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Banques françaises en Côte d’Ivoire: Quand la clientèle est abusée

« Les frais bancaires, plus chers en Afrique subsaharienne ? ». Cette question est le titre d’un article publié en 2012 sur le site lesafriques.com. Bien plus qu’une interrogation, ce titre fait ressortir une triste réalité : les banques françaises sont chères. Très chères même, sous nos tropiques, comparativement aux tarifs qu’elles appliquent en France où se trouvent leurs maisons-mères. Regard comparatif sur les tarifs appliqués en Côte d’Ivoire et en France.

La côte d’ivoire compte aujourd’hui deux banques à capitaux français. Il s’agit de la Société Générale de Banque en Côte d’Ivoire (SGBCI) et la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie en Côte d’Ivoire (BICICI). Elles sont les filiales respectives des banques françaises La Générale et BNP Paribas.

On les retrouve dans le peloton de tête des banques qui mènent les débats dans le secteur en Côte d’Ivoire. A la BICICI et à la SGBCI, par exemple, les ouvertures de compte sont gratuites. Par contre, les frais de tenue de compte mensuels sont à 4.950 fcfa. A la BICICI, les frais de clôture de compte sont fixés à 14.850 fcfa. Le retrait au guichet automatique d’un confrère (une autre banque membre du Groupement interbancaire monétique de l’union économique et monétaire ouestafricaine) est facturé à 2.750 fcfa (uniquement sur le territoire ivoirien).

A la SGBCI, le client débourse 15.000 fcfa pour les frais de clôture de compte. Le relevé de compte périodique (3 mois pour le compte chèque et 6 mois pour le compte éco) est gratuit. A la demande du client, il revient à 1.800 fcfa. Les retraits déplacés d’espèces (retrait dans une autre agence) dans une autre ville sont facturés à 5.500 fcfa. Mais, au distributeur automatique de billet (DAB), il est gratuit. Seulement, au second retrait dans la même journée, l’opération revient à 500 fcfa. Quand l’opération a lieu dans le guichet automatique d’une autre banque, elle est facturée à hauteur de 2,2% du montant retiré. Ce qui veut dire que si le client retire 100.000 fcfa, il paie 2.200 fcfa de frais. Quant à la consultation du solde au guichet automatique, elle est à 330 fcfa.

Le constat avec ces banques, c’est qu’il existe un véritable fossé entre leurs coûts appliqués en Côte d’Ivoire (et dans bien des pays africains) et ceux appliqués dans leurs pays d’origine. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. en france, les frais d’ouverture et de tenue de compte standard sont totalement gratuits. Par contre, le client paie 50 euros (soit 32.700 fcfa) quand le compte est inactif.

Les retraits d’espèces déplacés dans une autre enseigne dans toute la zone euro ne sont facturés qu’à 1 euro (soit 655,9570 fcfa). Avec des tarifs aussi attrayants, on comprend aisément que le taux de bancarisation soit aussi élevé dans ce pays. Cette situation demeure encore déplorable. Même si elle a connu une certaine évolution au fil des années (les frais d’ouverture de compte sont gratuits dans ces deux banques). D’autant plus qu’elles sont les pionnières dans le secteur.

En effet, le secteur bancaire ivoirien est composé d’une vingtaine d’institutions opérationnelles. Il a une configuration sensiblement identique à la majeure partie des pays africains au sud du sahara. il est dominé par des banques privées (à capitaux nationaux ou étrangers). Cette configuration trouve son origine dans la naissance en Côte d’Ivoire de l’activité bancaire elle-même.

A l’instar de la Banque Internationale de l’Afrique de l’Ouest (BIAO), créée en 1853 et née sur les cendres de la Banque du Sénégal – qui était une banque des négriers -, les premières banques implantées sur le territoire ivoirien sont des émanations de structures bancaires et financières du colonisateur. Ainsi, les banques traditionnelles comme la Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie en Côte d’Ivoire (BICICI), la Société Générale de Banque en Côte d’Ivoire (SGBCI) et la Société Ivoirienne de Banque (SIB) sont, respectivement, la transformation des etablissements bancaires français que sont la BNPp, le Crédit Lyonnais et la Société Générale. Aujourd’hui encore, ces quatre groupes bancaires ne se contentent pas de faire office de précurseurs de l’activité bancaire en terre d’eburnie.

En plus d’être ceux qui ont un réseau dense, ils en sont les leaders. Avec la Banque Nationale d’Investissement (BNI – Banque d’Etat) qui se présente comme «l’intruse» dans ce peloton de tête, ils détiennent 75% de l’encours crédit (cf. le site internet du ministère de l’economie et des finances ()). Mais, avec l’arrivée d’autres banques étrangères à vocation panafricaine et sous-régionale (ECOBANK, UBA, DIAMOND BANK etc.), cette configuration tend à évoluer.

Un membre de l’Association des Professionnels de Banques et Etablissements Financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI) que nous Avons interrogé et qui a préféré garder l’anonymat explique que le taux élevé des prestations est dû au fait que les banques fixent leurs tarifs par rapport à leurs objectifs et leur clientèle. Il nous a confié que les banques prennent en compte le risque-pays.

Les pays africains souffrent, avance-t-il, d’un manque de stabilité. Dès lors, la gestion des banques installées en Afrique se fait dans un esprit de Court terme. C’est-à-dire réaliser un maximum de bénéfices en peu de temps. En outre, soutient-il, le secteur n’est pas véritablement encadré par la commission bancaire de l’UEMOA. Selon lui, dans le système bancaire de l’UEMOA, ce qui est pris en compte, ce sont les elements prudentiels de gestion. C’est-à-dire qu’en la matière, il y a juste des ratios à respecter par les banques pour être jugées viables. La commission bancaire n’analyse que ces ratios. Le seul taux encadré est le taux de crédit fixé par la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Les banques commerciales s’alignent sur les décisions de la BCEAO qui fixe un taux directeur. Toutefois, chaque établissement peut fixer ses coûts en fonction du marché et de sa politique dans le but d’inciter sa clientèle à prendre des prêts. Mais toujours en-dessous du taux directeur. Et c’est tout. Les banques ne sont soumises à aucune autre contrainte.

ABSENCE DE VOLONTE POLITIQUE

Au plan national aussi, révèle l’expert, il n’y a pas de véritable contrôle de l’Etat de Côte d’Ivoire. Au contraire du Cameroun où, depuis le 1er juillet 2011, le gouvernement a imposé aux banques la gratuité de 15 prestations bancaires. par un arrêté pris le 13 janvier 2011 par le ministre camerounais des finances, le gouvernement a institué le service bancaire minimum garanti (sbmg). Cette décision, entrée en vigueur le 1er juillet de la même année, oblige les banques et etablissements financiers à rendre gratuites plusieurs de leurs prestations. Notamment le relevé de compte mensuel, le retrait d’espèces sur la même place bancaire, la gratuité de l’ouverture des comptes, la délivrance du relevé d’identité bancaire, des chéquiers, des formulaires de retrait d’espèces au profit du titulaire d’un compte, des livrets d’épargne, et des attestations de non redevance.

La gratuité concerne aussi le paiement par carte bancaire auprès d’un commerce au cameroun, la consultation du compte sur place, le paiement par chèque, le versement d’espèces dans les agences d’une même banque, le virement de compte à compte dans une même banque, le retrait de billets dans les guichets automatiques de la banque du porteur de la carte et le changement d’adresse. Déjà en 2010, un premier texte avait été pris pour supprimer le prélèvement des agios. Ce qui porte l’ensemble des prestations bancaires gratuites à 16.

Le Cameroun n’est pas le seul pays en Afrique à offrir gratuitement autant de prestations aux citoyens. Au maroc, 16 prestations bancaires sont gratuites depuis 2006. Pourquoi ce deux poids deux mesures ? Evidemment, la réponse devrait venir des concernés eux-mêmes. Malheureusement, notre tentative pour avoir la version d’au moins une des ces structures bancaires (notamment la BICICI) n’a pas abouti. Tiékoura Ouattara, interface entre la BICICI et la presse, à qui nous avons envoyé un questionnaire, le lundi 28 avril dernier, n’a pas donné suite à notre requête.

En tous cas, jusqu’à ce que nous mettions sous presse, nos échanges de coups de fil, le jeudi 1er et le lundi 5 mai dernier, n’y ont rien changé.

Dans tous les cas, on comprend aisément que, dans un tel contexte, le taux de bancarisation en Côte d’Ivoire demeure à 14% quand celui du maroc se positionne à 55% et que celui du Cameroun est passé du simple au double entre 2011 et 2013, soit de 7% à 13,8%.

Comme on peut le voir, les clients des banques françaises en Côte d’Ivoire sont victimes des abus des banquiers à cause d’une absence de réglementation claire accentuée par les conditions de libéralisation du secteur dans l’espace UEMOA. Pas d’obligation d’affichage de prix (au contraire de la zone euro ou du Maroc), pas d’encadrement tarifs. C’est cela la réalité qui permet aux filiales d’imposer des tarifs plus élevés que dans leurs banques-mères.

Le cameroun qui vient de prendre d’importantes décisions pour soulager les clients des banques n’est-il pas un pays africain ? Les banques françaises qui sont installées là-bas depuis des dizaines d’années et qui ont accepté les nouvelles injonctions du gouvernement ne courent-elles pas les mêmes risques que leurs homologues ivoiriennes ?

Le risque-pays évoqué pour expliquer les tarifs très élevés appliqués par les banques françaises en Côte d’Ivoire est un faux argument qui ne peut plus prospérer. La vérité est que, comme l’a dit en début d’année un eExpert de la finance dans l’émission 7 milliards de voisins sur RFI, ce sont les filiales des grandes banques françaises représentées en Afrique de l’ouest qui nourrissent les banques-mères dans l’hexagone. Il y a juste quelques jours, la commission bancaire de l’UEMOA a annoncé que certains services bancaires sont désormais gratuits. Reste à savoir si les banques ne vont pas récupérer d’une main ce qu’elles lachent de l’autre.

Koné Modeste

Source: Notre Voie n° 4716

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Marius Comoé, président de la Fédération des Associations de Consommateurs Actifs: «Nos banques font tout et n’importe quoi »

Notre voie : Les usagers de banque se plaignent des coûts élevés des prestations. Que fait votre fédération face à leur cri de détresse?

Marius Comoé : J’ai moi-même initié des démarches pour la création d’une organisation de défense des droits et de protection des intérêts des usagers de banques et établissements financiers. Malheureusement, le leader de cette association a totalement délaissé cette lutte pour se consacrer à la gestion d’une soi-disant union fédérale. Laissant du coup les usagers sans véritable défenseur de leurs droits. Quoi qu’il en soit, nous avons, nous-mêmes, en tant qu’organe fédérale, protesté contre les pratiques bancaires qui tendent à violer les droits de nos membres.

N.V : Qu’avez-vous fait concrètement ?

M.C : Nous avons réagi en dénonçant la fermeture des banques après la crise postélectorale. Récemment, nous avons dénoncé le changement de dénomination de la Banque régionale de solidarité (Brs) en orabank. obligeant du coup les clients à changer leurs chéquiers bancaires à leurs frais. ce sont des déviations à changer. Les coûts des prestations sont trop élevés. imaginezvous que pour faire un chèque au guichet, il y a des banques où le client paye 2.200 fcfa. Là où le chéquier lui-même qui comporte 50 feuillets revient à 1.000 fcfa.

Marius comoé Banques françaises en Côte d’Ivoire: Quand la clientèle est abusée

N.V : Selon vous, à quoi cela est-il dû?

M.C : il n’y a aucun contrôle de l’etat. Nos banques font tout et n’importe quoi sans que personne ne lève la voix. Avec ça, on parle de privatiser les banques nationales, notamment la Brs, la Bni, etc., qui sont les moins chères. ailleurs, c’est la catastrophe !

N.V : A ce propos, quel est votre avis sur la décision du gouvernement de privatiser certaines banques nationales?

M.C : Nous attendons de voir. parce qu’il ne faut pas privatiser pour privatiser. On l’a vu dans le temps, ça n’a rien donné. pourquoi privatiser des structures viables qui font des recettes, des bénéfices. il faut que l’etat de Côte d’Ivoire ait ses propres banques. On confie trop nos ventres à l’extérieur.

Entretien réalisé

Par Koné Modeste

Source: Notre Voie n° 4716

 

 

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