Burkina Faso: Le Premier ministre Yacouba Isaac Zida rassure «S’il le faut, nous allons nationaliser des usines»

Burkina Faso: Le Premier ministre Yacouba Isaac Zida rassure «S’il le faut, nous allons nationaliser des usines»

Monsieur le Premier ministre, comment doit-on vous appeler ? Le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida ou monsieur le Premier ministre tout court ?

Monsieur le Premier ministre, Isaac Zida.

Chef d’Etat depuis la démission du président Blaise Compaoré, et aujourd’hui Premier ministre de monsieur Michel Kafando, président de la Transition, tout cela en moins d’un mois. Comment vous vivez cela ?

J’ai vécu ces événements comme chacun d’entre vous, comme chacun des Burkinabè, avec beaucoup d’émotions, beaucoup d’inquiétudes dès le départ, beaucoup d’appréhensions, mais à partir d’un certain moment, j’ai retrouvé bon espoir parce que vous avez vu que tous les acteurs de la vie nationale se sont mis ensemble pour regarder vers l’avenir, poser les jalons qui ont été consacrés dans la Charte de la Transition et aujourd’hui, nous sommes rassurés par la marche, par la direction que le Burkina Faso a prise. Et je peux vous dire que mes sentiments sont véritablement des sentiments de satisfaction à l’heure actuelle.

Vous êtes Premier ministre depuis la semaine dernière et pour beaucoup de Burkinabè, après avoir été chef de l’Etat, président du Faso, vous vous retrouvez Premier ministre, ça surprend. Est-ce qu’il y a eu deal entre le Premier ministre et le président du Faso quand on sait que celui-ci est un des candidats proposés par l’armée pour la désignation au poste de président de la Transition ?

Il n’y a pas eu deal. Je peux dire que nous avons fait confiance à un homme que nous connaissons depuis longtemps, et nous l’avons proposé pour être président de la Transition. En tout cas, le comité de désignation l’a retenu au regard de ces compétences, de son expérience et de la qualité intrinsèque de l’homme. Dès qu’il a été donc désigné, il nous a fait confiance, peut-être sur la base de ce que nous avons pu accomplir dans un laps de temps. Il n’y a pas eu véritablement deal, nous, nous voyons cela comme une mission, une confiance et nous allons tâcher de mériter cette confiance-là.

D’aucuns voient en cela une formule à la Poutine.

Non, non, pas une formule à la Poutine parce que Poutine a été président, il a épuisé son temps, c’est des mandats ; ensuite, il est devenu Premier ministre pour que M. Medvedev épuise son mandat avant de revenir, mais je pense que ce n’est pas le scenario. Nous, nous sommes là pour une mission et après la Transition donc, pour l’instant, nous n’y pensons pas véritablement parce nous sommes concentrés à réussir la Transition. Mais il n’est pas dit que nous sommes intéressé par le prochain poste de président. Je ne crois pas.

Votre gouvernement a été constitué il y a quelques jours, et à peine il est constitué qu’il est contesté. Au jour d’aujourd’hui, est-ce que vous avez un ministre en charge de la Culture ?

Non. Je dois vous dire que nous avons été véritablement surpris parce que lorsque nous avons été nommé Premier ministre, notre objectif était de former un gouvernement de consensus parce qu’aujourd’hui, ce que nous recherchons pour les Burkinabè, c’est qu’il y ait consensus autour de la gestion de la transition. Donc nous avons désigné des personnes d’abord sur la base de leurs compétences, sur la base aussi de leur appartenance aux partis politiques ou à la société civile soit à l’armée mais aussi en tenant compte de considérations géopolitiques parce que quand vous regardez la composition du gouvernement, nous sommes allés puiser dans toutes les régions du Burkina Faso. Par la suite, nous avons pris le soin de faire regarder tout cela par la gendarmerie nationale. Nos ministres ont fait l’objet d’enquêtes de moralité. Si vous vous souvenez, je vous avais promis le gouvernement pour le samedi soir et samedi soir, j’avais mon gouvernement, j’avais déjà remis une copie au président de la Transition. Mais je lui ai demandé 24 heures supplémentaires, le temps que la gendarmerie me fasse un travail. Donc c’est en toute bonne foi que j’ai désigné et j’ai nommé ce ministre. Maintenant, la contestation qui s’en est suivie concernant le ministre de la Culture, véritablement, nous avons été nous-mêmes surpris mais nous disons que le peuple est souverain, sa volonté doit être respectée. Du reste, le ministre de la Culture lui-même a tiré les conséquences et il a rendu sa démission que nous avons acceptée. Aujourd’hui, nous n’avons pas encore de ministre de la Culture, mais nous avons au sein du ministère, un secrétaire général qui fait déjà très bien le travail. Nous allons prendre le temps qu’il faut pour trouver un homme véritablement consensuel, accepté par le monde de la Culture afin que ces hommes et ces femmes de la culture puissent l’aider à réussir la mission qui sera la sienne.

Vous dites qu’il y a des informations qui ont été vérifiées par la gendarmerie sur les personnes proposées pour siéger à votre gouvernement mais le passé de M. Sagnon en tant qu’ancien procureur certainement devait venir aussi à l’esprit de vos enquêteurs. La question que je me pose, est-ce que Sagnon a démissionné de son gré ou on l’a obligé à démissionner ? Et d’ailleurs, il n’est pas le seul à être décrié dans votre gouvernement.

Vous savez, pour une enquête de gendarmerie, de police, on part sur la base des faits, mais ce qui est reproché à M. Sagnon à ma connaissance, c’est sur la base de soupçons ; on le suspecte d’avoir été de connivence avec le régime passé dans l’affaire Norbert Zongo. Je pense que peut-être la gendarmerie n’a pas eu le temps d’aller en profondeur sur ces questions-là. Ça peut ne pas leur avoir échappé mais je vous dis qu’une enquête de moralité d’une vingtaine de minutes en 24 heures, je pense qu’il faillait qu’il y ait des faits graves avérés pour que nous puissions remettre sa désignation en cause. Nous n’avons pas été saisis de faits graves avérés avec preuves à l’appui, donc nous avons estimé qu’il pouvait faire partie du gouvernement. Maintenant s’il y a contestation, nous avons pris acte et comme je l’ai dit, le peuple est écouté, nous allons toujours l’écouter, sa volonté sera toujours respectée. Là-dessus, il n’y a pas de problème.

Justement, vous dites que le peuple sera toujours écouté, le cas Adama Sagnon fait jurisprudence, il est maintenant question d’autres contestations de ministres en l’occurrence celui des Transports et celui en charge du Budget. Qu’est-ce que vous ferez pour gérer ces cas ? Allez-vous les gérer au cas par cas, comment vous allez mettre fin à tout cela ?

Moi j’ai confiance au peuple burkinabè et je crois qu’il sait ce qu’il veut. Le cas Sagnon ne semble pas être similaire aux cas que vous avez cités.

Moumouni Guiguemdé est responsable des cadres du parti de l’ADF-RDA ?

Je ne sais pas s’il a eu à gérer un contentieux, mais je crois que les faits qui lui sont reprochés, s’il y a véritablement les preuves, nous allons en tenir compte mais pour l’instant, nous avons une équipe à laquelle nous avons demandé de se mettre à la tâche. Je crois qu’ils ont commencé à travailler maintenant, ceux qui ont des griefs contre Moumouni Guiguemdé, nous sommes disposés à les recevoir et à les écouter. Donc si effectivement il y a des faits avec des preuves, il n’y a même pas de problème, nous allons tirer les conséquences. Mais ce que je veux dire aux Burkinabè (parce ça me rappelle un peu cette anecdote du passager qui portait sa charge au bord de la route qui demande un auto stop et un automobiliste qui l’embarque, il entre dans le véhicule et porte toujours sa charge sur la tête), ils doivent se dire que nous avons tourné la page du régime Compaoré. Il y a des dossiers que nous allons examiner, mais notre mission n’est pas que d’examiner les dossiers du régime Compaoré. Notre mission c’est de poser les bases, les fondements d’une nouvelle gouvernance pour le Burkina Faso. Donc si nous sommes là et notre mission va consister à regarder ce qui s’est passé au cours du régime Compaoré, je pense que nous ferons du surplace. J’en appelle à tout le peuple pour qu’on se mette à la tâche et que l’on commence véritablement à s’attaquer aux gros chantiers qui sont devant nous pour que l’avenir soit plus radieux. Parce que le passé relève du passé, il y a des choses qu’il faut regarder mais on n’a pas que ça à faire. Il y a l’école, il y a la santé, il y a beaucoup de choses sur lesquelles il faut se pencher dès maintenant.

Certaines voix se sont élevées au sein la société civile pour dire que le Burkina Faso n’ayant pas connu une période de conférence nationale pour épurer les problèmes de l’indépendance à 1990, cette période de transition pourrait être une occasion de solder un certain nombre de contentieux qui se posent à la nation burkinabè.

Je suis d’accord que le cadre existe parce qu’il y a une commission de réconciliation et de réformes qui va faire un travail et toutes les recommandations bien sûr seront prises en compte. Donc, je pense que tout ce qui est advenu au cours du régime Compaoré, rien ne sera occulté. Les dossiers pendants en Justice seront rouverts, donc il n’y a pas de raison que les uns et les autres s’inquiètent.

Y compris certains soupçons qui pèsent sur certains hauts cadres qui dirigent l’Etat ?

Bien sûr ! Moi-même qui vous parle, si mon nom est cité dans une affaire en justice, je vais démissionner et puis aller répondre et me mettre entièrement à la disposition de la justice pour que la justice soit faite. Personne n’est au-dessus de la loi.

Pour beaucoup d’observateurs de la scène burkinabé, toutes ces contestations qui émanent du peuple burkinabé sont en réalité une continuité de la remise en cause de l’autorité de l’Etat. Jusqu’à quand cela va continuer et qu’est-ce vous allez faire pour rétablir cette autorité de l’Etat ?

Nous avons un programme dans ce sens sur le plan de la gouvernance administrative. Nous allons travailler à restaurer l’autorité de l’Etat. Mais cela doit se faire avec chacun des Burkinabè parce qu’il ne s’agit pas de mettre les forces de l’ordre derrière chaque Burkinabè pour le suivre. Il faut que chaque Burkinabè, d’abord à son niveau, décide d’adopter un comportement citoyen. A ce moment, nous pouvons passer à la répression des quelques récalcitrants. Parce qu’il y a plusieurs phases, il faut que nous sensibilisions, que nous invitions les uns et les autres à changer de comportement et ensuite, si c’est nécessaire, nous allons réprimer.

Je voudrais qu’on revienne un peu sur la constitution même du gouvernement. Est-ce qu’on peut avoir une idée de comment les choses se sont tractées, comment la composition s’est faite ? Parce que dans le premier jet de la Charte de la Transition, il était prévu que les membres du gouvernement soient proposés par les partis politiques, la société civile et l’armée. Est-ce que c’est ce qui s’est véritablement passé ?

Effectivement, cela a été respecté, les partis politiques ont proposé des candidats, la société civile en a proposé, l’armée également. Mais il faut reconnaître qu’au-delà de ces propositions, nous avons dû faire appel à des compétences qui étaient en dehors de ces propositions faites par les trois parties prenantes. Sinon chaque partie a fait une proposition.

Et cet appel a été laissé à la discrétion du Premier ministre je suppose ?

Oui, le Premier ministre choisit parce qu’il est entièrement responsable de la formation du gouvernement.

Monsieur Adama Sagnon fait-il partie de ces appelés en question ?

Monsieur Adama Sagnon a été un choix personnel du Premier ministre parce que nous connaissons l’homme et nous avons regardé dans le département de la Culture et avons trouvé quelqu’un qui était directeur général du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) et qui y est depuis un certain nombre d’années, en tout cas il n’y a pas eu de contestations sur sa manière de gérer les droits d’artistes. Donc nous avons estimé qu’il faisait du bon travail au niveau de la culture et nous l’avons désigné comme ministre. Nous estimions qu’il allait encore mieux faire et jusque-là, nous ne sommes pas convaincu qu’il n’allait pas faire mieux. Moi, je reste convaincu qu’il aurait pu être un bon ministre de la Culture.

Mais vous reconnaissez avoir fait une erreur de casting ?

J’ai fait un choix que j’ai estimé bon mais je peux me tromper. Et je le repète, le peuple est souverain, je ne peux pas imposer au peuple un ministre. Parce que moi-même, lorsque j’ai été nommé, si le peuple disait qu’il ne voulait pas d’un militaire, j’allais rendre ma démission sans problème.

Vous avez douze mois pour réaliser sous l’autorité du chef de l’Etat, le président Michel Kafando, les objectifs de la Transition. C’est à la fois beaucoup mais c’est aussi peu. Est-ce que vous avez une idée d’un chronogramme clair ? Est-ce que vous avez une feuille de route en d’autres termes ?

Nous avons des objectifs à atteindre, nous savons que nous devons les atteindre dans un délai qui nous est imparti à savoir au plus tard une année. Cela doit se terminer par les élections générales en fin 2015. Nous avons une feuille de route et nous sommes en train de nous en inspirer pour définir pour chaque ministre sa lettre de missions et nous devons nous y accrocher et travailler en tenant compte du fait que le temps est relativement court. Nous n’avons pas un gros projet de développement qu’il faut réaliser dans cette année. Nous, nous allons nous focaliser sur les priorités.

Certains ministres n’ont pas attendu certainement ces lettres de missions. Dans leurs déclarations, on sent qu’ils ont envie d’aller vite. Le ministre de l’Administration territoriale par exemple, et celui des Mines et de l’Energie.

Bien sûr qu’ils ont déjà les orientations. Même lorsque nous les avons reçus, nous leur avons dit exactement ce que nous attendons de chaque ministre. Ils savent exactement ce qu’il faut faire dans ce laps de temps.

Le plus grand défi c’est d’organiser des élections en fin novembre 2015, la tâche s’annonce titanesque, c’est un défi de dialogue pour s’entendre sur les règles du jeu, les règles d’orientation et d’organisation. Comment vous comptez aborder cette question ?

Pour les élections, nous allons faire un calendrier électoral en concertation avec les partis politiques et la CENI. Nous pensons que nous devons pouvoir respecter ce délai de novembre 2015. C’est très possible. Du reste, nous avons déjà échangé avec le président de la CENI qui nous avait donné ces assurances. Mais il y a certaines choses à faire, il y a d’abord les réinscriptions à faire sur la liste électorale parce vous savez que le fichier électoral que nous avons aujourd’hui est incomplet. Il y a beaucoup de Burkinabè qui ne s’inscrivaient pas sur les listes électorales comme il y en a qui disaient que ce n’est pas la peine parce qu’on sait que c’est Blaise Compaoré qui gagne toujours. Comme qui dirait, on ne regarde pas le football parce que c’est Barça qui gagne toujours.

Il y a aussi le vote des Burkinabè de l’étranger ?

C’est une autre équation, nous avons dit depuis la rédaction de la charte qu’il faut que les Burkinabè de l’étranger puissent voter cette année 2015. Et donc il va falloir organiser le recensement et mettre tout le dispositif en place pour permettre aux Burkinabè de l’étranger de voter pour choisir le président du Faso.

Vous avez également dissous les conseils municipaux et régionaux, pourquoi fallait-il prendre une telle mesure ? Est-ce pour suivre la population pour contenter une partie de l’opposition qui veut tout refondre ?

Non. La question des conseils municipaux, vous savez que la plupart des mairies étaient dirigées par les militants de l’ex-parti au pouvoir, le CDP, qui est fortement contesté et donc lors des évènements des 30 et 31 octobre, beaucoup de maires avaient fui leur localité. Quand vous regardez, le maire est CDP, le premier adjoint au maire, CDP, donc il était impossible pour ces conseils municipaux de continuer à exercer. Et pour ne pas créer des conflits au sein de nos communautés, nous avons estimé qu’il était bon de dissoudre les conseils municipaux et que l’Administration publique, qui est neutre, puisse assurer la gestion par des délégations spéciales en attendant les élections générales de fin 2015.

Est-ce qu’il y aura des audits sur la gestion des communes pendant la Transition ?

Nous y pensons mais il y a tellement d’audits à faire au sein des ministères, au sein des sociétés d’Etat, au sein des collectivités, que ça ne sera pas forcément dans toutes les mairies, mais dans certaines mairies qui peuvent être ciblées.

En faisant un retour sur les événements des 30 et 31 octobre dernier, certains disent que vous êtes de ceux-là, en l’occurrence l’armée, qui ont permis d’éviter qu’il y ait un bain de sang. Qu’avez-vous fait exactement ?

Si c’est ce qui a été dit, certainement que ceux qui ont dit cela ont suivi les évènements. Pour ma part, j’estime qu’à un moment donné de notre histoire, il fallait choisir soit d’obéir à des ordres et avoir contre soi le peuple, ou alors se ranger du côté du peuple bien sûr après avoir désobéi à des ordres. Je pense que nous avons fait un choix et nous ne regrettons pas ce choix-là.

Mais aux toutes premières heures de la prise de pouvoir par l’armée, on a assisté à une sorte de cacophonie avec d’abord le Général Honoré Nabéré Traoré qui se déclare chef de l’Etat, et ensuite c’est vous. Que s’est-il exactement passé ? Qu’est- ce qui a été dit au Gal Nabéré Honoré Traoré pour qu’il abdique ?

Je voudrais d’abord vous dire que le Gal Honoré Nabéré Traoré qui est le chef d’état-major général des armées est un officier digne et responsable. Il a donc fait une déclaration dans le souci d’éviter qu’il y ait un bain de sang aussi. Parce qu’il avait anticipé, il avait compris qu’il était possible qu’une partie de l’armée soit utilisée contre le peuple. Et donc c’est pour éviter ce bain de sang qu’il a fait sa déclaration. Malheureusement, 24 heures après sa déclaration, il n’y avait pas encore eu une évolution, la situation d’ailleurs empirait et nous avons estimé qu’il fallait que nous prenions les devants, compte tenu du fait que nous avons un certain avantage d’être avec les hommes. Nous sommes sur le terrain avec les hommes, notre prise de position peut encourager les militaires à prendre définitivement parti pour le peuple. Et c’est ce que nous avons fait. Lorsque nous avons fait notre déclaration, le Gal Honoré Nabéré Traoré, en toute responsabilité, je le répète, a invité toute la hiérarchie militaire dans son bureau à l’état-major général et il nous a confié la charge de la Transition. Et lui est resté disponible pour nous accompagner par les conseils et tout ce qu’il pouvait faire pour que cette transition réussisse, surtout nous inviter à maintenir la cohésion au sein de l’armée parce qu’il s’agissait du peuple, il ne s’agissait pas d’un individu en fait. En tout cas, ce qui était important, c’était que l’armée se range du côté du peuple pour éviter qu’il y ait en tout cas le chaos au Burkina.

L’ancien Président Blaise Compaoré, depuis son exil à Yamoussoukro, a parlé de complot contre lui. Est-ce que vous pensez avoir pris part à ce complot ?

Je n’avais pas connaissance d’un quelconque complot, les choses sont arrivées très vite et il a fallu se décider en l’espace de quelques instants. On n’a pas eu le temps d’ourdir des complots. J’étais de la sécurité du président Compaoré, si c’était un complot pourquoi attendre les 30 et 31 octobre pour le faire ?

Quelles relations vous, personnellement, entreteniez avec la famille Compaoré parce d’aucuns pensent que vous ne pouvez pas être le n° 2 de la Garde de sécurité présidentielle et « trahir » le président du Faso ? Quelles étaient vos relations avec le Président Blaise Compaoré ?

Je n’avais pas de relations personnelles parce que pour moi le président Compaoré c’est une institution de la République et en tant que militaire j’avais une mission d’assurer la sécurité de cette institution. Ça s’arrêtait là.

Vous avez un supérieur, le Gal Diendéré, quel a été son rôle dans l’action qui vous a conduit à la tête de l’Etat au lendemain des évènements de fin octobre dernier ?

J’étais moi-même tellement occupé à jouer mon propre rôle que je n’ai pas véritablement pu suivre ce que les uns et les autres ont tous fait. Je pense que le Gal Gilbert sera certainement disposé à répondre à votre question.

Et quels sont vos rapports avec lui ? Est-ce des rapports professionnels ou familiaux ?

C’est des rapports professionnels.

Lors de la passation des charges avec le président de la Transition, il a été question de transformer le monument aux héros nationaux en panthéon des martyrs de la Révolution d’octobre 2014, comment est-ce que concrètement cela va se traduire ?

Alors, il y a une commission qui a été créée au sein du ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité, qui est en train de réfléchir, qui est en train de faire des propositions. Nous avons déjà reçu certaines propositions, nous avons donné des orientations mais nous attendons le rapport final. Parce que la volonté du chef de l’Etat a été exprimée, nous avons compris ce qu’il veut et donc nous avons confié le travail à des spécialistes afin de rendre concrète cette volonté du chef de l’Etat.

Les corps des victimes seront-ils inhumés dans ce panthéon aux martyrs ?

Non. Je pense que le panthéon n’est pas nécessairement un cimetière. Du reste, nous avons déjà pris les dispositions pour l’inhumation des 7 derniers corps au cimetière militaire de Gounghin. Cette inhumation va se faire le mardi prochain, donc au niveau du panthéon, il y aura certainement quelque chose, un mémorial avec l’inscription des noms et tout mais les corps seront inhumés en toute dignité au cimetière militaire de Gounghin.

Y aura-t-il le deuil national souhaité par beaucoup ?

Oui, il y aura une journée nationale d’hommage et de deuil qui est prévue jusqu’à présent pour le 4 décembre 2014, mais comme il y a tellement d’évolutions, nous attendons de confirmer cette date avant de la rendre officielle.

La date du 21 novembre était le délai fixé pour le dépôt des listes par les différentes composantes de leurs membres au sein du Conseil national de Transition (CNT). Tous étaient-ils au rendez-vous ?

Toutes les composantes avaient transmis leurs listes mais il y avait une liste notamment celle de la société civile qui avait été contestée parce que la désignation des représentants n’avait pas respecté un mode de désignation consensuelle et transparent. Donc la société civile avait souhaité reprendre en confiant la désignation à un collège de désignation plus consensuel, accepté et crédible. Donc cela a été fait et aujourd’hui elle a transmis une liste avec laquelle tout le monde est d’accord. Nous avons tous les membres du conseil national de transition qui sont désignés.

Est-ce que cette bataille de chiffonniers qui a eu lieu autour de la désignation de certains membres n’entame pas la crédibilité et la légitimité du Conseil national de transition ?

Non, nous ne pensons pas. Au contraire, quand il y a des discussions, des contestations, cela veut dire que l’opinion de tout un chacun est prise en considération. Nous ne voulons pas que les gens puissent accepter parce que souvent quand on accepte sans rien dire peut-être qu’on est victime d’une certaine dictature d’un clan sur l’autre. Mais nous avons été heureux de savoir que tout le monde au sein de la société civile pouvait s’exprimer et que son point de vue était pris en considération. Aujourd’hui, la liste que nous avons est une liste qui est véritablement acceptée par tout le monde et nous nous réjouissons pour cela.

Au niveau de la société civile, il y a un certain nombre d’individus qui sont mis en cause. On leur reproche leur appartenance à des partis ou formations politiques ?

Mais cette question ne peut pas être tranchée par le gouvernement. Nous allons soumettre la liste au Conseil constitutionnel qui pourra valider ou invalider certaines candidatures.

Est-ce que la liste a été déjà soumise au Conseil constitutionnel puisque la première session du CNT a eu lieu ce jour 27 octobre 2014 ?

La liste n’a pas encore été transmise parce que nous n’avons pas une plainte qui a été portée à notre connaissance. Nous entendons comme vous qu’il y a des contestations mais de façon officielle, nous n’avons pas été saisi en tout cas pour dénoncer certains noms. Lorsque nous serons saisi, nous pourrons déposer cette lettre au niveau du Conseil constitutionnel.

La première session a déjà eu lieu à l’hôtel du député à Baoghin. Doit-on comprendre que c’est là que va siéger le CNT ?

Bien sûr, le CNT et même l’Assemblée nationale qui sera élue en 2015, parce que vous savez l’hémicycle a été complètement brûlé. Nous allons entreprendre certainement une reconstruction mais cela ne peut pas se faire avant la mise en place de l’Assemblée nationale.

Quelle sont vos attentes d’une manière générale de ce CNT, quelles sont les priorités qu’il doit dégager?

Le CNT doit légiférer sur des questions préoccupantes de l’heure. Il y a déjà la question de l’article 37 de la Constitution. Il faut que le CNT se penche très rapidement là-dessus pour limiter défensivement, verrouiller de manière ferme et définitive l’article 37 de notre Constitution. Au niveau du gouvernement, nous pensons déjà introduire des projets de lois sur la lutte contre la corruption, un certain nombre de sujets en tout cas que nous allons soumettre au CNT mais à son propre niveau, il doit par exemple réviser le code électoral. Il y a des questions qui sont d’actualité et je pense que le CNT ne va pas chômer.

Comment va se faire la prise en charge des membres de ce Conseil ?

Nous allons demander au ministre des Finances de faire des propositions parce qu’il y a un budget qui était alloué à l’Assemblée passée et donc nous pouvons reconduire ce budget et faire même une allocation spéciale parce que c’est une situation spéciale que nous vivons afin que le CNT puisse fonctionner dans de bonnes conditions.

Etes-vous de ceux qui pensent justement que comme c’est une situation exceptionnelle, les membres du CNT ne doivent pas bénéficier d’émoluments et d’avantages qu’avaient les députés de la précédente législature?

Certainement qu’ils n’auront pas les avantages des précédents députés mais ils auront une allocation qui leur permettra de travailler dans de bonnes conditions.

Mais comment va se faire d’une manière générale l’attelage Présidence de la Transition, gouvernement, Conseil national de transition ?

Au niveau du gouvernement, nous avons un ministère notamment celui de la Communication qui est chargé aussi des relations avec le Conseil national de la Transition. Nous pensons qu’à ce niveau, il y aura une bonne coordination pour qu’il n’y ait pas de blocage.

En tant que Premier ministre et ministre de la Défense, sur des questions de réconciliation nationale, quand par exemple on prend l’aspect armée nationale, le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), est-ce vous aller le dissoudre comme beaucoup pensent dans l’opinion nationale ?

Nous allons effectivement nous attaquer à certaines réformes au sein de l’armée. Ces réformes étaient appelées depuis longtemps par un certain nombre de personnels des forces armées nationales et aujourd’hui par l’ensemble du peuple, nous le comprenons. Nous allons voir quelle mission confier au Régiment de sécurité parce que nous n’entendons pas avoir un RSP qui soit là en train de sécuriser un individu.

Quelle est la menace pour le Burkina Faso et ses institutions ?

La menace se trouve au niveau du terrorisme, le grand banditisme, le chômage. Ce sont les menaces véritables pour le peuple burkinabè. Donc l’armée qui fait partie du peuple doit avoir ses missions qui lui sont désignées au regard de ces menaces. Nous pensons qu’un RSP qui dispose d’énormes moyens avec du personnel bien formé peut se voir confier une mission sur toute l’étendue du territoire national dans le sens de la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme, pour sécuriser les personnes et les biens, et bien sûr, au regard de la mission, le nom va changer. En ce qui concerne la sécurité du président, vous pouvez déjà voir ce que nous avons pu faire chez le président Kafando, où vous allez retrouver des forces de police, de gendarmerie et des militaires.

Comme ce qui avait été dit dans la Constitution et aussi par le Collège de sage, il y a une dizaine d’années ?

Nous avons déjà appliqué tout ça. Moi-même je suis gardé par des militaires et des gendarmes et chez le président du Conseil national de la transition cela va être la même chose. Il n’y aura plus une unité qui est et qui se voit confier la mission de sécuriser un homme et sa famille.

Et comment éviter la confusion du genre dans l’uniforme des militaires quand on a ceux qui arborent «PF» et d’autres, avec le Drapeau burkinabè ?

Aujourd’hui, tous les militaires ont le même uniforme, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, au RSP actuellement, tout le monde porte la tenue terre du Burkina comme tous les militaires du Burkina. L’ancienne tenue a été déclassée depuis les premières heures de notre arrivée.

Monsieur le Premier le ministre, vous avez dit qu’on procédera à l’enterrement de ceux qui sont tombés lors de l’insurrection populaire, concrètement, en dehors du deuil national, qu’est-ce qui sera fait pour tous ces martyrs ?

Déjà, la commission que nous avons créée au sein du ministère de l’Administration territoriale a réfléchi sur le cérémonial d’inhumation. Dans un second temps, nous avons la commission de la réconciliation nationale qui va certainement faire des propositions allant dans le sens de comment réconcilier les Burkinabè entre eux et comment indemniser les familles des victimes. Nous attendons d’abord que cette commission soit mise en place, qu’elle réfléchisse et qu’elle nous fasse des propositions concrètes. Mais nous pensons qu’il est juste et bon dans l’esprit de la réconciliation que nous puissions avoir un regard vers ces familles qui ont été endeuillées, privées des leurs. La nation doit pouvoir faire quelque chose allant dans le sens de les indemniser.

Le bilan des dégâts de l’insurrection populaire a révélé que des biens publics et privés ont été touchés. Est-ce que quelque chose sera également fait pour ces personnes particulières qui ont été touchées ?

Nous sommes en train de travailler à remobiliser des ressources pas seulement pour cela mais de façon générale pour injecter dans des secteurs cruciaux, dans les secteurs sociaux pour reconstituer les stocks alimentaires parce que vous savez que les stocks de riz des élèves ont été pillés et leurs reconstitutions est une priorité pour nous. Nous avons des partenaires qui se sont engagés pour nous accompagner. Pour ce qui concerne spécifiquement l’indemnisation des personnes qui ont connu des pertes matérielles, nous allons les soutenir. Nous ne pouvons pas payer au centime près, mais il faut que nous travaillions à faire en sorte que ces personnes ne tombent totalement en faillite parce lorsqu’une usine ferme, ce n’est pas seulement le propriétaire de l’usine qui est perdant, mais il y a aussi tous ses employés qui vont aller au chômage et toutes les familles qui sont derrière qui vont en souffrir. Ces enfants qui n’auront plus la scolarité, donc nous pensons qu’il faut maintenir cet outil de production dans l’intérêt de la nation. Donc, nous allons travailler à ce qu’il y ait une indemnisation matérielle des personnes qui ont perdu des biens au cours des événements.

Selon une certaine opinion, le fait que certaines personnes privées qui ont eu les biens détruits est dû aux accointances qu’elles avaient avec le régime déchu. Aller dans le sens d’indemniser tout le monde, est-ce que vous n’allez pas faire des frustrés ? Comment faire le distinguo pour rendre vraiment la justice ?

C’est une autre paire de manches. La justice va faire son travail parce qu’il y a des dossiers de crimes économiques qui seront ouverts. Si à l’issue des enquêtes, l’on se rend compte que l’usine que nous avons indemnisée appartient à quelqu’un qui avait soutiré l’argent du peuple, on trouvera des moyens de la récupérer pour qu’elle revienne à l’Etat.

Allez-vous nationalisez des usines ?

S’il le faut, nous allons nationaliser des entreprises, parce que ce qui a été construit avec l’argent du peuple doit revenir au peuple.

Est-ce qu’il y a de l’argent pour indemniser tout le monde ?

Il peut y avoir de l’argent si nous allons le chercher là où il se trouve.

2) «Il n’y a pas eu deal entre le président et moi»

3) «Monsieur Adama Sagnon a été un choix personnel du Premier ministre»
4) «J’étais de la sécurité du président Compaoré, si c’était un complot, pourquoi attendre les 30 et 31 octobre pour le faire?»

5) A en croire le chef du gouvernement, le CNT et même le futur Parlement siègeront à l’hôtel du député à Baoghin

Source: Présidence du Faso

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