Arrêté au Ghana, les accusations contre Abéhi remises en cause. Mais Abéhi se meurt à petit feu au camp

Arrêté au Ghana, les accusations contre Abéhi remises en cause. Mais Abéhi se meurt à petit feu au camp

Parmi les chefs d’accusation retenus contre le commandant Abéhi, le procureur militaire Ange Bernard Kessi met l’accent sur sa responsabilité dans une prétendue «atteinte à la sureté de l’Etat» depuis le Ghana. Ce qui lui aurait fait un traquenard et une extradition le 4 février 2013. Dans sa narration des faits, Jean-Yves Dibopieu, en compagnie de qui, l’ex-commandant du Groupement d’escadron blindé (Geb) a été pris dévoile un complot du régime d’Abidjan.

«A quelques deux cent mètres des lieux du rendez-vous, un véhicule nous signale et l’occupant nous informe que c’est nous qu’il attend. Alors nous montons à bord dudit véhicule avant de nous engouffrer dans une cour dont les deux battants du portail s’ouvrent grandement pour s’enfermer ensuite derrière nous. Aussitôt, une vingtaine d’individus en tenue civile se sont rués sur nous avec violence pour nous dépouiller de tout. Nous avons tenté de résister mais c’était inutile car leur nombre s’accroissait, ils étaient très enthousiastes comme s’ils venaient d’avoir le jack pot, c’était l’arrestation du siècle. Et le commandant Abéhi s’est écrié : « Ah, Myster Snow ! » J’ai compris que c’était le nom de l’homme qui venait de nous livrer. Le cortège d’une douzaine de véhicules qui s’en suit est si impressionnant que le grand boulevard traversant Accra s’est vu immobilisé.

Nous débarquons à la direction des renseignements Ghanéens où l’on nous fait asseoir avant de venir presser sur nous du jus de citron (on a dû leur dire que nous sommes mystiques). Quelques instants après, j’entendais le commandant répéter : « Seigneur comment m’as-tu caché cela ? » Quatre heures de temps plus tard, c’est-à-dire à minuit, deux véhicules de type 4×4 visiblement neufs débarquent. Les mains menottés dans le dos, nous sommes forcés de prendre place à bord, le commandant dans l’un et moi dans l’autre : Direction Côte d’Ivoire. » Jean-Yves Dibopieu en compagnie de qui le commandant Jean-Noël Abéhi a été arrêté à Accra dans les situations qu’il décrit pour « atteinte à la sureté de l’Etat » a été remis en liberté par la justice ivoirienne après 16 mois de détention au secret. Pour le même motif, l’ex-commandant du Geb avait été passé dans les fers de la Direction de la surveillance du territoire (Dst) qui a même réussi, par des méthodes de terreur dont elle seule en est spécialiste, à lui arracher des aveux.

La logique du mensonge sous Ouattara

Il en avait été de même pour le ministre Moïse Lida Kouassi à qui il avait été reproché de préparer un coup d’Etat contre Alassane Ouattara au Togo. La Dst avait également réussi à lui arracher des aveux. Dans son témoignage, après sa sortie de prison, l’ancien ministre de la Défense a révélé que c’est sous le poids de la torture qu’il lui a été arraché les aveux selon lesquelles, lui et des officiers en exil projetteraient d’alors de renverser le régime en place devant les caméras de la Dst. « Sur les 13 jours de ma détention à la Dst, j’ai été interrogé pendant 8 jours. Dans de telles conditions, les gens voulaient entendre ce qu’ils avaient envie d’entendre et non la réalité des faits que je leur racontais », avait révélé qui jouit à présent d’une liberté provisoire.

Le régime Ouattara veut se donner les moyens de justifier la détention d’une catégorie d’Ivoiriens, notamment des soldats républicains, qu’il s’y prend mal. Il s’empêtre dans le mensonge. La preuve, à ce jour, aucune date n’a été définitivement arrêtée pour juger l’ex-patron du Geb contre qui le parquet militaire dit avoir les preuves d’une « atteinte à la sureté de l’Etat ». Le procureur Ange Kessi ne fait qu’aller de report en report, sans convaincre l’opinion des raisons qui justifient la détention de l’officier de gendarmerie. En réalité, le parquet militaire, à l’image de tous les dossiers imaginaires des personnes estampillées pro-Gbagbo devant la justice ivoirienne, et dans la droite ligne des « révélations mensongers » d’Hamed Bakayoko, ne détient aucun élément probant. Le commandant Jean-Noël Abéhi – et non Mangou, Kassaraté, Détho Létho, etc. – est sous les verrous tout simplement parce qu’il commandait un escadron qui a résisté à la prise du camp Agban, a ravitaillé régulièrement le camp commando d’Abobo que les hommes de Ouattara tentait d’asphyxier.

Mieux, sur les conseils de ses frères d’armes, mais surtout de certains membres de sa famille, il avait également décidé de se mettre à l’abri d’une éventuelle attaque des sécurocrates de Ouattara. Pour cela, Abéhi est également poursuivi pour «désertion » par le parquet militaire.

Abéhi se meurt à petit feu au camp pénal

Des sources en provenance de Bouaké sont alarmantes sur les nouvelles de l’ex-commandant du Groupement d’escadron blindé d’Agban. En effet, suite à des sévices que lui ont fait subir les sécurocrates du pouvoir d’Abidjan pour lui arracher des aveux, Jean-Noël Abéhi en est sorti avec de graves séquelles. Notamment d’atroces douleurs lombaires. Une tentative d’évacuation et d’hospitalisation au Centre hospitalier et universitaire de Bouaké avait été, selon des indiscrétions, empêchée par des instructions venues d’Abidjan. Depuis lors, l’officier supérieur de la gendarmerie vit reclus dans sa cellule de prison où il ne peut se mouvoir, déféquant et faisant pipi sur place. Son état de santé, révèlent les informations qui parviennent au Nouveau Courrier, continue de se dégrader au fil du temps.

Gilles Naismon

Source: Le Nouveau Courrier N°1060

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