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Ané Eric, commissaire général du FestAgni : « Chez les Agni, la gouvernance repose sur la parole »

Ané Eric, commissaire général du FestAgni : « Chez les Agni, la gouvernance repose sur la parole »

Le 2ème Festival des arts et de la culture agni (Festagni) se tiendra du 15 au 17 novembre prochain à Abengourou, chef-lieu de l’Indénie-Djuablin. Le commissaire général de l’événement, Ané Eric, en situe l’enjeu.

Notre Voie : Pourquoi avezvous choisi «l’art oratoire en pays Akan» comme thème du Festagni 2014 ?

Ané Eric : Nous avons décidé d’aller comprendre l’art oratoire en pays akan et spécifiquement agni. Chez nous les Agni, la gouvernance repose sur la parole. C’est à travers la parole que les litiges se règlent et c’est à travers la parole qu’on gouverne. Donc il est important pour nous d’aller s’imprégner de cette organisation sociétale qui repose sur la parole. Comme le disait feu félix Houphouët-Boigny «devant la violence, toutes Valeurs tombent». Si vous avez une société où c’est la magnificence de la parole qui permet de gouverner, il est important qu’après la crise postélectorale qui a frappé la Côte d’ivoire, nous quittions le discours des armes pour aller à la parole. nous pouvons ainsi apporter un plus à la cohésion sociale, à l’entente et au règlement de tous litiges à partir de la parole, des proverbes et légendes de notre patrimoine culturel.

N.V. : N’est-ce pas par crainte de perdre l’art oratoire que vous avez choisi ce thème ?

A.E. : Nous sommes une société d’oralité. Ce qui fait que généralement les sachants ne couchent pas leur savoir sur papier. nous ne sommes pas dans une société d’édition. Le mal est que l’écriture n’est pas très vulgarisée et beaucoup de sachants disparaissent avec leur savoir. L’initiative que nous prenons, à travers le festival, a aussi pour but d’essayer de corriger ces faiblesses avec la nouvelle génération que nous constituons. Aujourd’hui, nous sommes dans un village planétaire et on ne peut pas avoir les mêmes pratiques qu’il y a 20 ans. De nos jours, on peut vulgariser sa culture à travers l’internet et les réseaux sociaux. il faut recenser les sachants, les interroger, retranscrire leur savoir et penser à la limite à l’édition de sorte que les generations futures puissent s’en imprégner. il faut le faire pour que la disparition d’un vieillard en Afrique ne soit pas une fatalité. Depuis l’année dernière, après la 1ère édition du festival, nous avons créé un magazine «Yê Han Bonou», qui signifie «unissons-nous», où nous résumons tout ce que nous avons fait de sorte que chacun puisse s’en imprégner.

N.V. : Les contes et légendes seront-ils pris en compte ?

A.E. : Pour nous qui sommes nés en ville et avions tout fait en ville, il est important que nous allions nous ressourcer au village. La langue maternelle, c’est au village qu’on l’apprend à parler. Il y a une panoplie d’activités, notamment les contes du soir, l’art oratoire dans les règlements de litige, les légendes et le protocole en pays agni. Ces choses ont de l’importance. Dans nos régions agni, il y a un jour pour le règlement les litiges, des tribunaux traditionnels qui cohabitent avec les tribunaux modernes. Comme on dit chez nous, «on ne reste pas à mille kilomètre pour apprendre à quelqu’un à jouer de l’awalé. il faut être assis à coté de l’awalé». Ce sont des choses qu’il faut aller apprendre auprès des ainés au village. L’art oratoire repose sur la connaissance de l’histoire. Il faut connaitre par exemple la signification des montagnes, l’histoire d’un village, l’histoire de ses différents chefs. Ces faits qui se sont passés, il faut bien les retrouvés auprès des anciens. Ce savoir n’est pas à la librairie, même si bon nombre de professeurs d’université akan ont laissé quelques traces.

N.V. : Concrètement, que prévoient ces trois jours de festival ?

A.E. : Le festival se tiendra dans les royaumes du Moronou-Djuablin. Il sera fixé à Abengourou, chef lieu de département. Mais nous allons faire une incursion dans la région du Djuablin. L’un des temps fort du festival sera le spectacle d’ouverture où nous attendons des groupes invités qui viendront du Ghana voisin. Nous allons mimer une situation de règlement de conflits en pays akan. Nous avons identifié de grands paroliers que nous allons mettre en situation comme dans une arène. Nous allons les entendre parler à travers des proverbes et des légendes afin de montrer cet art dans toute sa dimension.

L’an dernier, il s’agissait du mariage et de la compréhension de la musique ahoussi. Cette année, à coté du thème scientifique, nous allons faire un focus sur la musique abodan. Dans le pays agni, il y a des spécificités musicales. Par exemple, la région du moronon pratique beaucoup plus l’ahoussi que les autres genres. L’ahoussi est transversale dans la région agni. Mais il faut surtout amener les Agni à sortir du registre funèbre aux chants de réjouissances. Parce que le festival, c’est avant tout une occasion de joie. L’abodan, lui, est prisé dans la région de l’indénié et du Djuablin. Ça ne veut pas dire qu’on ne trouve pas d’abodan dans le moronou. C’est pourquoi, pendant ces 3 jours, nous irons à la découverte de l’abodan.

N.V. : Quels seront les autres temps forts du rendez-vous?

A.E. : L’une des grandes spécificités de ce 2ème festival sera la célébration de « la journée nationale de la paix » qui aura lieu le 15 novembre. Pour qui connaît l’histoire de l’indénié, elle rime avec la cohabitation harmonieuse entre l’administration et la royauté. Nous allons donc saisir l’occasion de ce festival pour organiser une table ronde sur la paix et dégager un message pour toute la nation. Nous organiserons aussi une visite des musées car il y en a beaucoup à Abengourou dont le musée royal. Il y a aussi le Centre artisanal et la résidence d’Houphouët-Boigny, quand il était infirmier. Nous allons permettre aux festivaliers de visiter tous ces sites.

Interview réalisée par

Djè Abel

Source: Notre Voie

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