Babi Fraya, jeu vidéo sur la crise postélectorale ivoirienne

Babi Fraya, jeu vidéo sur la crise postélectorale ivoirienne

Une aventure ludique pleine de défis passionnants. C’est ce que propose “Babi Fraya”, un jeu vidéo créé par Necemon Yaï, 25 ans.

“Babi Fraya est un jeu d’aventure, une fiction dont l’objectif est de raconter une histoire, le joueur pouvant agir sur les évènements, vu qu’il y a plusieurs embranchements scénaristiques”, explique Necemon, le concepteur de ce nouveau jeu vidéo. Ici, l’histoire dont il est question, c’est bien la crise postélectorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire qui a coûté la vie à plus de 3 000 personnes.

Explorer la crise postélectorale ivoirienne avec “une perspective décalée”

Pour ce jeune ingénieur, “les jeux vidéo sont souvent une bonne occasion de revisiter l’histoire.” Ainsi avec Babi Fraya, il ne cache pas sa volonté d’offrir aux amateurs de jeu vidéo l’opportunité d’explorer la crise postélectorale ivoirienne avec “une perspective décalée”, pour comprendre ce qu’ont vécu les Ivoiriens. Necemon rappelle volontiers que les célèbres jeux vidéo comme “Metal Gear 3”, “Call of Duty” et “Age of Empires” sont également inspirés de faits historiques.

Dans le langage des jeunes ivoiriens, “Babi”, c’est l’autre appellation d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Entendez par “Babi Fraya”, “frayeur à Babi” ou encore “peur panique à Abidjan.” Pour l’heure, un prototype de Babi Fraya est disponible en ligne gratuitement. Il n’y a qu’à se connecter pour y avoir accès.

Vos vacances de rêves tournent au cauchemar

Petit retour en arrière. Nous sommes en décembre 2010. Vous êtes dans la peau d’un étudiant qui quitte New York, qui y séjourne parce qu’il y est étudiant. Direction Babi, que vous avez hâte de retrouver pour fêter le réveillon du nouvel an avec des amis et la famille. Tout se passe bien jusqu’à ce que les deux candidats au second tour de l’élection présidentielle de 2010 (Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara) se présentent chacun comme le vainqueur du scrutin. Et la situation à Babi dégénère rapidement.

La fête donne rapidement place au drame : cris, bombardements, pillages, pénuries, fermeture des frontières… Vos vacances de rêves tournent au cauchemar et ressemblent de plus en plus à une mission commando.

“Vous pouvez agir sur l’histoire et changer le cours des évènements”

Le concepteur de Babi Fraya vous rassure cependant que vous n’êtes pas à priori condamné ! “Vous avez la capacité de vous déplacer, d’interagir avec les autres intervenants et l’environnement dans lequel vous vous trouvez. L’intérêt prédominant du jeu se focalise sur les dialogues et la résolution d’énigmes. De plus, vous pouvez agir sur l’histoire et changer le cours des évènements”, explique Necemon.

La crise postélectorale ivoirienne a été d’une violence inédite, avec son lot de morts, de cas de disparition et de destruction de biens. Babi Fraya s’en inspire, certes, mais il n’en fait pas une réplique exacte. Avec Babi Fraya, le joueur sauve des vies, et bien plus, il construit plus qu’il ne détruit.

Mettre en évidence des traits de l’histoire ou de l’expérience des Africains

À travers Babi Fraya, Necemon souhaiterait transmettre plusieurs messages. Ces messages, il préfère plutôt “laisser aux joueurs le soin de les découvrir eux-mêmes au fur et à mesure qu’ils progressent dans le jeu.” Babi Fraya, à l’étape de démo, est déjà un succès, nous confie son concepteur et promoteur. Il compte désormais porter le jeu sur d’autres plateformes, après avoir procédé à des améliorations en tenant compte des commentaires de ceux qui l’ont essayé.

Necemon travaille en ce moment comme ingénieur logiciel dans une compagnie d’e-commerce à Londres et est porteur de plusieurs autres projets de programmation et d’animation virtuelle. L’éveil d’un jeu vidéo africain qui prenne en compte et mette en évidence des traits de l’histoire ou de l’expérience des Africains, il en rêve.

La richesse culturelle de l’Afrique se présente clairement comme un atout pour ce qui est de la création d’œuvres artistiques en général et de jeux vidéo en particulier, affirme Necemon. “Alors qu’il est de plus en plus difficile d’innover en se basant sur les mêmes concepts occidentaux et orientaux qui sont constamment réutilisés, explique-t-il, ces expériences [africaines] pourraient servir de nouvelles sources d’inspiration pour générer du contenu inédit et original, au lieu de simplement imiter ce qui existe déjà.”

Par Selay Marius Kouassi, Abidjan

Source: rnw.nl

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.