Affi NGuessan sur RFI : «Le transfèrement de Blé Goudé est une insulte »

Affi NGuessan sur RFI : «Le transfèrement de Blé Goudé est une insulte »

Le président du FPI, le Premier ministre Pascal Affi NGuessan était l’invité de RFI hier matin. Nous vous proposons l’intégralité de son entretien avec Christophe Boisbouvier.

RFI : Pascal Affi NGuessan bonjour, vous dites que le transfèrement de Blé Goudé est un cas de rupture du dialogue. Mais pourquoi avez vous accepté de dialoguer ces derniers mois avec un pouvoir qui avait déjà transféré Laurent Gbagbo à laHaye ?

Pascal Affi NGuessan : Justement parce que le dialogue avait pour objectif de mettre fin à cette escalade et d’entrer dans une logique de décrispation. C’est pour cela que nous luttons pour la libération du président Gbagbo, parce que nous considérons que sa détention est un obstacle à la réconciliation et la déportation de Blé Goudé estun acte qui n’est pas compatible avec la réconciliation. C’est un acte qui vient renforcer la logique de conflictualité. Il constitue même une insulte à l’opinion nationale et internationale.

RFI : Et si ce transfèrement ouvre la voie à celui du transfèrement des personnalités proches de Ouattara, c’est ce que souhaite d’ailleurs la procureur Fatou Benssouda, est-ce que vous ne réviserez pas votre position ?

P.A.N. : Ce que nous constatons à l’heure actuelle c’est que c’est le camp Gbagbo qui est victime de la justice des vainqueurs aussi bien plan national qu’au plan international. Au plan national, ce sont les personnalités du camp Gbagbo qui sont arrêtées, incarcérés dans des conditions inhumaines quelquefois au secret qui n’ont aucun droit. Et au plan international ce sont les pro-Gbagbo seuls qui sont poursuivis par la justice internationale. Donc nous appelons les autorités de la Cour pénale internationale à agir dans le sens d’une justice équitable et impartiale.

RFI : Alors si les personnalités sont livrées à al CPI vous changez d’avis?

P.A.N. : Il est évident que cela impactera notre avis, mais cela ne veut pas dire nous allons dans le sens de la réconciliation. La réconciliation consiste pour nous à sortir de la logique pénale. Ce n’est pas par la logique de la punition ou de la répression que nous pouvons appeler les ivoiriens à se retrouver. Donc si la CPI veut équilibrer les choses il faut qu’elle travaille dans le sens d’une justice équitable. Nous ne pouvons pas comprendre que ceux qui ont déclenché la rébellion de 2002 restent en liberté alors que des rapports d’organisations de défense de Droits de l’homme et le rapport de lacommission nationale incriminent la plus part d’entre eux.

RFI : Pascal Affi NGuessan il y a une semaine le 14 mars, lorsque, au cours d’une conférence de presse vous avez lancé le mot d’ordre de boycott du recensement, Charles Blé Goudé n’avait pas encore été transféré. Quelle donc la raison fondamentale de votre mot d’ordre ?

P.A.N. : La raison fondamentale est qu’il n’y a pas, en Côte d’Ivoire, une volonté politique pour amener le pays à la paix, à la stabilité et à la convivialité. Cela fait plus an que nous sommes dans le dialogue politique avec le gouvernement. En un an que nous n’avons eu que 9 heures de discussion effective et aucune décision concrète n’a sanctionné ce dialogue. Pas de libération de prisonniers, les ivoiriens sont encore en exil, les dozos sont toujours éparpillés sur toute l’étendu du territoire national et sèment la terreur dans les villages. Donc, non seulement le gouvernement n’a pas de volonté politique, mais il veut faire un passage en force en faisant le recensement alors que des centaines de milliers d’ivoiriens sont encore réfugiés au Libéria, Ghana Lomé et en tout cas partout en Afrique.

RFI : Les autorités promettent que les Ivoiriens exilés seront recensés grâce aux informations données par leurs familles. Le recensement est acte administratif pour savoir combien vous êtes dans votre pays. Est-ce que ce n’est pas un outil statistique indispensable au développement ?

P.A.N. : C’est un outil statistique indispensable au développement. C’est pourquoi le gouvernement doit réunir toutes les conditions pour assurer sa crédibilité et de son efficacité. Le boycott a une signification politique. Ce n’est pas le recensement en tant tel qui est en cause, ce sont les conditions dans lesquelles le gouvernement veut le mettre en oeuvre.

RFI : En fait, ce que vous voulez ce sont ces états généraux de la République que vous réclamez depuis plusieurs mois

P.A.N. : Ce que nous voulons c’est la réconciliation nationale. La nécessité de réunir toutes les composantes de la nation pour qu’elles situent les responsabilités et qu’elles mettent en oeuvre les réformes politiques. Les réformes au plan des institutions, au plan de la commission électorale indépendante. En sommes comment faire en sorte que ce qui s’est passé ne se reproduise plus. C’est tout cela que nous voulons à travers les états généraux de la République. Vous pouvez les appeler comme vous voulez, ce qui est important c’est de garantir la non-répétition de ces évènements que nous avons connus.

RFI : Vous avez boycotté les élections législatives de 2011, si demain vous n’obteniez pas la table ronde que vous réclamez et que vous boycottez les présidentielles de 2015 est-ce que votre parti le FPI ne risque pas de disparaitre du paysage politique?

P.A.N. : Nous n’en sommes pas encore là. Ce qui est important pour nous en ce moment c’est le combat pour la réconciliation nationale. Parce que, que serait la finalité et le sérieux d’une élection qui se ferait avec moins de la moitié de la population?

RFI : Et si vous boycottez les élections de 2015, est-ce que vous ne craignez pas que vos anciens compagnons Mamadou Coulibaly ancien président de l’Assemblée nationale et Gervais Coulibaly ancien porte- parole de Laurent Gbagbo qui sont plus modérés que vous ne prennent la place que vous laisserez vacante ?

P.A.N. : Je l’ai dit, nous n’en sommes pas encore-là. Ce qui est important ce ne sont pas les ambitions des uns et des autres, c’est l’intérêt de la nation. Il faut créer la confiance entre tous les acteurs nationaux. Il faut un consensus national.

RFI : Pascal Affi NGuessan, merci.

P.A.N. : C’est moi qui vous remercie.

Propos retranscris sur RFI

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