Burkina Faso: Journalistes Burkinabè Complices des Putschistes

Burkina Faso: Journalistes Burkinabè Complices des Putschistes

Emeutes. Coup d’Etat. Confiscation du pouvoir. Ré-émeutes en gestation. Affrontements entre les corps d’armées en marche. Guerre civile en perspective. Le Burkina est dans la tourmente. Il subit presque le retour du bâton de son amateurisme et de son nombrilisme politique. Après les mouvements d’humeur qui ont emporté Compaoré le 31 Octobre 2014, tous les discours suivaient le même canevas. Sortir de ce tuyau, l’on était considéré comme un non-initiés. Un marginaliste. Un baudet politique. Entretemps, le Régiment de Sécurité Présidentiel —RSP— a frappé au cœur de la transition.

Une autre lecture du putsch de Gilbert Diendéré voudrait que l’on reste dans les media tout en sortant de l’analyse qui a germé et poussé dans cette corporation.

Journalistes Rectifiés

Depuis la “Rectification” de la Révolution du 4 Août 1984 au Conseil de l’Entente le 15 Octobre 1987, les journalistes Burkinabè se sont “rectifiés” et “rectifié” leur ligne éditoriale. Le journalisme engagé a été donc délocalisé dans les cases ou dans les hangars en paille de “Tchapalo”—bière locale à base de mil—, dans les marchés de Saaba, Nioko, Dassasgho, Wayalguin, Kossodo, Gounghyn, … où savourant les testicules braisés de bouc ou de mouton, les brochettes de foi d’âne, le porc roussi passé au four en terre, la chair tender de chien bouilli, la soupe de chauve-souris, on débat a rompre la voix.

Pendant ce temps, les media formelles se tortillaient dans la ce genre où la vérité et la délation cohabitent. Et où l’impartialité comme méthode d’accès à la vérité est régie par la compromission. Plus question pour eux de défendre leur propre liberté d’information, de commentaire et de critique. Ils étaient réduits aux publicitaires ou propagandistes, exécutant toutes les consignes directe et indirecte.

Sans une autonomie de pensée, la presse Burkinabè, sans chercher à capter les nuances du verbiage occidental, s’est inféodée aux scribouilleurs de la presse occidentale en ce qui concerne les questions internationale. Dépendance analytique prouvée et faillite psychique constatée lors de la crise Guinéenne, Mauritanienne, Libérienne, Sierra Léonaise, surtout… Ivoirienne, et partout où Compaoré a été commandé par ses parrains. Dans ces circonstances, qu’elle soit publique ou privée ou dite indépendante, la presse Burkinabè soumise à la verticalité de l’information a limité sa liberté d’expression à la pensée officielle ou à celle des officines étrangères qui les coptent et les financent. Alors, les journalistes du Faso n’avaient de choix que de soutenir Blaise Compaoré, lui-même couvé par l’impérialisme occidental.

Ces journalistes, dangereux pour leur pays et pour les nations voisines et lointaines parce que fossoyeur de la vérité, ont catalysé la haine de l’autre à l’intérieur comme à l’extérieur, développé les thèses qui donnent racine à l’injustice… et d’autres maux qui ont miné la société Burkinabè et instauré une configuration qui met en confrontation deux camps. Ceux qui voulaient se libérer du joug de la “Rectification,” et ceux qui s’y complaisaient.

Cet engagement à protéger le pouvoir de Compaoré sous la plume de certains journalistes a sévèrement nui au peuple chaque fois qu’il descendait dans la rue pour en découdre avec ce régime criminel. Au moins à deux fois, d’abord après l’assassinat en 1998 à Sabou de Norbert Zongo, directeur de publication de L’Indépendant, et ensuite après la mort en 2011 du jeune élève Justin Zongo, décédé suite aux sévices corporels que lui aurait fait subir la police. L’insurrection dans l’un ou l’autre cas, ou lorsque les militaires sont sortis des casernes en Juillet 2000 pour réclamer la tête de Compaoré, les journalistes de la Compaorose tapis au sein de L’Opinion, l’Hebdo du Burkina, Le Pays, du Journal du Jeudi,…avaient trouvé des arguments pour sauver le bateau de la famille régnante.

Si sur le plan interne, l’Evénement, l’Indépendant, Bendré, prenaient leur distance avec la presse “emargeant” à la présidence, au Secrétariat exécutif du CDP, ou à d’autres appendices du régime, ces organes de presse embouchaient la même trompette quand Compaoré et ses RSP lancèrent l’assaut contre la Côte d’Ivoire pour installer le fils du pays, Alassane Ouattara, la catastrophe de l’Afrique combattante. L’aveuglement et l’indécence dans le traitement du dossier Ivoirien frôlent l’idiotie journalistique, un échelon au-dessus d’une propagande mal gérée.

La Bonne Graine

Loin du festin de ces tirailleurs à la plume et au micro, l’Intrus met en exergue dans ses articles l’ambiguïté dans la nationalité de Ouattara et ses connivences avec Blaise Compaoré. San Finna, sans fléchir, défend la légalité et la légitimité constitutionnelle en Côte d’Ivoire. Il met en évidence la complicité du Burkina avec les rebelles Ivoiriens. Il écrit, “avec l’aide des médias, s’appuyant sur l’impopularité de l’Ivoirité en Afrique et dans le monde, on a réussi à occulter le fait que les rebelles ont été logés, nourris, blanchis… au Burkina Faso.” A propos des élections de 2010, Le bimensuel La Nation, se soustrait du lot des journalistes mercenaires, puis dévoile la conspiration contre le président Laurent Gbagbo et denonce, “Tout avait été mis en œuvre pour que Gbagbo ne puisse pas passer au premier tour de ces élections … Mais le constat que l’on peut faire, c’est qu’avec tous les moyens que les deux candidats en face de Gbagbo ont déployé et surtout avec l’aide avérée de certaines puissances étrangères, le président sortant a démontré qu’il avait des ressources et que son peuple l’aime…”

Contre ce journalisme lucide et professionnel, les autres font plus de la communication que de l’information, ils servent les intérêts de Compaoré. La fabrication de l’information, des thèses difficiles à élucider, entraînent le revirement de la population qui avait marre du système criminel du clan Compaoré. Alignement opportuniste qui avait du coup redonné vie à Compaoré asphyxié par la question Zongo, et par là, enterrer Norbert en ressuscitant le régime Blaise.

Journalistes Putschistes

Quelques années plus tard, le Journal L’Événement se lamentait sur la déliquescence du Collectif—organisation constituée pour réclamer justice pour Norbert Zongo. En effet, pendant que le Collectif dénonçait l’implication de Compaoré dans le drame Ivoirien, L’Événement comme d’autres Burkinabè nombrilistes, soutenaient l’assassin de Thomas Sankara. Le couvraient de titres élogieux de personnalité incontournable de la sous-région Ouest-Africaine,… dès son retour de Marcoussis ou une grand’ mess avait été organisé pour dépouiller Gbagbo de toutes ses prérogatives de chef de l’Etat. Il fallait être de la race de journalistes qui n’ont aucune idée de l’impact d’une communication tapageuse et répétée sur la décision de son opinion pour s’écrier.

Norbert Zongo, directeur de publication de L’Indépendant, ne se serait mis dans de telles magouilles journalistiques. D’ailleurs il avait été assassiné parce qu’il avait refusé la compromission et ouvert plusieurs enquêtes sur une vaste escroquerie au détriment de l’État à la suite de la constitution de la Compagnie d’exploitation des mines d’or Burkinabè –CEMOB– mais aussi sur des crimes économiques tels que l’affaire du riz parfumé; le monopole de l’exploitation du cuir octroyé à la belle-mère de François Compaoré –cadet et Conseiller particulier du chef d’État–; le trafic de parcelles touchant des responsables du CDP; la distribution de produits défectueux par la Société des fibres et textiles –SOFITEX– qui avait provoqué la destruction des récoltes de coton de nombreux agriculteurs. La question du statut du Régiment de la sécurité présidentielle et des contradictions en son sein, ou l’établissement des cartes électorales multiples lors de la campagne présidentielle de 1998, et bien d’autres affaires louches, mais surtout l’assassinat de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré,

Les media Burkinabè qui ont développé un journalisme de très grande proximité avec les politiques et les hommes d’affaires—vieille tradition héritée de la tradition journalistique Française—, ont contribué à maintenir en vie le RSP et Diendéré, même après la chute lamentable de Compaoré. Partant, ce journalisme s’est révélé complice, conflictuel et corrompu. Résultat, après que la France ait exfiltré Compaoré pour que son corps ne soit pas traîné dans les artères poussiéreuses de Ouaga, cette presse invendable mais achetable—pour reprendre Gregory Portche, rédacteur en chef adjoint du Le GriGri International, quand il qualifie Jeune Afrique— est restée dans le filon de la corruption pour entretenir le rêve Compaoré en offrant la tribune à ses partisans.

Le quotidien Le Pays l’a démontré au début de ce mois de Septembre en s’en prenant à Abou Drahamane Sangaré, président du FPI, estimant qu’il est illégal et n’est pas fondé à exiger le retrait de la candidature de Ouattara. Le Pays—de Sigué Jérémie, dont il est inutile de relever ses connections ambiguës avant l’assassinat de Sankara—, écrit, “on pourrait se demander si, légitimité pour légitimé, la fraction dissidente du parti de Laurent Gbagbo menée par Abou Drahamane Sangaré est fondée à exiger le retrait de la candidature du président Ouattara au motif qu’elle est illégale, d’autant qu’elle-même n’est pas reconnue par la loi et ne devrait pas, de ce fait, pouvoir se prévaloir ni du nom ni du logotype du FPI pour agir…en toute illégalité.” Dans le style qui est le sien, ce quotidien traite les militants et cadres du FPI de “lépreux politiques.” Une argumentation un peu légère sur fond d’insulte en soutien et en reconnaissance à Ouattara qui a offert gîte et tô—Pâte mil ou de maïs— à Compaoré.

Ces journalistes Burkinabè ont sombré dans une crise d’identité quand les gouvernants qu’ils ont appuyés ont perdu le consensus et le soutien de la population. Ainsi, le putsch du RSP, même si Diendere porte la responsabilité première, est aussi et avant tout celle d’une corporation: celle des journalistes appelés à annoncer le changement de cap.

Dr. Feumba Samen

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