Bénin : Le marché du sexe du stade de l’Amitié

Bénin : Le marché du sexe du stade de l’Amitié

Le phénomène des filles de joie se développe à l’esplanade extérieure du stade de l’Amitié de Cotonou. Et les prostituées sont de plus en plus jeunes.

Esplanade extérieure du stade de l’Amitié de Cotonou. Il est 20 h 30 mn. Entre les voitures stationnées, se dissimulent des silhouettes féminines aux allures étranges : coiffures extravagantes pour certaines, maquillage excessif pour d’autres, tenues dépravées…

Le phénomène des filles de joie Bénin : Le marché du sexe du stade de l’Amitié

Ce sont les belles de nuit pour certains, les filles de joie pour d’autres. Adossées aux voitures ou causant avec des badauds, elles attendent patiemment. Leur prière, « il faut que les propriétaires de véhicules reviennent vite » pour qu’elles puissent espérer trouver des clients. « La prostitution au niveau du stade de l’Amitié prend effectivement de l’ampleur. Ce qui est vraiment malheureux, ce sont nos sœurs béninoises qui s’adonnent à cette activité de nos jours. Elles ont pris la place des Nigérianes, Ghanéennes et Togolaises qui exerçaient ce métier, » déplore Rigobert Koutangni, commissaire de la Brigade des mœurs.

Aïcha est l’une de ces filles. « Je suis ici pour me faire un peu d’argent. Si tu es intéressé, on discute du prix, dans le cas contraire, ne me perds pas de temps, » me lance-t-elle. Alors que notre discussion se poursuit avec Aïcha et ses copines, un monsieur vient garer sa moto et d’un geste de la main appelle Aïcha. Certainement un client, mais pas le mieux pour Aïcha. La jeune fille revient sur ses pas après quelques minutes de discussion. Une autre fille a eu plus de chance. Elle monte à bord d’un véhicule qui démarre quelques minutes après et prend la direction du centre ville, sous les regards envieux de ses copines.

Un business rentable

Alors que les heures s’égrenent doucement, Silla, une de ces filles est sur les lieux depuis 21 heures. Elle a déjà fait un chiffre d’affaires de 16. 000 Fcfa (24,32 euros) après avoir satisfait trois clients. Elle compte en chercher encore d’autres avant de prendre congé de ses copines. Le minimum que les filles de joie réclament par passe est 3000 F cfa (4,56 euros). Le prix varie selon le client ; le lieu où il voudrait se faire plaisir et surtout s’il veut faire usage du préservatif ou pas. « Lorsque le client vient, il se rapproche et je lui donne un prix à débattre. Si c’est trop petit c’est 3000 F. Quand c’est un propriétaire de voiture, je peux lui demander 15 000 et on débat. Quand il est à moto, je lui propose 5000 ou 7000F cfa, » confie Silla.

Ainsi, comme Silla, chacune d’elles peut repartir à la maison avec une forte somme, en tout cas de quoi satisfaire subvenir à ses besoins.

Parfois, cette prostitution se déroule avec la complicité de certains gérants de bars à qui les belles de nuit laissent leurs contacts téléphoniques, Les gérants appellent quand le besoin se fait sentir. La tâche devient plus facile dans ces conditions.

Silla se prostitue parce quelle a des charges Bénin : Le marché du sexe du stade de l’Amitié

Silla, se prostitue parce qu’elle a des charges.

Silla, se prostitue parce qu’elle a des charges, tels que le loyer et une petite fille à nourrir. A l’instar de Bella, Aïcha est étudiante en Sciences juridiques. Elle vit seule à Cotonou et doit alors faire face aux différentes charges liées à ses études. Beyoncé, une autre fille de joie est divorcée avec deux enfants à charge. Raison pour laquelle elle fait le trottoir.

Toutes ont une raison pour exercer ce vieux métier. « Ce n’est pas la prostitution qui nourrit. Il faut qu’elles travaillent afin qu’elles puissent manger à la sueur de leur front. Elles prennent assez de risques en se prostituant. Si elles veulent des conseils, elles peuvent se rapprocher de nous. Nous pourrons les orienter vers des structures qui pourront les financer afin qu’elles quittent la prostitution pour exercer un autre métier, » confie le commissaire de la brigade des Mœurs.

Coups de matraque

Dans la quête du gagne-pain, il arrive que les travailleuses de sexe du stade de l’Amitié fassent les frais de la patrouille policière. Elles essuient parfois des coups de matraques. « Parfois, les policiers viennent nous chasser. Quand ils arrivent, ils nous pourchassent et arrêtent certaines parmi nous. Ils les emmènent à leur base et les tapent, » raconte Bella, une copine de Aïcha. « Le fait de rester dans la rue à la recherche des clients constitue un racolage. Si elles restaient dans leurs chambres et les clients viennent chez elles, on pouvait parler de la prostitution pure. C’est pour cela que nous essayons de les chasser de ces lieux. Jusqu’à présent, aucune loi n’interdit la prostitution au Bénin, mais c’est le racolage qu’elles font qui n’est pas permis, » précise le commissaire.

Le commissaire Rigobert Koutangni Bénin : Le marché du sexe du stade de l’Amitié

Le commissaire Rigobert Koutangni

« Il nous arrive d’arrêter ces filles. Toutes les fois que nous essayons de les présenter au procureur, l’autorité judiciaire trouve que le fait de les envoyer en prison, cette situation va créer plus de problèmes qu’elle ne va en résoudre. On essaie alors de leur donner des conseils pour qu’elles se fassent suivre dans les centres de santé, » explique Rigobert Koutangni.

Et pourtant, elles n’hésitent pas à revenir aux mêmes endroits, quelques heures après le passage des policiers. « Nous nous sentons plus en sécurité ici. Ailleurs, il y a les délinquants qui viennent nous prendre notre argent. Ils nous tapent quand on n’en donne pas. Certains couchent de force avec nous, sous peine de nous faire du mal. Raison pour laquelle nous sommes venues ici où nous nous sentons plus ou moins en sécurité.», explique Bella.

Par Isac A. Yaï à Cotonou

Source: afriqueactualite

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