Attentats en France: La France avait oublié qu’on ne décide jamais des modes d’action de ses ennemis

Attentats en France: La France avait oublié qu’on ne décide jamais des modes d’action de ses ennemis

Engagée sans discontinuer depuis 2001 contre l’internationale djihadiste, la France avait oublié qu’on ne décide jamais des modes d’action de ses ennemis.

C’est la guerre ! Le mot n’est pas excessif, mais il n’est pas nouveau non plus, car la France est engagée depuis septembre 2001 dans la bataille planétaire contre le terrorisme. On se souvient que, dès octobre 2001, notre pays a pris les armes et a employé ses soldats contre les auteurs d’attentats revendiquant leur pratique radicalisée de l’islam. Auparavant, dès les années 1980, la France s’était déjà trouvée en butte aux bombes et aux massacres. Mais ces opérations se trouvaient pour la plupart sponsorisées par des États comme la Syrie, l’Iran ou l’Algérie. Cette fois, même s’il ne faut jamais rien exclure en la matière, tout porte à croire que les carnages de Paris sont le fait de djihadistes suicidaires sunnites appartenant à ce “terrorisme international” mis en œuvre dès la fin des années 1990. Rappelons que le texte fondateur de cette mouvance date de 1998, inspiré par Ben Laden et Ayman al-Zawahiri et signé par le “Front islamique mondial pour la guerre sainte contre les juifs et les croisés”. Dès cette époque, mais surtout après les attentats de septembre 2001 sur le sol américain, les services de renseignement français et les magistrats responsables de l’antiterrorisme savaient à quoi s’en tenir.

En guerre depuis 2001

Les trois derniers présidents de la République, à savoir Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande, se sont trouvés confrontés, chacun à sa manière, aux défis de l’internationale terroriste. Jacques Chirac avait donc choisi, en accord avec son Premier ministre socialiste Lionel Jospin, de participer modestement aux opérations conduites en Afghanistan contre les talibans suppôts d’Al-Qaïda. Cette guerre bien réelle, dans une région du monde que la France n’avait jamais fréquentée militairement, d’abord soutenue par l’opinion publique, a été poursuivie sans trop de vigueur par Nicolas Sarkozy, qui craignait qu’une attitude différente n’entraînât des répercussions sur le sol français, à savoir des attentats. Et n’oublions pas que son successeur a choisi pour sa part d’interrompre, dès les premières heures de son quinquennat, la présence des forces françaises en Afghanistan, effectivement terminée depuis la fin de l’année 2012.

Pas de guerre “zéro mort”

Mais un événement majeur s’était produit entre-temps : la France s’était engagée dès le début de 2011 dans le processus des “printemps arabes”, choisissant pour sa part – avec les États-Unis et le Royaume-Uni – de faire tomber le régime du colonel libyen Kadhafi. Cette guerre totalement atypique, avec des milliers de morts, certes, mais d’un seul côté, a été conduite à distance de sécurité par des forces armées ultramodernes qui n’ont pas connu ne serait-ce qu’un seul blessé dans leurs rangs ! C’est historiquement le premier exemple d’une guerre “zéro mort”, que les politiques et certains militaires pensaient avoir vu naître avec les armes tirées à distance de sécurité. De cette époque, et des conséquences qui ont suivi l’intervention libyenne, datent le surarmement et la nouvelle puissance des groupes terroristes (Aqmi et autres) agissant dans le Sahel, renforcés – ne l’oublions surtout pas ! – par les rançons colossales exigées et obtenues pour libérer les otages européens. Mais il est clair que c’est la situation en Syrie qui a accéléré la dégradation de la situation en accroissant les menaces contre la France.

Syrie

Il appartenait au président de la République François Hollande, chef des armées, de juger de la meilleure manière d’intervenir, ou pas, dans ce conflit. Il a opté en Syrie, comme d’habitude, pour la manière forte. En mettant systématiquement ses communicants en avant pour claironner un discours guerrier, multipliant les déclarations publiques et officielles à chaque étape de l’engagement français, dont la preuve la plus éclatante est apportée par les opérations aériennes contre Daesh en Syrie : trois frappes en trois mois, et des dizaines d’interventions de l’Élysée ou du gouvernement, sur tous les modes, sur tous les tons et sur toutes les antennes. Toujours le menton levé et le verbe. Toujours le vieux problème des politiciens français : grande gueule et petit bâton… Ces attitudes de coqs de village, qui ne disqualifient pas pour autant les actions engagées, constituent un discours que les djihadistes comprennent parfaitement : dans l’escalade guerrière, fallait-il s’attendre à ce qu’ils ne cherchent pas à riposter ?

Combattants sans uniforme

Depuis les Émirats et depuis la Jordanie, voire depuis la mer quand le porte-avions Charles de Gaulle est engagé comme ce sera le cas de nouveau très prochainement, François Hollande a engagé les forces françaises dans un combat sans troupes au sol pour minimiser les risques. Mais pouvait-il espérer que cet engagement n’aurait pas de répercussions sur le sol français ? Bien sûr que non ! Les attentats de Paris sont un acte de guerre, réalisé par des combattants sans uniforme, n’appliquant ni les lois de la guerre ni les conventions de Genève, préférant s’en prendre lâchement à des civils désarmés plutôt qu’à des soldats eux aussi en armes. Tels sont les choix de ces guerriers suicidaires : ils combattent sans espoir de survivre, massacrent sans discrimination, obéissent à des donneurs d’ordres bien cachés et agissent avec une macabre efficacité d’autant plus productive qu’ils évoluent avec aisance dans le monde civilisé. Les outils de communication moderne en réseau n’ont pas plus de secrets pour eux que pour quiconque, leurs armes sont quasiment en vente libre, les moyens dont ils ont besoin sont dérisoires. En fait, la France conduisait jusqu’à présent à sa guise ses guerres africaines et moyen-orientales en connaissant les risques, mais sans en percevoir les conséquences. Cette fois, il n’y a plus moyen de croire qu’une guerre se conduit à distance sur des champs de bataille lointains et que seuls les soldats professionnels feraient face à la mort. Les carnages de Paris viennent rappeler que les guerres n’offrent jamais de sanctuaires pour les civils. Une autre vie commence aujourd’hui.

Par Jean Guisnel

Source: Le Point.fr

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