Alain Cappeau, conseiller: «Ce que Gbagbo attend» | eburnienews | Diaspora ivoirienne | Actualité Politique | Diaspora africaine en France Alain Cappeau, conseiller: «Ce que Gbagbo attend»
Alain Cappeau, conseiller: «Ce que Gbagbo attend»

Alain Cappeau, conseiller: «Ce que Gbagbo attend»

La CPI, Laurent Gbagbo, la CEI, les élections, le FPI, et la société ivoirienne, tels sont les thèmes abordés sans ambages avec Alain Cappeau, le Conseiller Spécial du Président Laurent Gbagbo, dans cet entretien accordé au Nouveau Courrier.

Que pensez-vous de la décision de la CPI, de refuser à la défense de Laurent Gbagbo d’interjeter appel à la confirmation des charges prononcées à l’encontre de ce dernier ?

Le 11 septembre 2014, en rejetant la demande de la défense de Laurent Gbagbo d’interjeter appel de la décision relative à la confirmation des charges prononcée le 12 juin 2014, la CPI a définitivement dévoilé son idéologie totalitaire, elle a censuré une liberté fondamentale qui est d’apporter la contradiction dans un débat. Cette idéologie totalitaire ne sert qu’à justifier une domination fanatique à soumettre et spolier une certaine Afrique au profit de maîtres occidentaux. L’intolérance fanatique dont a fait preuve la CPI, retourne d’une conception narcissique de l’application d’un droit arbitraire. La CPI a été trop loin, elle se vautre aujourd’hui dans un jacobinisme qui va l’amener à sa perte. Vous savez, W. Brandt disait : celui qui laisse se prolonger une injustice ouvre la porte à la suivante.

Tout le monde sait maintenant que la CPI est le cache sexe du Conseil de sécurité des Nations Unies, elle ne vit que d’erreurs conscientes, qui ne sont, en fin de compte que les ombres portées de sa déraison, elle disparaitra le jour où les pays africains auront le courage de s’en retirer et le jour où, en conséquence, elle deviendra impécunieuse. Il aurait été opportun que la Présidente de la première chambre fasse à la fois profil bas et preuve de mansuétude à l’égard de la défense de Laurent Gbagbo, pour édulcorer le sentiment de suspicion qui a entaché cette institution, après un vote pour le moins tendancieux du juge allemand. Elle aura préféré une attitude suffisante en considérant que le jugement de sa collègue Belge était un sous-jugement et disons-le, caporaliste pour ne pas dire dictatoriale, en opposant une fin de nonrecevoir à la défense de Laurent Gbagbo.

Laurent Gbagbo n’a jamais imposé à ses conseils une défense de connivence, bien au contraire, intellectuellement il est dans une défense de rupture qui vise les passions et les préjugés de l’opinion publique et la CPI avec cette décision arbitraire et unilatérale n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin de sa défense. Pour ce qui concerne maintenant le procès en chicaneries à venir, une chambre de première instance a été constituée, espérons que l’absolutisme décadent qui prospéra sous la férule de la juge de Gurmendi n’ait plus droit de cité ! Voeux pieux ?

Savez-vous qu’elle a été la réaction de Laurent Gbagbo, après ce camouflet?

J’étais avec Laurent Gbagbo le 18 juillet à La Haye, nous avons bien entendu évoqué cette possibilité. Laurent Gbagbo n’est pas «un enfant de coeur» ! Il sait que le ridicule déshonore plus que le déshonneur, il sait que la CPI raisonne correctement, mais en articulant sciemment de faux jugements, lui n’a toujours qu’un seul cap, que la vérité des urnes de 2010 soit dite, tout le reste n’est que de la petite soupe, de la littérature de bistrot.

Dans un autre registre, que pensez-vous du maintien de M. Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI ?

Que du bien, bien entendu, on ne change pas un patricien qui gagne ! Il a été excellent dans sa fourberie et dans ses dispositions, particulièrement retors à exécuter les oukases d’autres pervers, en son temps. Ceci dit sa nomination n’est qu’une pantalonnade dans la mesure où les élections prévues en 2015, comme je l’ai déjà dit et redit, n’ont guère de chance de se tenir. On a cependant échappé au pire en occultant le nom de Beugré Mambé, car lui s’est bel et bien fait prendre la main dans le sac, également en son temps. Son poste actuel de gouverneur du district d’Abidjan, étant au demeurant le fruit d’une reconnaissance à la mémoire courte.

Pour quelles raisons d’après Vous ces élections n’auront pas lieu ?

Mais enfin, soyons pragmatiques, pourquoi voudriez-vous qu’elles aient lieu ! Ces supposées satanées élections ne sont dans l’intérêt de personne. La France a déjà installé son faire-valoir à la tête du pays, elle a durablement positionné ses conseillers et ses hommes de l’ombre, Pourquoi voulez-vous qu’elle remette tout ça en cause ! Ouattara quant à lui n’a qu’à repousser aux calendes grecques ce scrutin, ça lui évitera de piocher dans sa cagnotte pour convaincre généreusement les uns et les autres, et puis, entre nous, il serait contraint sous diverses pressions de dépoussiérer quelques articles constitutionnels pour être candidat.

Je vous rappelle qu’il fut candidat aux dernières élections que grâce à la magnanimité du Président Gbagbo ! En bref, lui, vivant, n’acceptera jamais de se retirer d’un eventuel scrutin et surtout pas qu’il y ait une transition politique quelconque, cela serait faire injure à la philosophie d’omnipotence qu’il incarne.

Quant aux autres on reste dans une pure imagerie mentale, certains rongent leurs freins, d’autres jouent au poker menteur en courant à la pâtée et d’autres encore gagnés par la sénilité tombent dans une totale disgrâce. Ceci dit je me demande quelle serait la réaction de la communauté internationale, du peuple ivoirien et des équipes politiques en place en Côte d’Ivoire, si Laurent Gbagbo était candidat à sa propre succession, étant entendu que l’exécutif en place est là par accident et que lui n’est apparemment soumis à une aucune décision d’inéligibilité ! Il n’a perdu aucun de ses droits civiques me semble-t-il ! Si j’osais une formule laconique, je dirai que, Ouattara se suffit aujourd’hui d’une réalité précaire, mais quand même clinquante, alors que pour Gbagbo l’imprudence serait une méthode.

Est-ce que le FPI, qui est le premier parti politique de Côte d’Ivoire n’a pas un intérêt quelconque dans ces élections ?

Bien sûr que oui, à condition, comme je viens de le dire que Laurent Gbagbo en soit le candidat.

Que pensez-vous de la nomination, au sein du FPI d’une vice-Présidente chargée de coordonner les actions pour la libération de Laurent Gbagbo?

Ça part d’un bon sentiment ! Je lui souhaite bon courage, car il va falloir qu’elle trie le bon grain de l’ivraie, qu’elle identifie ces chauffeurs de salles à la cervelle de colibri qui ne cherchent qu’à satisfaire leur ego, de ceux qui vivent viscéralement la douleur du Président Gbagbo et de sa famille. Nous nous sommes déjà confrontés à de nombreuses reprises en Europe à cette forme d’apostolat, sans beaucoup de succès, car chaque « leader » de mouvance, jaloux des prérogatives qu’il s’est inventé, passe le plus clair de son temps à neutraliser l’autre. Ceci dit les organisations à l’intérieur desquelles je travaille, seront heureuses et désireuses de rencontrer cette dame et de l’écouter, tout en sachant qu’elles n’adhèreront jamais au langage qui sera de dire que dans l’affaire Laurent Gbagbo, nous sommes heureux d’aller au procès, au motif que la vérité devrait triompher. Nous qui rencontrons très régulièrement Laurent Gbagbo à La Haye savons le prix de la haine, de la souffrance et du temps que la CPI a mis hors du temps. Nous connaissons les déchirements et les gorges serrées qui par moments nous submergent entre deux parloirs, alors ne nous parlez pas d’être heureux de vivre encore cette situation deux ou trois années de plus. Madame la Vice-Présidente !

Trouvez les solutions que nous n’avons pas encore pu trouver pour que Laurent Gbagbo sorte de là où il n’aurait jamais dû être. A l’époque l’empereur Charles Quint échangea son prisonnier, le roi François 1er contre deux des enfants de ce dernier, et si nous échangions aujourd’hui Laurent Gbagbo contre trois ex comzones, ou mieux ?

Et le peuple ivoirien dans tout ça ?

Et le peuple ivoirien ! Il est patent de constater que dans une société liberticide, tout ce qui était crime avant son avènement, devient vertu dès son instauration. De même, et je dirai malheureusement, il est fréquent de constater que dans l’asservissement, un peuple trouve toutes sortes de ressources pour se caparaçonner dans une autosuffisance, à laquelle il va s’accoutumer. Et ça, en Côte d’Ivoire, les barbares d’arrondissements en place, par nature misanthropes, non seulement le savent mais de surcroit en nourrissent les germes. Un jour probablement la rue ivoirienne se réveillera consciente de son malheur, alors pour paraphraser Jean Jaurès, je dirai que là où il y a conscience, il peut y avoir révolution.

Si en France et en Europe on constate une violente résistance de fait qui s’oppose à l’exécutif et au gouvernement pied-bot en place en Côte d’Ivoire, au pays c’est une résistance d’opinion qui s’est enraciné depuis la déportation du Président Gbagbo à La Haye. Et ce type de résistance là, est un chancre incontrôlable qui peu à peu ronge toutes les bases d’une société usurpée pour la rendre, à terme déliquescente.

Propos recueillis par Frank Toti

Source: Le Nouveau Courrier N°1117

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.