Au 2e jour de son audition à la CPI, Mangou tente d’accréditer la thèse du ‘’plan commun’’ allégué par Fatou Bensouda

Au 2e jour de son audition à la CPI, Mangou tente d’accréditer la thèse du ‘’plan commun’’ allégué par Fatou Bensouda

Complet (Costume et pantalon) gris, assorti d’une cravate cachemire de même couleur, une paire de lunette pharmaceutique intello soigneusement vissée, le genre de style qu’arborent les agents boursiers de Wall Street, le général de corps d’armées Philipe Mangou, apparaît ce deuxième jour d’audition comme un témoin plus sûr de lui contrairement à la première comparution du lundi 25 septembre. Il ne cesse de répéter qu’il est ‘’fils de pasteur’’ et s’oblige au devoir de vérité sacerdotale. Il n’oublie surtout pas et le dit à l’envi, qu’il est à la barre de la Cour pénale internationale (Cpi) en qualité de ‘’témoin à charge’’. Ce dernier rappel va guider toute la démarche de l’ancien chef d’état-major des Forces de défense et de sécurité de Côte d’Ivoire (FDS-CI). Et par delà les fins connaisseurs, les observateurs assidus et même les partisans de l’ancien président ivoirien, vont vite se raviser.

Aussi lorsque Philippe Mangou tente de ‘’blanchir’’ Laurent Gbagbo dans l’accomplissement des crimes jugés pour lesquels il est ‘’témoin à charge’’ à la Cpi, personne n’y croit désormais. Sa phrase du genre « Le président a refusé que Abobo soit déclaré une zone de guerre. L’idée est venue de moi et il ne l’a pas accepté, c’était son principe à lui. Nous n’avons pas utilisé ces armes sinon nous aurions libéré Abobo… » Laisse de marbre car plus personne ne croit en la sincérité de celui qui fut Cema de 2004 à 2011. Dans cette assertion, l’on y voit de la pure diversion. La raison de ce manque de confiance est toute simple et connue : « Je suis témoin à charge », clame Mangou. Diversion ? Le témoin de la procureure de la Cpi Mme Fatou Bensouda fera l’effort tout au long de sa déposition à s’exercer, subtilement, à consolider l’argument du ‘’plan commun’’ qu’aurait concocté l’ancien chef de l’Etat et son entourage ‘’pour se maintenir au pouvoir par la force’’.

Preuve en est que l’ex-Cema témoin relate exactement et avec force détail ce qu’il croit avoir vu à la résidence de Laurent Gbagbo. Lisons plutôt cet extrait de sa déposition de ce mardi 26 septembre 2016 :

« Dans la résidence du Président Gbagbo, oui, il y avait du monde, j’ai même reconnus certains de ses ministres. Il y’avait du monde, c’était dans la cour ; ceux qui étaient dans la cour étaient des civils. A l’extérieur il y avait des militaires un peu débraillés, mais on est vite rentré. C’est au retour que j’ai vu des véhicules banalisés, pleins de mercenaires, des mercenaires, un véhicule conduit par le commandant Séka Séka. Je connais nos soldats, donc ce n’était pas eux, mais des gens avec des chaines croisées, des mercenaires conduits par l’aide de camp de la 1ère dame qui en tant de paix n’avait pas de troupes. Ils étaient superbement armés. Moi-même j’étais étonné parce que depuis on demandait des munitions mais rien … »

Cette séquence de l’audition de Philippe Mangou extraite de l’audience de ce mardi 26 septembre 2017, vaut son pesant d’or à l’Accusation. Elle est destinée à renforcer la thèse du ‘’plan commun’’. Ce n’est pas fortuit si Mangou cite le commandant Séka Anselme alias ‘’Séka Séka’’ et ajoute la précision ‘’aide de camp de la première dame’’.

L’ex-Cema entre dans la phase décisive de son témoignage à charge pour lequel il a été ‘’activé’’ par le Bureau du procureur. En outre, en parlant de ‘’mercenaire’’, Mangou oriente l’analyse des juges Cuno Jakob Tarfusser (Italie juge-président), Olga Herrera Carbuccia (République dominicaine), Geoffrey A. Henderson (Trinité-et-Tabago) de la Chambre de première instance 1 à conclure que parallèlement à l’armée régulière dont il était le patron au moment de la crise postélectorale, le président Laurent Gbagbo et son entourage avaient développé un autre centre de commandement qui lui échappait lui Philippe Mangou officiellement Chef d’état-major des Fds-CI. Toute l’architecture de son témoignage du jour à consisté à cela.

Tout en se refusant de tirer lui-même la conclusion que Laurent Gbagbo avait et bien fourbi un ‘’plan commun pour se maintenir au pouvoir par la force’’, le témoin Philippe Mangou laisse le soin aux juges de lire entre les lignes et d’en venir à la même conclusion que lui n’a pas le courage d’avouer publiquement à la barre.

Autant il dit n’avoir pas eu le « courage de dire au président Gbagbo de démissionner’’ parce qu’il y avait beaucoup d’homme au moment il arrivait à la résidence, alors que c’est justement pour cela qu’il avait effectué le déplacement. Autant Philippe Mangou manque ce courage de dire à haute et intelligible voix aux juges de la Cpi que le président Laurent Gbagbo a mis en place un ‘’plan commun’’. Il en laisse le soin aux trois juges. Témoin clé, parce que ‘’insider’’, Philipe Mangou n’est pas n’importe qui aux yeux de la Cour, de la procureure et des autorités ivoiriennes qui suivent avec intérêt et une grande attention son passage à la Cpi.

Rappelons-nous que Mangou passe au prétoire après plusieurs tractations. Une poignée de jours avant sa comparution, son ancien collaborateur, le général Edouard Tiapé Kassaraté a été rappelé au pays. Or tout le monde sait que le général Kassaraté a servi sous Laurent Gbagbo, mais il a été nommé Ambassadeur de Côte d’Ivoire au Sénégal, comme Philippe Mangou (au Gabon) et dans les mêmes circonstances. Tout le monde se souvient aussi que lors de son passage à la Cpi, le général Kassaraté n’avait pas établi le lien direct entre l’attitude de l’accusé Gbagbo et la thèse du ‘’plan commun’’ alléguée par la procureure Fatou Bensouda. Par conséquent, l’ancien Commandant supérieur de la gendarmerie nationale est rappelé à Abidjan par Alassane Ouattara qui l’avait nommé et il perd son poste d’Ambassadeur de Côte d’Ivoire au Sénégal. Ce, deux jours avant les auditions de Philipe Mangou. Pour que l’expérience de Kassaraté serve de leçon au nouveau témoin à charge de Bensouda, à savoir Philippe Mangou.

Pour le moins qu’on dise, l’avènement de ce dernier à la Cpi est l’ultime chance qu’ont les adversaires de Laurent Gbagbo pour espérer sa condamnation par la Chambre de première instance 1. Et lorsque le 64e témoin Philippe Mangou évoque les « mercenaires conduits par le commandant Séka Séka, l’aide de camp de la 1ère dame qui en temps de paix n’avait pas de troupe » et qu’il insiste sur ce fait qui peut paraître anodin par plein de bon sens, il tente tout simplement d’attirer l’attention des trois juges de la Chambre de première instance 1 que le fameux ‘’plan commun’’ a bel et existé et que la procureure n’a pas eu tort de bâtir sa stratégie d’Accusation autour dudit plan. C’est même pour cette mission délicate que la procureure Fatou Bensouda fait intervenir Philippe Mangou comme son joker.

C’est un quitte ou double et pour elle, et pour la régime d’Abidjan et pour Mangou lui-même qui espère avoir participé à la condamnation de l’ancien président ivoirienne pour qu’il continue de jouir du Pouvoir. Qui sait si la proposition à la lui faite par Alassane Dramane Ouattara (ADO) ne tient toujours pas ? Rappelons-nous, lors de son premier passage, lundi 25 septembre 2017, Philippe Mangou déclarait : « J’ai été reçu par le président Ouattara qui m’a promis que j’allais être reconduit à la tête de la Défense. J’ai remis mon rapport au ministre Paul Koffi Koffi ». Avait révélé l’ex-Cema suite à la question du substitut du procureur Eric Mac Donald « Avez-vous rencontré des juges d’instructions de la Chambre du Procureur ? ». Finalement Alassane Ouattara n’a pas tenue sa promesse de maintenir à son poste de CEMA le témoin de Fatou Bensouda. Mais Philippe Mangou n’est-il le fils d’un pasteur qui a la foi à toute épreuve ? L’espoir fait vivre, ça aussi qui ne le sait pas ?!

Simplice Allard-Guigrei

>h3>Source:letempsinfos.com

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