Burkina Faso : l’instance de régulation des médias au cœur de la polémique

Burkina Faso : l’instance de régulation des médias au cœur de la polémique

La mesure du Conseil supérieur de la communication visant la suspension pour 3 mois des émissions d’expression directe passe mal au sein des organisations professionnelles des médias.

Depuis que le Conseil supérieur de la communication (CSC) a décidé, à compter du 7 mai dernier, de la suspension pendant trois mois des émissions d’expression directe, plus rien ne va entre l’institution et les organisations professionnelles des médias. Le CSC, dirigée par Nathalie Somé, dit avoir pris cette mesure suite à des interpellations sur de « graves » dérives, constatées dans la conduite desdites émissions.

Mais les organisations de médias, tels l’Association des journalistes du Burkina (Ajb) et le Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (Synatic), crient à l’atteinte à la liberté d’expression. « L’AJB relève le caractère paradoxal et liberticide de la mesure qui émane de l’instance de régulation censée promouvoir la liberté d’expression et le droit à l’information selon ses attributions », souligne son président, Guézouma Sanogo, dans une déclaration. Pour lui, le peuple burkinabè considère que la liberté d’expression fait partie des conquêtes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. « Interdire ou suspendre ces espaces d’expression directe, c’est lui priver non seulement du droit à l’expression, mais aussi du droit de contribuer à l’orientation et aux décisions politiques le concernant ».

Le Synatic a aussi crié au scandale, décriant un recul dans la promotion des libertés publiques. Nombre de travailleurs des médias regrettent la prise de pareille mesure, qu’on n’avait pas vu sous le régime « dictatorial » de Blaise Compaoré.

Face à la polémique, le CSC a tenté de jouer la carte de l’apaisement avec les organisations des médias, mais la contestation n’a pas faibli. Les organisations estimant que l’institution n’avait pas à mettre tous les médias dans le même panier, mais devrait plutôt sanctionner les fautifs. C’est actuellement le désamour entre les deux parties. Conséquence : les organisations des médias prévoient tenir un sit-in le 27 mai prochain devant le siège du CSC, pour demander une fois de plus la levée de la mesure polémique. Le gouvernement n’a pas encore officiellement réagi à cette crise, qui mine profondément la presse burkinabè.

Patrick Demaison

Source: Afrique Actualite

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

CLOSE
CLOSE