai pas besoin de ça. » Cette position, il l’avait déjà affirmé en 2015 avant sa réélection. Il l’a redit au moment du référendum constitutionnel et il l’a redit le mercredi 04 Janvier 2017 lors de la présentation des vœux aux corps constitués en ces termes : « A l’occasion de mes 75 ans, ceci m’amène à réaffirmer que les institutions de la République qui seront mises en place très prochainement me permettront de prendre congé en 2020. » Bravo monsieur le Président. Nous étions si nombreux, nous, ces ivoiriens qui, fièrement, avons salué cette posture démocratique affichée par notre chef d’Etat.

Bien nombreux étaient aussi ceux qui n’ont pas hésité à franchir le rubicond pour déjà inscrire le Président Ouattara sur les traces du Président Mandela. Notre soif aigüe de démocratie est certainement à l’origine de cette candeur excessive. Le rêve, malheureusement, sera de très courte durée. Car, au cours d’une interview accordée par le Président Ouattara, à France 24, à quelques jours du sommet Union-européenne-Union-africaine, c’est un autre son de cloche qui nous est donné d’entendre : « A priori, dit le Président Alassane Ouattara, je ne serai pas candidat même si les lois de mon pays me le permettent… » ; Et plus loin d’ajouter « mais en politique on ne dit jamais non ». «  Attendez 2020, vous connaitrez ma réponse à ce moment- là » conclut-il.

Il était pourtant plus simple au Président de la République de dire clairement à la suite de ses déclarations passées, qu’il ne sera pas dans le starting-block en 2020 pour mettre définitivement fin aux supputations. Que non, et le flou absolu dans lequel il enferme les ivoiriens ne laisse guère de surprendre autant que d’inquiéter, d’interpeler chacun de nous et surtout de susciter la question de savoir si le Président Ouattara peut briguer un troisième mandat ? A ce sujet, la direction du Pit (Parti ivoirien des travailleurs), au terme de ses riches travaux de réflexion et d’analyse sur la question, aboutit à la conclusion suivante : «  Non, Excellence Monsieur Le Président de la République, vous ne pouvez pas briguer un 3ème mandat. » pour des raisons à la fois juridique, éthique et politique.

Au plan juridique

Pour les laudateurs de l’actuel régime, l’adoption d’une nouvelle constitution en octobre 2016,selon eux, a remis les compteurs à zéro ; ouvrant ainsi la voie à un 3ème voire à un 4èmemandat pour le Président Alassane Ouattara. Le Pit dit non et non à cette affirmation et rappelle utilement ceci : Le Président Alassane Ouattara a été élu et réélu sous l’empire de la constitution 2000 dans laquelle le peuple ivoirien craignant  qu’un président élu s’éternise au pouvoir, a adopté  le principe de la limitation des mandats dans les termes précis suivants : « Le président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Il n’est rééligible qu’une fois. » Article 35 alinéa 01.

C’est là, l’esprit de cette constitution qui dispose en d’autres termes qu’une ivoirienne ou qu’un ivoirien quel qu’il soit, fut-il le plus intelligent, le plus valeureux, le plus compétent, le plus…ne peut avoir plus de deux mandats présidentiels. Et il heureux que la nouvelle constitution, la constitution 2016  ait repris et reconduit cet esprit qui fonde la limitation du nombre des mandats, principe posé depuis la constitution de 2000. Ce principe s’applique donc sans discontinuité et nous permet d’affirmer que celui qui a déjà fait deux mandats présidentiels sous les cieux ivoiriens, ne peut guère espérer briguer un troisième. Les compteurs ne sont donc pas remis à zéro, contrairement à ce qui est dit dans le camp du Président Ouattara.

Le professeur Ouraga Obou, président du comité des experts chargé de la rédaction de l’avant-projet de constitution de la 3ème République, invité spécial de la radio Onuci.fm le 8 octobre 2016, ne disait pas autre chose. A la question du journaliste de savoir : «  Est- ce que si j’ai été président dans l’ancienne constitution et que j’ai eu par exemple deux mandats, si le nouveau texte est voté et promulgué. Est-ce que je peux me représenter pour être candidat à nouveau ? La réponse du professeur ne souffre d’aucune ambiguïté : « Le nouvel article dit bien, comme cela avait été par le passé et je crois que c’est l’article 35 sur ce point a été reconduit. Celui qui a été élu n’est rééligible qu’une seule fois. C’est la disposition qu’il faut retenir. » Et d’insister plus loin « en clair, celui qui est élu n’est rééligible qu’une fois. »

Le ministre Cissé Bacongo,juriste de son état et membre du dit comité des experts précisera un peu plus tard dans le journal le Patriote du 23 Août 2017, les effets continus du principe de la limitation des mandats posé déjà dans la constitution de 2000 et repris dans celle de 2016 : «  En homme d’honneur dit-il, le Président Ouattara, a décidé à travers la constitution de la 3ème République que le mandat du Président ne doit pas dépasser 10 ans. IL a décidé de s’appliquer à lui-même cette disposition. Après ces deux mandats, il quittera la gestion des affaires publiques. » En droit, disent les juristes, l’esprit prime en toute circonstance. Dès lors, la thèse qui voudrait que les compteurs aient été remis à zéro, ouvrant ainsi la voie à un 3ème mandat et éventuellement à un 4ème mandat au Président de la République actuel relève du sophisme et partant de la mauvaise foi.

 Au plan de l’éthique

Les ivoiriens se souviennent du débat télévisé du 2ème tour des élections présidentielles de 2010 et ils ont encore en mémoire, l’adresse du Président Alassane Ouattara au Président Laurent Gbagbo, l’invitant à céder le pouvoir parce qu’il aurait déjà fait deux mandats :« Tu as déjà fait deux mandats ça suffit disait-il ». Plus proche de nous dans le temps, chacun se rappelle la déclaration du président Alassane Ouattara, à propos de la crise politique et constitutionnelle ouverte au Zimbabwé : « …il est temps qu’il ( le Président de la République du Zimbabwé, le Président Robert Mugabé ) passe le témoin à la jeune génération, compte tenu de son âge avancé…qu’il quitte ses fonctions dans la dignité… ».

Le Président Alassane Ouattara, pourra-t-il s’appliquer à lui-même ces sages conseils donnés aux autres présidents même à des Présidents des pays géographiquement situés à des milliers de kilomètres de nous ? Nous n’avons aucune raison d’en douter. Et monsieur Nguessan Joël, alors porte-parole du Rdr, de rassurer les ivoiriens dans koaci.com du jeudi 4 Mai 2017 : « Le président Ouattara ne briguera pas un troisième mandat. Alassane Ouattara est un homme de parole. Il dit ce qu’il va faire et fait ce qu’il dit. »

Au plan Politique

Gageons que la Côte d’Ivoire, la République de Côte d’Ivoire, notre pays ne s’inscrive jamais dans ce monde hideux des Républiques « Bananières » où des individus une fois au pouvoir, prennent cette scandaleuse habitude de changer de constitution, ou de tripatouiller les constitutions existantes pour s’offrir illégalement et illégitimement un troisième, un quatrième, un cinquième, voire un mandat à vie.

L’histoire dit-on est un enseignement et des exemples récents de deux pays voisins doivent nous édifier et pourquoi pas, nous guider positivement : Le premier exemple, c’est la fin humiliante d’un président dont le bilan économique et social reste pourtant selon nous, largement positif ; mais qui a du s’extirper in extremis des mains de son peuple en colère grâce à une force étrangère. Les raisons de cette colère : le choix du président de vouloir changer la constitution de son pays pour tenter de se maintenir au pouvoir.

Le second exemple, c’est la fin glorieuse d’une présidente qui sans hésitation, avec grâce et élégance tire sa révérence après ces deux mandats, dans le respect des textes constitutionnels en vigueur dans son pays. Gloire à cette femme africaine, la première élue et réélue Présidente de son pays et qui donne ainsi à l’Afrique entière cette grande leçon d’humilité et de démocratie. Rêvons que son exemple fasse école dans notre environnement politique immédiat.

Tout compte fait, le Pit affirme sans détour que la voie vers la démocratie réelle et effective de notre pays est irréversiblement engagée et les ivoiriens dans leur immense majorité en font le pari. « Aucun ivoirien quel qu’il soit, ne briguera pas plus de deux mandats présidentiels sous nos cieux. » N’en déplaise à quelques têtes couronnées en quête permanente de prébendes et quelques cadres d’un parti politique à la dérive qui n’ont plus à la bouche que des injures et propos désobligeants à l’égard de leurs alliés d’hier et d’aujourd’hui, dès que l’on évoque la perspective d’une alternance politique en 2020. Que ces derniers, pris de panique à l’idée de perdre le pouvoir, sachent que leurs différents appels désespérés aux ivoiriens leur demandant de ramer à contre-courant de l’évolution démocratique de la Côte d’Ivoire n’enregistrent  que des réactions négatives voire que du mépris.

Que vive la Côte d’Ivoire démocratique.

Fait à Abidjan le, 18 janvier 2018

Pour le Pit

Le président Ahizi Aka Daniel

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