Aminata Traoré: « les Africains doivent se réapproprier leurs destins, Afin de cesser d’être des exilés»

Aminata Traoré: « les Africains doivent se réapproprier leurs destins, Afin de cesser d’être des exilés»

En ces temps délétères, l’Afrique est en première ligne de notre monde ballotté par la crise économique. La parution en poche de L’Afrique humiliée d’Aminata Traoré offre une occasion bienvenue de participer aux débats actuels, de s’interroger sur les causes d’une possible faillite du capitalisme financier et les moyens de le réformer.

Ancienne ministre de la culture du Mali, fonctionnaire international et militante altermondialiste, Aminata Traoré forme une critique rigoureuse des modalités et des conséquences de l’ouverture de l’Afrique au marché mondial. Son point de vue éclaire de biais les rouages de la mondialisation néolibérale, “la nouvelle forme d’organisation de la ponction”. Le constat est amer. “La logique économique qui met l’Afrique à genoux secrète la pauvreté, la précarité et le mécontentement dans les pays riches.

Ce livre réquisitoire, publié avant la crise de 2008, dénonce cinquante années de mensonges et d’hypocrisie au nom du développement. Et il y a urgence, tant le double langage hérité des habitudes coloniales continue de prospérer en Afrique. En témoigne le discours de Nicolas Sarkozy prononcé le 26 juillet 2007 à Dakar. Des propos qu’Aminata Traoré entend déconstruire, auxquelles elle confronte d’autres paroles, celles d’Aimé Césaire, ou Cheikh Hamidou Kane qui signe la préface de L’Afrique humiliée.*

En Afrique, la croissance profite aux “entreprises étrangères qui s’enrichissent et permettent à leurs interlocuteurs et alliés locaux d’en faire autant au détriment de l’immense majorité des Africains et de l’environnement.

Mais cependant L’auteur souligne le manque de courage, de lucidité, les trahisons et l’aliénation culturelle dont souffrent certains de ses pairs. Sur ce dernier point, elle relève cependant que l’inégalité qui caractérise les rapports entre l’Afrique et l’Europe,Les rapports entre l’Afrique et l’Europe, repose sur un véritable “viol de l’imaginaire”. “L’une des règles du jeu consiste à faire intérioriser aux Africains le sentiment de leur échec à saisir et exploiter les opportunités du système. Le regard tendu vers des frontières qui leurs tournent le dos, les immigrés qui arpentent la dougouma sira, la voie terrestre de l’exil, découvrent au bout du Sahara une impasse. Leur origine hypothèque leur réussite. La peur de l’échec et la mort sociale hantent leur retour.

Le sort des immigrés clandestins commence à faire exemple. Leurs naufrages renvoient symboliquement à celui des règles d’un jeu qui produit des perdants. L’enjeu, selon Aminata Traoré, est crucial : il s’agit pour les Africains de se réapproprier leurs biens et leurs destins. Afin de “cesser d’être des exilés et des naufragés en nous-mêmes, chez nous et partout où nous allons. Sur le plan idéologique, elle prolonge une idée chère à Cheikh Hamidou Kane : celle du “recours au sources”, aux valeurs identitaires fondamentales. Garantes des conditions de la survie, les femmes africaines sont le pivot de cette régénération, “les gardiennes du temple”. Elles peuvent retenir cette jeunesse prête à se sacrifier. La conscience de l’ambiguïté de l’aventure avance, comme chez ce jeune de Bamako : “Tu pars jeune et fort, tu as toutes les chances de ne jamais revenir, ou de revenir vieux, usé et pauvre parmi les tiens.”

Au niveau des politiques migratoires, Aminata Traoré appelle de ses vœux une immigration circulaire. Accepter de prendre et de donner, afin de poursuivre l’histoire d’un monde tissé d’échanges entre les peuples. Afin de ne pas oublier que si “nul ne sort indemne de l’expérience de la rencontre, il importe de ne pas perdre le chemin de soi.

Source: panafricain.tv

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