Burkina Faso: Abraham Nignan, président du RPF conteste le resultat de l’élection présidentielle « Roch n’est pas légitime »

Burkina Faso: Abraham Nignan, président du RPF conteste le resultat de l’élection présidentielle « Roch n’est pas légitime »

Pendant que la communauté internationale et tous les observateurs s’accordent à dire que les élections couplées qui se sont déroulées le 29 novembre dernier au Burkina Faso sont crédibles et transparentes, Abraham Nignan, président du Rassemblement patriotique du Faso (RPF), lui, pense le contraire. Pour lui, les élections ont été mal organisées et cela a eu pour conséquence une mauvaise élection de Roch Marc Christian Kaboré comme président du Faso. Dans l’interview qu’il nous a accordée le 14 décembre, il explique en détail sa position. Lisez.

Le Pays : Pourquoi le RPF n’a pas présenté de candidats aux élections présidentielle et législatives du 29 novembre ?

Abraham Nignan, président du RPF: Nous ne sommes pas partis aux élections couplées parce que nous avons estimé que les conditions n’étaient pas réunies. Nous avons constaté que les charrues ont été mises avant les bœufs. Et cela était remarquable à travers la liste électorale sur laquelle plusieurs Burkinabè n’ont pas pu s’inscrire. Au début, nous avons demandé à ce qu’il y ait plus de temps pour permettre à un grand nombre de Burkinabè de s’inscrire mais nous n’avons pas été écoutés. Nous sommes 18 millions d’habitants et il est inadmissible qu’on puisse organiser des élections avec 5 millions d’inscrits.

Mais la CENI a accordé plus de temps aux Burkinabè afin qu’ils puissent s’inscrire sur les listes. Il y a même une sensibilisation qui a été faite…

Oui, mais c’était à quelle période ? C’était pendant la saison des pluies où les agriculteurs n’avaient pas le temps d’aller s’inscrire. Comment pouvez-vous demander à un paysan de laisser son champ pour aller s’aligner afin de se faire prendre en compte pour une élection ? On aurait dû attendre la fin des saisons des pluies pour procéder aux inscriptions. C’est pour toutes ces raisons que nous avons décidé de ne pas aller aux élections.

Donc, vous voulez-dire qu’il n’y a pas eu assez de représentativité au cours des élections ?

Oui. C’était des élections programmées pour faire plaisir à un groupe de personnes. Comment sur 18 millions de Burkinabè dont 10 millions sont des potentiels électeurs, moins de 2 millions vont élire un président ? Ce n’est pas du tout représentatif de la population. Cela veut dire que Roch a été mal élu. C’est à peu près le même score que Blaise Compaoré avait. Comment comprendre ce score après une insurrection populaire ? Le peuple a chassé Blaise parce qu’il était assoiffé du pouvoir. Mais pourquoi n’y a-t-il pas eu 5 millions de votants ? Parce que si on fait le total des personnes qui se sont déplacées pour aller voter, on n’aura même pas les 5 millions de Burkinabè qui se sont inscrits. Cela est dû à une mauvaise organisation des élections.

Mais tous les observateurs qui étaient présents lors du scrutin ont unanimement reconnu la transparence et la crédibilité du scrutin…

Oui, mais on peut être observateur sans voir toutes les irrégularités. Nous disons que les élections n’ont pas été bien organisées et par conséquent le président élu Roch n’est pas légitime car il a été élu par moins de 2 millions de Burkinabè sur 18 millions.

Avez-vous félicité Roch Marc Christian Kaboré pour son élection ?

Oui, je l’ai appelé personnellement pour le féliciter et lui souhaiter bon vent. Je lui ai aussi dit de tout faire pour ne pas être le président d’un camp mais celui de tous les Burkinabè.

Et qu’est-ce qu’il vous a dit en guise de réponse ?

Il m’a tout simplement dit qu’il prendrait cela en compte.

Selon vous, quels sont les domaines prioritaires de Roch au cours des premières années de son mandat ?

Je trouve que Roch est bien placé pour répondre à votre question. Le message que j’ai à lui donner est clair : c’est de placer les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Il doit éviter de retomber dans les mêmes erreurs que Blaise Compaoré.

Actuellement, les tractations sont en cours pour la formation d’un gouvernement d’alliance populaire pour reprendre le terme de Salif Diallo. Si on venait à vous faire appel, seriez-vous prêt à y aller ?

Je sais qu’ils ne me feront pas appel parce que je n’ai pas soutenu la candidature de Roch.

Oui, est-ce possible qu’on vous fasse appel ?

Non, je ne crois pas qu’ils vont m’appeler. Ce n’est même pas possible. Je sais qu’il va remercier les gens qui l’ont soutenu en leur donnant des postes. Et comme moi je ne l’ai pas soutenu, c’est sûr et certain que je ne serai pas appelé.

Comment appréciez-vous le comportement de Zéphirin Diabré qui est allé féliciter Roch bien avant la proclamation des résultats ?

Les gens se sont empressés pour apprécier positivement ce comportement de Zèph mais nous, nous sommes allés au-delà de ces appréciations. C’est un comportement que nous trouvons suspect. Si on veut bien vérifier, on trouvera peut-être que Roch et Zèph se sont arrangés. Sinon, comment comprendre qu’il aille bien avant la proclamation des résultats féliciter Roch ? Nous trouvons que c’est un arrangement entre les deux.

En quoi peut consister cet arrangement selon vous ?

Je ne saurai vous le dire mais avec le temps, on le saura.

Propos recueillis par Yannick SANKARA

Source: Le Pays

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