Affaire “si nous perdons le pouvoir” de Amadou Soumahoro: Les pro-Ouattara, déçus du ouattarisme et les cadres du PDCI doivent aussi avoir peur (Par Théophile Kouamouo)

Affaire “si nous perdons le pouvoir” de Amadou Soumahoro: Les pro-Ouattara, déçus du ouattarisme et les cadres du PDCI doivent aussi avoir peur (Par Théophile Kouamouo)

En Côte d’Ivoire, l’inénarrable Amadou Soumahoro, secrétaire général du RDR au pouvoir, a encore fait le buzz.

Lors d’une conférence de presse, il a eu des propos pour le moins particuliers en direction de ses amis politiques, alors que son parti et sa coalition (RHDP) sont secoués par des crises avec en toile de fond la guerre de succession à Alassane Ouattara.
“Faisons nos palabres, mais ne perdons plus le pouvoir d’Etat. Si on perd le pouvoir, que Dieu nous en garde, nous nous retrouverons en exil avec nos femmes, nos petits-enfants. Jouons avec tout, ne jouons pas avec la perte du pouvoir”, a-t-il déclaré devant un auditoire estomaqué.

– Beaucoup d’analystes ont cru y voir le signe d’une sorte de peur panique qui se serait emparée de celui qu’on surnomme “Cimetière”. Certains pro-Gbagbo ont même jubilé, se sentant forts à l’idée d’angoisser un symbole de l’arrogance au pouvoir.

– Personnellement, je pense qu’Amadou Soumahoro n’a pas peur mais veut faire peur.

La peur est en réalité le champ que défrichent ceux qui gouvernent actuellement la Côte d’Ivoire, leur stratégie de conquête et de conservation du pouvoir, leur précieux patrimoine politique. Ils veulent maintenir les Ivoiriens quel que soit leur camp dans la peur.

– Les pro-Gbagbo ont peur. Les massacres insensés qui ont eu lieu pendant la crise, l’orgie de sang de mars/avril/mai 2011, la pornographie de la violence qui suintait de toutes ces vidéos de tortures et de crimes mises en ligne par ceux qui les perpétraient (alors qu’a priori elles pouvaient se retourner contre eux) visaient à installer durablement cette peur qui continue d’ailleurs de tétaniser l’opposition.

Les pro-Ouattara, les déçus du ouattarisme et les cadres du PDCI doivent aussi avoir peur. Sous Gbagbo, ils devaient se lever et se coucher avec la peur d’être massacrés tapie dans les profondeurs de leurs âmes, d’où le storytelling angoissant résumé par le fameux documentaire “Côte d’Ivoire, poudrière identitaire”. D’où la diabolisation insensée de l’adversaire dépeint en “Hitler noir”. Ils doivent avoir peur aujourd’hui, du “retour de Gbagbo et/ou du FPI”.

– Les champs de mines placés sur le terrain de la réconciliation, le rattrapage ethnique, les prisons politiques dans le Nord, les jurés composés de gens du Nord, visent à accroître la haine du “Sud”, donc la peur du match retour dans le “Nord”. Le militant ou sympathisant du RDR ou du RHDP ne doit plus attendre de son parti ou de sa coalition la résolution de ses problèmes quotidiens ou des problèmes de la Nation mais juste une protection contre un cruel ennemi fantasmé. Quelle importance a une thématique comme “la vie chère” quand il s’agit de “voter” pour avoir la vie sauve ?

– En réalité, ceux qui dirigent la Côte d’Ivoire tiennent en joue leurs partisans et leurs adversaires, ceux qu’ils sont prêts à tuer et ceux qui mourraient pour eux à travers la même arme cynique de la peur et de la division.

Théophile Kouamouo

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