Biloa Ayissi, ancien commissaire de police à propos de la visite de Soro Guillaume au Cameroun: « Je ne sais pas ce que Soro peut apporter au Cameroun, peut-être son expérience dans la guérilla»

Biloa Ayissi, ancien commissaire de police à propos de la visite de Soro Guillaume au Cameroun: « Je ne sais pas ce que Soro peut apporter au Cameroun, peut-être son expérience dans la guérilla»

A l’occasion de la visite d’amitié et de travail de Soro Guillaume, président de l’assemblée nationale Ivoirienne au Cameroun, l’ancien commissaire de police Zacharie Biloa Ayissi nous a accordé un entretien dans sa résidence du quartier Nsiméyong à Yaoundé.

« Je ne sais pas ce que Soro peut apporter au Cameroun, peut-être son expérience dans la guérilla, il ne faut pas perdre de vue que ce Monsieur était à la tête de quelques maquisards qui ont semé le désordre, la terreur et la désolation en Côte d’Ivoire, ce qui est grave chez nous, c’est que ça se passe comme si on voulait brider les médias »

Monsieur le directeur Biloa Ayissi, les faits vous ont manifestement contrariés, le chef de l’Etat Tchadien a récemment effectué une visite officielle de 48 heures au Cameroun, n’est-ce pas la preuve fragrante, que Paul Biya et Idriss Deby Itno n’ont jamais été en froid ?

Est-ce que les présidents Africains ont des problèmes entre eux, non ! Ce qu’ils n’ont pas en commun, ce sont les supports, leurs relais extracontinentaux et c’est ce qui peut les mettre en opposition.

Idriss Deby, tout le monde le sait est un franc-maçon, s’il reçoit les ordres qui ne sont pas conformes aux intérêts du Cameroun, il va forcément s’opposer à notre pays et à ce que Paul Biya va dire, je donne ce cas de figure pour faire comprendre à l’opinion nationale et continentale que les conflits entre les chefs d’Etat Africains ne viennent pas d’Afrique, ils viennent d’ailleurs, c’est la confrontation des intérêts extracontinentaux. Puisque Deby est arrivé ici, ça veut dire qu’il a compris que nous avons des intérêts communs, le pétrole Tchadien passe chez-nous, il en est de même des marchandises de ce pays frère et ami, ce qui revient à dire que la nature a voulu que le destin entre nos deux nations soit étroitement lié, voilà donc la raison pour laquelle nous sommes appelés à coopérer. Regardez par exemple ce qui se passe ailleurs, lorsque l’Europe se constitue en bloc, ce n’est pas pour entrer en guerre ouverte contre les États-Unis, mais pour qu’il ait une sorte d’équilibre sur le plan militaire ou économique et nous devons comprendre cela. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, j’affirme solennellement que l’union de l’Afrique est la seule planche de salut de notre continent. Il faut que ceux qui sont à la tête de nos Etats le comprennent. Malheureusement, la quasi majorité de nos leaders du continent noir ont été placés par des gens qui ne regardent pas toujours, dans la même direction.

Le président de l’Assemblée nationale Ivoirienne, le très controversé Soro Kigbafori Guillaume est en visite de travail et d’amitié dans notre pays, à cette occasion il prononcera un discours au palais des verres de Ngoa Ekellé ce jour-même, qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas ce que Soro peut apporter au Cameroun, peut-être son expérience dans la guérilla, il ne faut pas perdre de vue que ce Monsieur était à la tête de quelques maquisards qui ont semé le désordre, la terreur et la désolation en Côte d’Ivoire, ce qui est grave chez nous, c’est que ça se passe comme si on voulait brider les médias, en disant que : « c’est un étranger qui arrive, il ne faut pas le frustrer », comme pour nous amener implicitement à camoufler la vérité. Regardons la réalité en face, dites-moi vous même, qu’est-ce qu’un personnage de la trempe de Guillaume Soro peut apporter au Cameroun ? Peut-être pourrait-il servir de modèle au président de l’assemblée nationale, M. Cavaye Yeguié Djibril ! On peut objectivement le penser, d’autant plus que Soro a conquis le pouvoir par les armes et que Cavaye, pourrait faire de même en entretenant une guérilla dans le Nord Cameroun, avec le soutien de notre homme.

Est-ce que nous ne sommes pas là en plein surréalisme ?

Ce sont des hypothèses théoriques, nous savons tous que M. Soro a conquis le pouvoir par le biais de ses connexions extérieures, ses relais Français qui ont fermement soutenu la rébellion au point d’avaliser la scission d’un pays et l’éviction d’un président démocratiquement élu. A ce titre, je ne vois pas beaucoup trop ce que ce personnage peut apporter au Cameroun.

Le président Paul Biya a reçu la semaine dernière, un prix des mains de l’ex chef de l’Etat Sud-Africain Thabo Mbéki, pour son rôle présumé dans la résolution pacifique du conflit de Bakassi, cette distinction de l’union panafricaine des avocats, lui a solennellement été remise au palais de l’unité. Au-delà du symbole, que vaut véritablement cette décoration ?

Le prix octroyé au président Biya par l’union Panafricaine des avocats a une valeur et une signification réelles, compte tenu de sa gestion du conflit de Bakassi, je suis désolé de constater que ce n’est pas le prix Nobel. Il me souvient pour autant que cette distinction avait été attribuée à quelqu’un qui n’avait encore rien fait de concret, je veux comme cela parler du président Américain Barack Obama. C’est le Prix Nobel de la paix que le président Biya devait recevoir après la résolution de l’affaire BAKASSI, parce qu’il faut qu’à même reconnaître que le président a fait montre d’une sagesse inouïe, sans laquelle, notre pays pouvait entrer en guerre ouverte contre le Nigéria, et le faire aurait été un désastre pour le Cameroun. De notre point de vue, lorsqu’on a évité une guerre, on mérite un prix.

La semaine dernière, les trois religieux enlevés à Tchéré à l’Extrême-Nord de notre pays par le groupe Boko Haram ont été libérés, pensez-vous qu’il y’a eu versement d’une rançon ?

Absolument ! Le gouvernement a versé une rançon, je ne peux pas pour le moment vous donner le montant, mais rassurez-vous que je le ferai après consultation de mes relais. Ce que je vais dire, et je l’ai déjà dit dans une télévision panafricaine, on a amené deux cantines d’argent au Nord, ce qui a m’a-t-on dit, frustré les éléments de nos forces de défense chargés de sécuriser la zone. Voyez-vous ! C’est dommage de constater qu’on en vienne à donner des milliards de nos francs, des deniers publics à des bandits, ex coupeurs de route qui se passent aujourd’hui pour Boko Haram et tout ce que vous savez. C’est un crime, d’autant plus que le Cameroun a beaucoup de chats à fouetter, je veux parler des problèmes sociaux, les fonds ainsi dégager peuvent servir à les résoudre. Boko Haram n’a rien à voir avec le Cameroun, et je mets quiconque au défi de m’apporter la preuve du contraire.

Pourquoi affirmez-vous que Boko Haram n’a rien à voir avec le Cameroun, alors que cette secte islamiste continue à faire des victimes dans les rangs de notre armée ?

Je persiste et signe que Boko Haram n’a rien à voir avec le Cameroun, j’ai dit à plusieurs responsables de ce pays que les trois religieux enlevés n’ont jamais quitté le territoire national, encore moins la ville de Maroua, lorsqu’on est allé dans une pharmacie de Maroua pour acheter les remèdes que prenaient la sœur Gilberte Buissière je l’ai formellement signalé, c’est la preuve que cette pauvre dame n’a jamais quitté le Cameroun. Regardez-vous-même, vous l’avez sans doute aperçu comme moi, avait-elle l’air d’une personne kidnappée, coupée du monde et maltraitée comme on l’a dit, la réponse c’est bien évidemment non ! D’ailleurs si ça avait été le cas, elle serait morte, cette bonne sœur à qu’même 76 ans. Je pense sincèrement que les auteurs de cette comédie grotesque doivent arrêter d’insulter l’intelligence des camerounais. Voici concrètement ce qui se passe au Nord du Cameroun, quelques brebis galeuses, quelques voyous pouvoiristes qui veulent semer le désordre là-bas et profiter de ce désordre pour prendre le pouvoir et diviser le Cameroun en deux sont à la manœuvre, le nom du septentrion comme Etat est d’ailleurs déjà connu.

Est-ce que les projets séparatistes sont des projets sérieux, partout l’heure est aux grands ensembles, quel intérêt les élites du Nord auraient-ils à voir le Cameroun divisé ?

Allez leur poser la question ! Demandez les aussi où va l’argent des différentes rançons versées…

N’y a-t’il pas lieu d’avoir froid au dos ? Sinon, l’argent des rançons ne peut-il pas à un moment donné servir de trésor de guerre ?

Il est évident que c’est un impressionnant trésor de guerre, le principe c’est le suivant, puisque je ne suis pas un profane des questions de sécurité… laissez-moi affirmer ici qu’il y’a toujours eu des négociations entre le gouvernement et ces voyoux, je ne vais pas donner les noms des négociateurs. Mais toujours est-il qu’au terme du deal, il y’a de l’argent. Il ne peut jamais avoir enlèvement sans qu’un coup de feu ne soit tiré, il y’a toujours des coups de feu qui sont tirés à titre dissuasif, ce qui n’est jamais le cas. Je ne suis pas d’accord lorsque certains voient Boko Haram partout, alors qu’il n’en est rien, que ce soit Boko Haram du Cameroun fondé par Metassine qui est un Kanuri ou celui du Nigéria, je maintiens que ces entités n’ont rien à voir avec notre pays, leurs revendications sont connues de tous, lorsqu’on a tué Metassine en 1980-1981, on l’a tué avec 5000 hommes et c’est à ce moment que Youssouf a pris le commandement de ce mouvement, lorsqu’on a tué Youssouf , Tchéku a aussi apporté sa doctrine de radicalisation. Le problème de Boko Haram au Nigéria c’est qu’il y’avait une règle tacite, un deal peut-être non écrit, pour qu’il y ait permutation entre le nord et le sud, les chrétiens et les musulmans au sommet de l’Etat Nigérian. Malheureusement, le tour du Nord arrivé, M. Obansanjo est allé chercher un malade en Arabie Saoudite pour lui confier les rênes de la république, c’est comme cela que feu Umaru Yar’adua est devenu président de ce pays-là. Sachant que c’est le ministre Atiku qui pouvait succéder au défunt, Obansanjo l’a accusé de corruption, au terme de la constitution d’une commission d’enquête et lors de son passage devant cette instance, Atiku avait clairement reconnu avoir perçu les pots-de-vin du groupe MTN, fait marquant, il avait avoué les avoir partagé avec la fille du président Obansanjo. Je vais raconter une histoire rocambolesque, pour vous montrer combien de fois il y’a des connexions mafieuses entre certaines personnes et les fameux coupeurs de route du Nord qu’on nous présente aujourd’hui comme Boko Haram. Il y’a quelques années, un opérateur économique avait été attaqué par des brigands, au cours de ladite embuscade sa gourmette en or lui avait été arraché, savez-vous entre les mains de qui l’avait-on retrouvé ? C’était entre les mains d’un certain Mounchipou Séidou qui était préfet à l’époque des faits. Si les personnes veulent conquérir le pouvoir, qu’elles le fassent par des moyens licites, démocratiques.

La nomination d’un fils de l’Extrême-Nord comme gouverneur de cette région ne peut-elle pas calmer la situation, par rapport à Boko Haram ?

Les nominations relèvent du pouvoir discrétionnaire du président de la république, je n’aime pas beaucoup les commenter, mais je pense que la nomination d’un fils du pays peut faire bouger les lignes. Faudrait-il que ce dernier soit, intègre et patriote.

Vous avez il y’a quelques années travaillé dans certains services spéciaux de notre pays, en 1987 une note émanant de ces structures faisait état du fait que Mgr Ndongmo avait formellement demandé à ses frères de conquérir le pouvoir, en commençant par le monopole dans l’église catholique ? 

Monseigneur Ndongmo était beaucoup plus un homme politique qu’un homme de Dieu. Relativement à votre question, laissez-moi vous dire que tout a été planifié par la France afin que notre pays soit un volcan, je dirais même une bombe à retardement.

Pourquoi êtes-vous parti de la police Camerounaise ?

J’ai été victime d’un complot à la police, c’est Ahidjo qui ne voulait pas de moi parce que j’étais fils d’Upéciste. Lorsque j’avais arrêté l’Imam de la mosquée centrale Garba Souley, parce que ce Monsieur était un voleur, on est allé dire à Ahidjo que si tu n’enlèves pas ce type-là, il va t’arrêter toi-même.

Quelques uns vous traitent de commissaire X, de ripou… beaucoup prétendent d’ailleurs que vous avez été révoqué par le président Biya lui-même…

C’est archifaux ! C’est Ahidjo qui m’avait révoqué, mais Paul Biya me connait puisque j’avais cogné son véhicule alors qu’il était premier ministre.

Que pensez-vous de la police Camerounaise d’aujourd’hui ?

Si on me donne la police du Cameroun, je la transforme en six mois.

Pensez-vous avoir bénéficié de la présence des Bétis à la tête de l’Etat ?

Je n’ai bénéficié de rien du tout, malgré le fait que j’avais été lavé de tout soupçon, je n’ai jamais pu intégrer mon poste, je devrais même objectivement poursuivre l’Etat du Cameroun.

Entretien mené par Yves Junior Ngangue

Source: 237online.com

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.