Afrique du Sud: Eugene de Kock, “tueur numéro 1” de l’apartheid, est libre

Afrique du Sud: Eugene de Kock, “tueur numéro 1” de l’apartheid, est libre

Le chef d’un escadron de la mort responsable d’avoir kidnappé, torturé et assassiné de nombreux opposants au régime d’apartheid sud-africain dans les années 80 et 90, le policier Eugene de Kock, est maintenant un homme libre.

Le ministre de la Justice, Michael Masutha, lui a accordé une libération conditionnelle vendredi « dans l’intérêt de la réconciliation nationale ». Il a exprimé ses remords et aidé les autorités à retrouver les restes de ses victimes, a-t-il plaidé.

L’affaire soulève les passions en Afrique du Sud, toujours hantée par le régime d’apartheid, dans le cadre duquel la minorité blanche avait institutionnalisé le racisme au détriment de la majorité noire du pays.

De vives réactions

Sur les réseaux sociaux, de nombreux citoyens réagissent vivement à cette décision.

« Eugène De Kock mérite la même pitié que celle qu’il a montrée pour ses victimes : aucune! La vengeance est une émotion légitime », écrit une femme sur Twitter. « De Kock est un tueur de sang-froid », déplore une autre, qui rappelle la brutalité de ses crimes.

L’archevêque Desmond Tutu, conscience morale de l’Afrique du Sud, appuie cependant la décision du gouvernement. Selon lui, elle « représente une étape sur la route de l’Afrique du Sud vers la réconciliation et la guérison ».

« De Kock mérite d’être libéré, car il a purgé une peine relativement longue en prison, il a présenté ses excuses et a recherché le pardon de beaucoup de ses victimes. » — L’archevêque Desmond Tutu

Le tueur numéro 1 de l’apartheid

De 1985 à 1993, Eugene De Kock a dirigé une unité de la police sud-africaine basée à Vlakplaas, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Pretoria, qui ciblait des militants antiapartheid. Il a été surnommé le « tueur numéro 1 » de l’apartheid.

Arrêté en 1994, l’année où le Congrès national africain dirigé par Nelson Mandela a pris le pouvoir, il avait été condamné deux ans plus tard à deux peines de prison à perpétuité, auxquelles s’ajoutaient 212 ans de prison, pour 89 crimes et délits.

La Commission vérité et conciliation, présidée par Mgr Tutu, lui avait accordé une amnistie pour plusieurs de ses crimes, dont deux attentats à la bombe et 12 meurtres de militants.

Elle avait cependant refusé de lui accorder cette amnistie pour six autres assassinats, puisque ces victimes n’avaient aucun lien avec la guérilla antiapartheid, et qu’aucun mobile politique ne pouvait donc être évoqué.

Tant pendant son procès que devant la commission, Eugene De Kock avait reconnu être un « assassin d’État » et avait décrit avec moult détails les atrocités commises par son unité.

De Kock était considéré comme un prisonnier modèle. Pendant son incarcération, il a contacté les familles de plusieurs de ses victimes pour demander pardon.

« Je suis le seul membre de la police sud-africaine qui purge une peine pour des crimes que j’ai commis dans le cadre des tentatives du Parti national [au pouvoir de 1948 à 1994] pour défendre l’apartheid et combattre les mouvements de libération. » — Eugene De Kock,, lors de sa demande de libération conditionnelle 

« Pas un seul des généraux précédents ou des ministres qui ont été au gouvernement jusqu’en 1990 n’a été poursuivi », avait-il ajouté, en notant qu’il n’aurait jamais commis ces crimes hors du contexte de l’époque, surtout s’il n’avait pas reçu d’ordres.

Le ministre Masutha a fait savoir qu’il ne révélerait pas à quel endroit ni à quel moment De Kock sera libéré. L’avocat de ce dernier, Julian Knight, a fait savoir qu’il n’avait pas été en mesure de joindre son client, et qu’il ne pouvait donc témoigner de son état d’esprit.

Source: Radio-Canada

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