Bleu Lainé et Awa Diop se battent sur un terrain litigieux de 7200 m2

Bleu Lainé et Awa Diop se battent sur un terrain litigieux de 7200 m2

L’ex-ministre Gilbert Bleu Lainé, serait au centre d’une scabreuse affaire d’achat ‘’présumé illicite’’ d’un terrain de 7200 mètres carrés…

Tout part d’une promesse de vente

Tout est parti d’une proposition de vente faite par Madame D.A, le 17/7/2007 à Monsieur Gilbert Bleu Lainé, Expert comptable agréé, et ancien ministre. Lisons quelques pans de cette promesse de vente : «…Avoir proposé mon lot N° 3310, flot N° 269, immatriculé au nom de l’Etat sous le numéro 70.905 de la circonscription foncière de Bingerville d’une superficie de 7.200 mètres carrés, sis à Abidjan Cocody les Deux Plateaux 7ème tranche à monsieur Bleu Lainé Gilbert, Expert comptable demeurant à Abidjan…Moyennant le prix de Trente mille FCFA le mètre carré, soit (30.000 * 7.200)= Deux cent seize millions de FCFA….» A ce niveau, rien à signaler!

Dénonciation de cette promesse de vente par Mme Diop

Selon D.A, cette proposition de vente était en souffrance depuis plusieurs années, de 2007 à 2011 dans le cabinet du notaire Me Angoua Olivier parce que l’acquéreur n’a pas respecté les obligations et les clauses vis-à-vis du vendeur, en ne s’acquittant pas du coût total global du terrain qui est de 216 millions de FCFA. Donc en tant que vendeur, elle aurait demandé qu’on rétracte et annule tous les documents de proposition de vente; comme on pourrait le lire, à travers une lettre adressée au notaire Angoua Olivier, le 10/6/2011.

Selon ce document intitulé «Dénonciation et annulation de l’acte de promesse de vente sous-seing privé concernant le terrain du lot N°3310 îlot 269 du lotissement des Deux Plateaux 7ème tranche TF N° 70905 cause de non respect des clauses et des obligations depuis 3 ans 2008-2011», il est indiqué : «Suite à notre conversation téléphonique de ce jour le 9/6/2011, je vous confirme par cette lettre la dénonciation et annulation de la promesse de vente sur le terrain référencé ci-dessus. Donc l’acte de promesse de vente sous-seing privé est en souffrance depuis 3 ans (2008-2011) et le dossier a été archivé par votre cabinet de notaire parce que l’acquéreur n’a pas respecté les obligations et les clauses vis-à-vis de la vente et le non paiement de vos honoraires notariés. Par le non respect des obligations et des clauses, cet acte est caduque, nul et non avenu. Je vous demande l’arrêt total de toutes les procédures notariées et autres concernant cette vente à la date du 10/6/2011…»

Le samedi 12/7/2011 donc, ayant dénoncé la promesse de vente, elle organise sur le terrain en question, une cérémonie de pose de la première pierre de l’Institut polytechnique Me Abdoulaye Wade, ex-président du Sénégal. Et Me Abdoulaye Wade à qui l’école devait être dédiée, lors de son voyage à Abidjan à l’invitation des jeunes juristes africains en décembre 2013, avait visité le terrain, et aurait promis de financer ledit projet. Et Madame Awa, dès lors, est en droit de croire que la propriété du terrain lui est revenue, Gilbert Bleu Lainé n’ayant ( ?) pas fait signe de vie depuis la promesse de vente et elle-même, ayant pris la précaution de dénoncer cette promesse pour engagement non respecté par ce dernier.

La curieuse «vente» (?) de l’immeuble à 70 millions de FCFA

A son grand désarroi, Mme D.A apprend qu’elle aurait vendu son terrain pour la somme de 70 millions de FCFA. En effet l’acte de vente (vrai ou faux?) est signé le 30/5/2012 à l’étude de Me Angoua Olivier, et avec pour objet «vente d’immeuble Diop Awa/ SCI «Managbo». Au chapitre prix dans le contrat, il a été stipulé que «la présente vente est consentie et acceptée moyennant le prix principal forfaitaire et non révisable pour quelque cause que ce soit de soixante dix millions de FCFA, que l’acquéreur a payé comptant, en dehors de la comptabilité du notaire soussigné, au vendeur qui le reconnaît et lui consent bonne et valable quittance entière et définitive». C’est le début d’une longue procédure où chacune des deux parties va vouloir consolider ses droits sur le terrain de 7200 mètres carrés.

Mme D. A: «Gilbert Bleu Lainé a fait du faux.»

Mme D. A, s’insurge contre le document de vente qui lui est présenté, auquel elle n’aurait jamais apposé sa signature, qui aurait été falsifiée. Puisque l’acte serait truffé et criblé de nombreuses anomalies, surtout en ce qui concerne les statuts de la SCI «Managbo», société écran par laquelle l’acheteur aurait acquis le terrain. Qui plus est, elle relève quelques irrégularités dans la rédaction de l’acte, notamment ses caractères d’imprimerie qui diffèrent d’une page, à l’autre. Encore que le jour de cette supposée vente (le 30/5/2012), elle aurait été hors du territoire national, en voyage. C’est que le fameux acte de vente de ce terrain aurait été établi le 30/5/2012, et enregistré le 6/6/2012, alors que comme l’indiquent les cachets des contrôles d’immigration des différents aéroports dans son passeport, Mme D.A a quitté la Côte d’Ivoire le 8/9/2011, pour n’y revenir que le 21/6/2012. Aurait-t-elle le don d’ubiquité pour pouvoir être en voyage à l’étranger et signer un acte de vente en Côte d’Ivoire? Question transmise au prétendu acheteur, Gilbert Bleu Lainé!

Finalement D.A affirme qu’«incroyable, nous n’avions jamais signé ensemble un quelconque acte par devant le notaire Me Angoua Olivier, ni de versements d’espèces des 216 millions ni les 70 millions. Je réfute énergiquement les légèretés sur les soi-disant reçus sur des feuilles volantes avec des écritures manipulées et signatures manipulées. Je ne me reconnais pas dans ces montants sur les reçus. Cela ne me concerne ni de près, ni de loin. Pour moi, je défie Monsieur Bleu Lainé de me produire le reçu des 70 millions stipulé dans le fameux acte de vente du 30/5/2012». Elle s’insurge contre le fait qu’un expert comptable agréé ait pu accepter «ces chiffons» de reçus avec des ratures des montants faramineux de plusieurs millions de FCFA. Et à entendre l’acheteur, des centaines de millions auraient été versés en espèces à Awa Diop, dans un sac.

Sans aucun instrument de paiement fiable et digne de ce nom, tel un chèque, des virements bancaires via banques interposées. En effet, les reçus produits datent respectivement du 10/8/2007, du 22/7/2007 et du 31/8/2007 : «Je soussignée Mme Diop Awa professeur Enseignement technique certifie avoir reçu la somme de 50 millions de FCFA sur la vente du terrain de 7200 mètres carrés…vendu à M. Gilbert Bleu Lainé. Reste à payer 100 millions»… «Je soussigné Awa Diop certifie avoir reçu la somme de 25 millions de FCFA; reste à payer la somme de 25 millions de FCFA pour le terrain de 7200 mètres carrés sis aux Deux Plateaux 7ème tranche, à ce jour», et «je soussigné Mme Awa Diop certifie avoir reçu la somme de cinquante millions de FCFA. Acompte sur la vente du terrain…»

Somme toute bizarre pour les reçus avec un montant cumulé de 150 millions de FCFA, bien au dessus des 70 millions de FCFA que Gilbert Bleu Lainé affirmerait mordicus avoir remis à Madame D.A. Sans omettre que ledit terrain a fait l’objet de création d’un nouveau certificat de propriété avec un nouveau dossier de géomètre, avec la carte topographique qui avait été montrée lors de la proposition de vente. Alors qu’un nouveau certificat de propriété pour le même terrain ne peut se faire sans mutation.

Que d’interrogations!

C’est à partir du 4/12/2013 que Mme A.D découvre au cadastre, que son titre foncier 70905 de Bingerville est greffé par la SCI «Manangbo»; c’est le début des procédures judiciaires pour mettre fin à ce qu’elle appelle une arnaque, aux fins de prénotation – procédure visant à faire confirmer par une personne qu’un titre foncier est bien le sien – le 10/12/2013, auprès du président du TPI. L’affaire est dès lors pendante devant le président du TPI d’Abidjan à la 3ème chambre civile, pour la mise en état.

A noter qu’en octobre 2014, M. Gilbert Bleu Lainé avait obtenu une ordonnance d’expulsion manu militari des sans abris qui habitent le terrain au motif qu’il l’avait acheté à 70 millions de FCFA. Mal lui en a pris, car avec l’intervention du commissaire du 30ème arrondissement et au su du litige pendant, cette procédure aurait été interrompue. A la suite d’une sommation interpellative à lui adressée par Madame A.D le 2/3/15, Edi René, l’associé d’antant de Gilbert Bleu Lainé, affirme concernant la société «Manangbo» qui aurait acheté ledit terrain litigieux, que «cette structure est en veilleuse, parce qu’elle a été constituée en 1980 à Abidjan pour acheter un pallier dans l’immeuble Sidam (14ème étage). Après l’échec, la société était en veilleuse, donc je suis surpris qu’elle réapparaisse sans mon consentement, puisqu’elle était en veilleuse, elle n’a pas de siège. Je ne suis pas au courant de cette opération d’achat, je viens d’apprendre l’existence de cette opération d’achat du terrain de madame Diop Awa.»

Le 4/3, Mme A.D adresse à la présidente de l’Ordre des notaires, «une plainte contre Me Angoua Olivier, pour établissement d’un faux acte de vente à une SCI Manangbo fictive inconnue dans la transaction immobilière sur mon terrain de 7200 m2 II Plateaux 7ème tranche Cocody.» Contre attaquant sur tous les fronts, elle adresse le 18/3, une plainte pour escroquerie, faux et usage de faux à la Police économique, contre Gilbert Bleu Lainé, et le notaire Me Angoua Olivier. Et tenez-vous bien, la partie ne fait que commencer!

Gilbert Bleu Lainé: «Je me fie à la justice»

«L’Eléphant» a daigné rencontrer le ministre Gilbert Bleu Lainé, pour avoir sa position sur ce litige foncier qui n’est pas à sa première parution dans la presse ivoirienne. Ce dernier sans toute autre forme de procédure, a affirmé : «Je me fie à la justice; l’affaire est pendante devant les juridictions. Pourquoi s’y prononcer, alors que la justice fera son travail, et statuera en fonction des pièces remises par chaque partie?» Tout en affichant une attitude des plus sereines. Le pachyderme, comme à son habitude, insatisfait de ces propos de notre ex-ministre de l’Education nationale, a farfouillé auprès de certains de ses proches au courant dudit dossier, pour essayer d’en savoir un peu plus.

En effet, concernant les relations entre Gilbert Bleu Lainé et Edi René, ces deux experts comptables, ont ensemble créé un cabinet d’expertise comptable après avoir démissionné respectivement des entreprises au sein desquelles ils travaillaient. En 1978 donc, ils montent le cabinet SOCOGEC qui a plusieurs participations dans plusieurs affaires de la place. C’est alors qu’intervient la «Manangbo» (entendez par là Man-Agboville) qui fera son bout de chemin, jusqu’à ce que Edi René s’en retire en 1992, cédant ses parts à une tierce personne qui devient ainsi le nouvel associé de Gilbert Bleu Lainé. Aussi, au moment de la fameuse acquisition du terrain litigieux, Edi René ne pouvait en savoir plus que ce qu’il savait de cette structure, jusqu’en 1992. Quant à A.D, sa rencontre avec Gilbert Bleu Lainé dans le cadre de cette vente viendrait de sa propre initiative, et non d’une prospection de la société «Managbo», ou du ministre.

En effet, ayant approché ce dernier pour lui vendre son terrain alors qu’il était encore ambassadeur en Inde de passage au pays, il aurait accepté, et lui aurait versé des arrhes, après sa rencontre avec le notaire de Mme A.D (cette dernière aurait refusé de traiter directement avec le notaire de Bleu Lainé). Et d’après certaines indiscrétions qui ont décidé de s’exprimer sous un prudent anonymat, c’est A.D qui aurait proposé de recevoir l’argent en espèces, et qu’elle justifiait ces acomptes à travers un reçu fait sur papier simple, le temps de se retrouver après, par devant notaire. Qui plus est, Gilbert Bleu Lainé est celui qui aurait déboursé la somme d’argent nécessaire pour l’acquisition du titre foncier de Mme A.D.

En effet, au moment de la conclusion de ce contrat, elle détenait, concernant ledit terrain, une lettre d’attribution qui devait se muer plus tard en titre de propriété en son nom, avant le transfert du terrain à Gilbert Bleu Lainé, l’acquéreur. A ce jour paraît-il, Gilbert Bleu Lainé aurait soldé le montant convenu entre lui et la vendeuse, et il ne lui resterait devoir de l’argent qu’à l’huissier, au titre de ses frais de prestation. D’ailleurs, les deux parties ont déjà déposé leurs preuves respectives devant le tribunal, et on attend ce qu’il en sera de la vraie propriété de ce terrain litigieux.

Le tribunal sans doute, pourrait se louer les services d’un graphologue pour authentifier de la véracité ou non des signatures et écrits figurant sur les reçus de paiement, après remise éventuelle d’arrhes de Gilbert Bleu Lainé à A.D. Mais comme chaque partie se dit sereine quant à la décision de la justice, tous y compris le quadrupède, ne peuvent que regarder du côté du temple de Thémis!

W.A

Source: L’Eléphant déchaîné N°340

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