Le président Blaise Compaoré a démissionné vendredi, après vingt-sept ans au pouvoir et à l’issue de trois jours de manifestations et d’émeutes, qui auraient fait une trentaine de morts. Si la transition semblait encore des plus incertaines samedi matin, deux gradés de l’armée ayant revendiqué le poste de chef de l’Etat, l’armée a désigné en début d’après-midi le lieutenant-colonel Zida pour conduire la transition. L’Union africaine a appelé de son côté à une transition «civile et consensuelle».

Qui dirige le pays ?

A 13 heures samedi, après de longues tractations, le Burkina a enfin un, et un seul, chef de l’Etat : le lieutenant-colonel Isaac Zida, commandant adjoint du Régiment de sécurité présidentielle 5RSP), «a été retenu à l’unanimité pour conduire la période de transition» par «la haute hiérarchie, après concertation avec l’état-major des armées», annonce un communiqué signé du général Honoré Traoré, qui prétendait lui-même à ce poste depuis jeudi.

Cette annonce met fin à une journée de confusion à la tête de l’Etat. Peu après la démission du président Compaoré sous la pression populaire, le général Honoré Traoré, chef d’état-major des armées, qui avait annoncé la veille la dissolution du gouvernement et celle de l’Assemblée nationale, déclarait en effet assumer les «responsabilités de chef de l’Etat».

Mais quelques heures plus tard, un autre militaire entre en scène: dans la nuit, le lieutenant-colonel Zida, commandant adjoint du Régiment de sécurité présidentielle, proclame à son tour qu’il prend la tête de la transition et devient le nouveau chef de l’Etat, s’installant au palais présidentiel. Auparavant, il a annoncé la suspension de la constitution, la fermeture des frontières aériennes et terrestres et affirmé qu’un nouvel organe de transition serait mis en place, en demandant le soutien de la communauté internationale. Le général Traoré, dont la déclaration a été jugée «caduque» par Zida, a gardé le silence jusqu’au communiqué de l’armée.

Depuis jeudi après-midi, c’est un troisième militaire, le général en retraite Kouamé Lougué, ancien ministre de la Défense limogé en 2003 et apprécié pour son «intégrité», que la foule appelait pour prendre les rênes du pouvoir.

S’agit-il d’un coup d’Etat militaire ?

«C’est une insurrection populaire, pas un coup d’Etat, assure Sams’ K le Jah, le leader du Balai citoyen, l’un des mouvements de la société civile qui ont été associés depuis vendredi soir aux tractations entre hauts gradés de l’armée. Mais il faut être réaliste. Aucun civil ne pouvait diriger le chaos dans lequel le pays était plongé depuis 72 heures. »

L’intervention des forces de l’ordre a en effet permis de ramener le calme à Ouagadougou et Bobo Dioulasso, la deuxième ville du pays, théâtre de pillages et de saccages. Pour le chanteur, Zida apparaît comme une personnalité plus consensuelle que le général Traoré, qui «ne faisait pas l’unanimité». La foule

rassemblée vendredi sur la place de la Nation, qui a pour l’occasion repris son ancien nom de «Place de la Révolution», avait scandé des slogans hostiles au général Traoré.

Des dissensions dans le front anti-Compaoré sont cependant apparues dans la journée de samedi. Joint le matin, le chef de file de l’opposition politique, Zéphirin Diabré, déplorait que les partis d’opposition «n’aient pas été associés à ces discussions».

Dans la soirée, les partis politiques et certaines organisations de la société civile ont exigé une transition «démocratique et civile», estimant que sa gestion «ne saurait être en aucun cas confisquée par l’armée», et ont appelé à un meeting dimanche matin sur la place de la Nation dimanche. L’Union africaine a également exprimé sa préférence pour une forme civile de transition.

Lors de sa déclaration de la nuit, le lieutenant-colonel Zida avait assuré que les modalités de «cette transition démocratique apaisée» seraient définis «avec l’ensemble des partis politiques et les organisations de la société civile».

Où se trouve Blaise Compaoré ?

Alassane Ouattara confirme que «Blaise Compaoré, sa famille et ses proches ont été accueillis en Côte d’Ivoire». Le président burkinabè déchu s’est installé vendredi soir à Yamoussoukro, dans une résidence d’Etat pour les hôtes étrangers, selon des témoins contactés par l’AFP.

Louise AGAR (Correspondance à Bobo-Dioulasso, Burkina Faso)

Source: Liberation.fr

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Burkina Faso : Contestant l’armée, opposition et société civile appellent à un grand rassemblement ce dimanche

Contestant la désignation du lieutenant-colonel Isaac Zida par l’armée pour diriger la transition, après la démission de Blaise Compaoré, l’opposition burkinabé et la société civile ont appelé à un rassemblement dimanche à la place de la nation.

“La victoire issue de l’insurrection populaire appartient au peuple, et par conséquent la gestion de la transition lui appartient légitimement et ne saurait être en aucun cas confisquée par l’armée’’ ont écrit les leaders de l’opposition et des organisations de la société civile dans une déclaration lue au siège de l’opposition.

Selon l’opposition et les organisations de la société civile, “le caractère démocratique et civil que doit avoir cette transition” se légitime par le fait que c’est le soulèvement du peuple qui a conduit à la démission du président Blaise Compaoré, après 27 ans au pouvoir.

Moins de 24 heures après la démission de Compaoré, une grande confusion s’était installé au sein du pays, où le chef d’Etat major général de l’armée et le numéro du régiment se sécurité présidentiel (RSP) s’était tour à tour autoproclamé chef de l’Etat.

Réagissant à cette confusion, samedi, le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, avait pourtant indiqué que ce n’est pas à elle (opposition) de soutenir ou de choisir qui va diriger la transition.

Samedi, l’armée avait finalement retenu à l’unanimité le second cité, le lieutenant colonel Isaac Zida pour diriger la transition.

Ayant joué un rôle important dans la désignation du lieutenant colonel Zida, le mouvement Balai citoyen, très suivi par la jeunesse, a estimé qu’il « faut arrêter les petites querelles de personnes » et penser à l’avenir de la nation en œuvrant à mettre en place un organe de transition représentatif de toutes les composantes de la société burkinabè.

Selon les leaders de ce mouvement, le plus important est de construire désormais la démocratie burkinabè sur des institutions qui obligeraient le nouvel homme fort à suivre la volonté du peuple.

Dans une déclaration, l’Union africaine (UA) a appelé à une transition “civile et consensuelle” au Burkina Faso.

Dès sa confirmation à la tête de l’Etat, le lieutenant colonel Zida a annoncé la réouverture des frontières aériennes -bien que celles terrestres restent fermées- et alléger le couvre feu.

Par ailleurs, les écoles et universités, fermées sur l’ensemble du pays depuis le 25 octobre par crainte de débordements lors des manifestations contre la modification de la constitution, seront rouvertes dès le lundi 3 novembre.

En dépit des querelles de leadership entre l’armée, opposition et société civile, le calme est revenu à Ouagadougou et dans les villes de l’intérieur où les activités commerciales et récréatives ont repris.

Ce dimanche depuis Ouaga, la médiation internationale au Burkina Faso (ONU-UA-CEDEAO) a, par la voix de l’émissaire de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas, appelé à la mise en place d’un régime de transition conduit par un civil et conforme à l’ordre constitutionnel, évoquant sinon la menace de sanctions.

Boa, Ouagadougou

Source: koaci.com