Afrique du Sud : Zuma pousse son ex-femme à lui succéder

Afrique du Sud : Zuma pousse son ex-femme à lui succéder

Jacob Zuma est en train de pousser ses pions pour organiser comme il l’entend sa succession à la tête du pays. Il l’a dit deux fois depuis qu’il a été réélu en mai dernier :

« L’Afrique du Sud est prête pour avoir une femme présidente. »

Et pas n’importe laquelle… Il pense ni plus ni moins à son ex-épouse, Nkosazana Dlamini-Zuma, ancienne ministre de la Santé et des Affaires étrangères dans les gouvernements Mandela et Mbeki, actuelle présidente de la commission de l’Union africaine (UA).

Un poste où cette apparatchik de l’ANC (congrès national africain) au caractère bien trempé ne brille pas particulièrement – ni au Mali, ni en Centrafrique, ni dans la formation d’une force militaire panafricaine de « réaction rapide aux crises » décidée en mai 2013, mais toujours pas sur pied.

L’enjeu : éviter des poursuites judiciaires

Mais ce n’est pas le problème de Zuma, comme l’explique le politologue sud-africain William Gumede dans les colonnes du quotidien régional du Kwazulu Natal The Witness :

« Alors qu’il essaie de gérer sa succession d’une manière qui arrange ses intérêts personnels, politiques et financiers, deux facteurs pèsent sur Zuma. D’abord, comment va-t-il échapper à un procès, avec la montagne d’accusations de corruption qui l’attend ?

Ensuite, comment va-t-il protéger les intérêts financiers de sa vaste famille, quand il n’aura plus l’immunité présidentielle ? La majeure partie de la fortune de Zuma s’est faite à travers l’Etat. »

En poussant son ex-femme, avec qui il est en bons termes, Zuma se moque de son propre parti (déjà divisé entre le clan zoulou de Zuma et les autres) comme de la tradition laissée par Nelson Mandela. En principe, c’est en effet Cyril Ramaphosa, vétéran de la lutte contre l’apartheid reconverti dans les affaires, qui doit lui succéder. Il est vice-président de l’ANC et de la République, les postes jadis occupés par Thabo Mbeki pour prendre la relève de Mandela, en toute clarté.

15 600 euros de salaire présidentiel à vie

Cyril Ramaphosa vient de renoncer à une bonne partie de son empire industriel pour se consacrer à son destin de présidentiable. Mais il n’est pas au bout de ses peines : il doit se préparer à se voir contester par Nkosazana Dlamini-Zuma la présidence de l’ANC fin 2017, lors du prochain congrès du parti. Comme l’explique William Gumede :

« Le temps va filer vite pour Ramaphosa. Pour contrecarrer ses rivaux, il pourrait devoir promettre à Zuma la protection de ses intérêts, lui garantir l’immunité face aux poursuites judiciaires et même peut-être considérer une contribution financière volontaire – disons à hauteur de 10 milliards de rands (pas de sueur sur le front de Ramaphosa, déjà milliardaire) – pour pallier à tout éventuel souci financier post-présidence. »

En Afrique du Sud, les anciens chefs d’Etat touchent leur salaire à vie (2,6 millions de rands par an, soit 15 600 euros par mois au taux de change actuel, après les deux augmentations de 5% et 5,5% que s’est accordé Zuma en 2010 et 2012).

Peut-être pas assez pour le président polygame, quatre femmes et une vingtaine d’enfants, par ailleurs poursuivi depuis 2005 pour corruption dans le cadre de contrats d’armements passés en 1998. Des chefs d’inculpation levés in extremis en 2009, peu avant son élection à la présidence, mais qui pourraient le rattraper avec beaucoup d’autres affaires, comme la rénovation de sa résidence privée de Nkandla aux frais de la princesse.

Equation difficile pour Ramaphosa

Voilà donc Ramaphosa dans une position paradoxale. Une équation de laquelle il ne peut pas sortir gagnant. S’il passe un arrangement dans les coulisses pour garantir l’impunité à Jacob Zuma, il va s’aliéner une partie de l’électorat et perdre sa réputation – pour l’instant sans taches – d’homme intègre. S’il laisse faire, c’est le pouvoir qui risque de lui échapper.

Seule solution : se lancer dans le combat de titans auquel l’invite Zuma. Quitte à le faire « dégager » lors du prochain congrès de l’ANC – le sort qui avait été celui de Thabo Mbeki en 2008, et un scénario dont rêvent beaucoup de mécontents de Zuma au sein de l’ANC. L’avenir de l’Afrique du Sud est dans la balance.

Sabine Cessou

Source: blogs.rue89.nouvelobs

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.