Burkina Faso : Norbert Zongo, l’autre fantôme de Blaise Compaoré

Burkina Faso : Norbert Zongo, l’autre fantôme de Blaise Compaoré

Un deuxième assassinat entache l’ère Compaoré au Burkina : celui du directeur de “L’Indépendant”, Norbert Zongo, qui enquêtait sur un homicide impliquant François, le frère du président. C’était il y a tout juste seize ans, le 13 décembre 1998.

Ils se vendaient comme des petits pains début novembre : des documents prétendument saisis dans la maison du frère de Blaise Compaoré, François, et censés démontrer son implication dans l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, le 13 décembre 1998. “On y a trouvé le dossier d’instruction, des reçus de paiement, des lettres manuscrites. Tout cela montre à quel point il était informé”, indique Abdoulaye Diallo, le gestionnaire du centre de presse Norbert-Zongo, qui a entrepris de collecter toutes ces “preuves” et envisage de déposer, à la date symbolique du 13 décembre, une demande de réouverture du dossier devant la justice.

L’assassinat de Zongo et de trois de ses compagnons alors qu’ils étaient partis en week-end dans le sud du pays est le deuxième fardeau du clan Compaoré – celui qui a mis en évidence le rôle joué par François auprès de son frère. Poil à gratter du régime, le directeur de L’Indépendant faisait la fierté des journalistes burkinabè. Il enquêtait depuis un an sur la disparition de David Ouédraogo, le chauffeur de François Compaoré accusé de vol et torturé à mort par des éléments du régiment de la sécurité présidentielle (RSP) en janvier 1998, quand son corps et celui de ses compagnons ont été retrouvés carbonisés dans un véhicule.

Un séisme politique

L’annonce de cet assassinat avait choqué tous les Burkinabè et provoqué un séisme politique. Pressé par la rue, Compaoré avait dû se résoudre à lâcher du lest (et notamment à limiter le nombre de mandats présidentiels). Mais l’affaire a tout de même été enterrée. En 2006, le juge d’instruction a prononcé un non-lieu en faveur du seul accusé, Marcel Kafando, et a curieusement clos l’enquête. Dans un arrêt daté du 28 mars 2014, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, basée à Arusha, a mis en évidence les carences de l’instruction.

Malgré les nombreux obstacles auxquels elle a été confrontée (dressés notamment par l’armée), la commission d’enquête indépendante mise sur pied en 1999 a pointé les responsabilités, tant dans la mort de Ouédraogo que dans celle de Zongo. Six éléments du RSP y sont cités comme étant de sérieux suspects. Aujourd’hui, quatre ne sont plus de ce monde, dont Marcel Kafando. Les deux survivants sont Christophe Kombacere et Banagolo Yaro.

Le rapport souligne en outre les rôles joués par Gilbert Diendéré, le patron du RSP, et par François Compaoré, sur lequel Zongo enquêtait. Mais ces deux-là n’ont jamais été inquiétés par la justice. Comment aurait-il pu en être autrement, alors qu’ils étaient considérés comme les hommes les plus puissants du régime après le président lui-même ?

Diendéré, l’homme qui sait

Diendéré est au coeur de toutes les énigmes du régime Compaoré. Ce sont ses hommes qui ont tué Thomas Sankara en 1987. Ses hommes encore qui ont torturé à mort David Ouédraogo et (probablement) assassiné Norbert Zongo en 1998. En septembre 1989, c’est lui qui a déjoué un putsch contre Compaoré, prétendument fomenté par les numéros deux et trois du pouvoir, le commandant Jean-Baptiste Lingani et le capitaine Henri Zongo, et qui a fait exécuter ceux-ci. Diendéré, qui fut pendant vingt-sept ans le bras droit de Compaoré, a été démis de ses fonctions de chef d’état-major particulier du président le 27 novembre. Il sait tout. Mais parlera-t-il ?

About admin

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*