Burkina Faso: Le peuple veut “le départ pur et simple du lieutenant-colonel Zida”

Burkina Faso: Le peuple veut “le départ pur et simple du lieutenant-colonel Zida”

L’appel de l’opposition à un rassemblement de protestation s’est soldé par un échec. Washington demande à “l’armée de transférer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles”.

La communauté internationale, Etats-Unis en tête, a vivement condamné dimanche 2 novembre la prise de pouvoir annoncée par l’armée au Burkina Faso, mais l’appel de l’opposition à un rassemblement de protestation s’est soldé par un échec.

Washington a appelé dans la nuit “l’armée à transférer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles”, selon la porte-parole du département d’Etat, Jen Psaki.

Les Etats-Unis, un des alliés privilégiés du Burkina, “condamnent la tentative de l’armée burkinabè à imposer sa volonté au peuple du Burkina Faso”, a-t-elle ajouté.

L’armée burkinabè s’empare de la télévision et de la place de la Nation

L’armée burkinabè a pris le contrôle dimanche de deux lieux stratégiques de la capitale Ouagadougou, la radio-télévision nationale et la place de la Nation, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Des soldats du régiment de sécurité présidentielle ont tiré en l’air dans la cour d’entrée du bâtiment de la télévision peu après 14H00 (locales et GMT) pour disperser une foule de manifestants, avant de se rendre maîtres des lieux en quelques minutes.

Le régiment de sécurité présidentiel est l’unité du lieutenant-colonel Isaac Zida, désigné par l’armée samedi pour diriger un régime de transition après la chute du président Blaise Compaoré, chassé par la rue après 27 ans au pouvoir et réfugié en Côte d’Ivoire.

Tous les personnels de la radio-télévision ont été évacués, ainsi que les journalistes étrangers.

L’armée a simultanément pris le contrôle de la place de la Nation, haut lieu de la contestation publique, où des milliers de manifestants étaient réunis, selon un journaliste de l’AFP.

Des soldats sont arrivés à bord de plusieurs pick-up, ont tiré en l’air et ont lancé des grenades lacrymogènes, faisant fuir les manifestants.

Les soldats ont ensuite quadrillé la place, dont on ne peut pas approcher désormais à moins de 100 mètres.

“Nous espérons une transition conduite par un civil”

La constitution, que les militaires ont dit avoir suspendue, prévoit que le président de l’Assemblée nationale assure l’interim du pouvoir en cas de vacance.

La médiation internationale tripartite au Burkina conduite par l’ONU, l’Union africaine et la Cédéao, l’organisation régionale de l’Afrique de l’Ouest, a, elle évoqué la menace de “sanctions”.

“Nous espérons qu’il y aura une transition conduite par un civil, conforme à l’ordre constitutionnel”. “Sinon les conséquences sont assez claires. Nous voulons éviter pour le Burkina Faso la mise en place de sanctions”, a déclaré l’émissaire de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas lors d’une conférence de presse à Ouagadougou.

Le Burkina Faso, petit pays sahélien enclavé de 17 millions d’habitants, est plongé dans l’incertitude sur son avenir politique depuis la chute du président Blaise Compaoré, chassé par la rue après 27 ans au pouvoir et réfugié en Côte d’Ivoire.

Samedi, l’armée a désigné un des siens, le lieutenant-colonel Isaac Zida, numéro deux de la garde présidentielle, pour diriger un régime de transition.

Mais les “forces vives” du pays, partis d’opposition et organisations de la société civile rassemblés, ont refusé toute idée de transition militaire, exigeant un pouvoir civil et appelant à une démonstration de force de la population dimanche matin.

Le rassemblement place de la Nation, lieu emblématique des manifestations de masse la semaine dernière qui ont fait chuter le régime Compaoré, s’est cependant soldé par un échec, avec seulement un millier de personnes présentes, selon un correspondant de l’AFP.

Le chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré, n’était pas venu car il rencontrait des représentants de l’armée au même moment, selon son entourage.

Le chef du petit parti Convergence de l’Espoir, Jean-Hubert Bazié, s’est contenté d’une allocution de quelques minutes, appelant l’audience clairsemée à rester “vigilante pour préserver la victoire du peuple” et “mobilisée pour les mots d’ordre à venir”.

“Le départ pur et simple du lieutenant-colonel Zida”

Parmi les manifestants, essentiellement des jeunes, la déception, voire le mécontentement se faisaient sentir alors que le rassemblement a duré à peine plus d’une heure, en l’absence de toute force de l’ordre.

“Nous ne voulons pas d’une récupération de la victoire du peuple par les militaires”, a déclaré à l’AFP Karim Zongo, un commerçant de 28 ans.

“Notre lutte maintenant c’est le départ pur et simple du lieutenant-colonel Zida”, a renchéri Abdoulaye Traoré, un sans-emploi de 33 ans, resté discuter après le meeting sur la “place de la Révolution”, ainsi que l’a rebaptisée le peuple, comme dans les années 1980, au temps du président Thomas Sankara, icône du panafricanisme encore dans les mémoires de tous les Burkinabè.

L’armée s’est employée depuis vendredi à rassurer, affirmant que la transition se ferait de manière démocratique, en concertation avec l’opposition et avec la société civile, mais tout en restant floue sur les modalités pratiques et sans convaincre apparemment tous les habitants.

Dans les rues de Ouagadougou, la situation était calme, avec une circulation réduite et quelques commerces ouverts comme à l’habitude le dimanche, selon un journaliste de l’AFP.

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