Blaise Compaoré : « Je n’ai jamais rêvé du pouvoir, et je ne m’y accrocherai pas » (Jeune Afrique N° 1400 du 4 novembre 1987)

Blaise Compaoré : « Je n’ai jamais rêvé du pouvoir, et je ne m’y accrocherai pas » (Jeune Afrique N° 1400 du 4 novembre 1987)

« Quand on a le courage de dire: « Tuez-le ! » Il faut avoir le courage de dire: « C’est moi, qui ai dit de le tuez! » disait Norbert Zongo. A la lecture de ce qui suit, vous verrez pourquoi Blaise Compaoré est un individu lâche et un véritable mythomane. Lisons!

Se souvient-il de ce qu’il avait dit il y a 27 ans ? Après le coup d’Etat du 15 octobre 1987, Blaise Compaoré avait affirmé qu’il n’avait pas l’intention de s’accrocher au pouvoir. Mais trois décennies plus tard, il est toujours dans le gros fauteuil de président du Faso. Il a même l’intention de s’accrocher davantage au pouvoir en faisant sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels. Combien d’années passera-t-il finalement au pouvoir? Voici ce qu’il avait dit à Jeune Afrique (N° 1400 du 4 novembre 1987), peu après son accession au pouvoir.

Jeune Afrique (JA) : Vous avez désormais sur la conscience, et sans doute pour toute votre vie, la mort de votre meilleur ami, Thomas Sankara…

Blaise Compaoré (BC) : J’aurai pu l’avoir sur la conscience si j’avais ordonné de l’abattre. Or, ce n’est pas le cas. C’est pour avoir voulu nous liquider, Jean-Baptiste Lingani, Henri Zongo et moi, qu’il s’est fait abattre par des soldats qui me sont fidèles.

JA : Maintenant qu’il est mort, vous ne risquez pas d’être contredit ?

BC : Il est mort et c’est bien dommage, en effet. Nous, les Africains, nous sommes très sensibles à la mort. C’est d’ailleurs pourquoi même ceux qui pouvaient le détester affichent une certaine consternation. Je suis moi-même très triste, parce que la mort de Thomas n’était pas la condition sine qua non pour régler les sérieux problèmes qui se posaient à notre Révolution.

JA : Alors, qui l’a tué et pourquoi ?

BC : Les soldats qui partaient pour l’arrêter ont été obligés de faire usage de leurs armes lorsque Thomas et sa garde personnelle ont ouvert le feu sur eux.

 JA : Qui a ordonné de l’arrêter ?

BC : Les soldats ont pris eux-mêmes cette initiative, quand ils ont été contactés pour participer à notre arrestation et à notre élimination.

JA: Dans votre armée, n’importe quel militaire peut ainsi décider d’arrêter le chef de l’État, sans y avoir été invité par ses supérieurs ?

BC : Ils m’ont expliqué, après le drame, qu’ils savaient que je n’aurais pas accepté de faire arrêter Thomas s’ils venaient m’annoncer que celui-ci préparait notre assassinat, à 20h ce jeudi 15 octobre.

JA : Pourquoi ?

BC : Connaissant mon amitié pour lui, ils savent que je n’aurais pas pris une telle décision sans preuves des projets du Président.

JA: Quelles preuves avez-vous aujourd’hui pour excuser la dramatique initiative de vos soldats ?

BC : Lorsque je suis arrivé au Conseil de l’Entente après la fusillade et que j’ai vu le corps de Thomas à terre, j’ai failli avoir une réaction très violente contre ses auteurs. Cela aurait sans doute été un carnage monstre dont je ne serais certainement pas sorti vivant. Mais quand les soldats m’ont fourni les détails de l’affaire, j’ai été découragé, dégoûté. Je suis resté prostré pendant au moins vingt-quatre heures. De plus, j’étais malade et dans mon lit quand les coups de feu m’ont réveillé.
(…)

JA : Quelle garantie pouvez-vous donner aujourd’hui à vos compatriotes pour les convaincre que vous n’avez pas éliminé Sankara juste pour la soif du pouvoir?

BC : Pas moi ! J’ai personnellement participé à deux coups d’Etat pour remettre aussitôt le pouvoir à un autre. Je n’ai jamais rêvé du pouvoir, et je ne m’y accrocherai pas. Ce sont les camarades qui décideront. Pour le reste, je fais confiance à notre peuple.

Source : Courrier confidentiel N° 60

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