Burkina Faso: Pourquoi Zida et le RSP ne peuvent plus s’entendre

Burkina Faso: Pourquoi Zida et le RSP ne peuvent plus s’entendre

A seulement 4 mois des présidentielles, une nouvelle crise a éclaté le premier ministre burkinabè Yacouba Isaac Zida et le RSP, l’ancienne garde rapprochée de l’ex président Blaise Compaoré accusée de fomenter un complot contre lui. Un contentieux explosif qui n’a cessé de croître au cours de la transition.

Un premier clash puis un deuxième suivi d’un troisième fin juin. Entre le Premier ministre burkinabé Yacouba Isaac Zida et le Régiment de sécurité présidentielle (RSP), les incidents se répètent quasiment chaque trimestre et rythment la vie de la transition militaro-civile post Blaise Compaoré.

Crises à répétition

Evoquées sous forme des rumeurs, les tensions entre le PM et son ex-régiment se confirment pour la première fois le 31 décembre 2014. Ce jour-là, un commando pénètre en pleine salle du conseil de ministres, interpelle manu militari le Yacouba Isaac Zida et l’emmène au casernement de la sécurité présidentielle. A l’issue de négociations houleuses, un compromis est mis au point sous la forme suivante: Zida reste à son poste mais renonce à son projet d’affectations concernant le général Gilbert Diendéré (ambassadeur à La Havane), le colonel-major Boureima Kéré (Attaché de défense à Addis-Abeba) et Moussa Céleste Coulibaly (Office de liaison pour l’Afrique de l’Ouest, ALAO). Tout le monde respire, la transition vient de surmonter sa première vraie convulsion.

C’est donc contre toute attente que se produit le 8 février dernier le deuxième clash entre Zida et le RSP. Cette fois-ci, les choses semblent bien plus sérieuses. Pourchassé par ses frères d’armes, le PM ne trouve le salut que grâce à son refuge chez le Moro Naba, Roi des Mossis, auquel il était venu demander protection. Le contentieux porte non plus sur les affectations mais sur l’avenir du RSP qui soupçonne Yacouba Isaac Zida de travailler à sa dissolution. Des négociations sont alors engagées sous l’égide du Général Diendéré qui obtient que les insurgés renoncent à exiger le départ du PM de son poste et qu’il s’engage en échange à ne pas dissoudre le RSP. Cet engagement a donc été pris avant même les travaux de la commission ad hoc sur l’avenir du RSP dont la direction a été confiée, comme si c’était un hasard, au général Gilbert Diendéré.

Dernier clash

A juste raison, on pensait que cet accord soldait définitivement le contentieux entre les deux parties. On avait suffisamment des raisons d’avoir cette lecture optimiste de l’avenir puisqu’entre temps la commission a recommandé le maintien du RSP et que le PM s’y était publiquement engagé en avril devant le Conseil national de transition (CNT). C’est donc à la surprise générale que se produisit fin juin le troisième incident majeur entre Zida et le RSP. Au motif que son chef de corps Moussa Céleste Coulibaly, ancien aide-de camp de Blaise Compaoré, et deux capitaines ont été convoqués pour audition par la gendarmerie, des éléments du RSP ont tiré à l’arme lourde dans la nuit de lundi à mardi derniers à Ouagadougou, obligeant le PM en visite à l’étranger à poser son avion non pas à l’aéroport mais à la base aérienne 511.

Si lors des deux premiers clashs, les revendications avaient une tonalité corporatiste, cette fois elles ont pris une tournure politique. A l’exigence constante du départ du PM de son poste est venu se greffer la demande de renvoi du gouvernement de tous les militaires. Il s’agit du colonel Auguste Barry à l’Administration territoriale, du Colonel Ba Boubakar aux Mines et à l’Energie et du colonel David Kabré aux Sports.

Rupture du pacte de confiance

Des négociations sont en cours pour trouver un terrain d’entente et permettre à la transition de se poursuivre. Pour autant, rien n’écarte, même si elles aboutissaient, l’avènement d’un nouvel incident. Car il y a, en vérité, derrière ces incidents, une raison profonde: la rupture de la confiance entre le PM et le RSP qui l’accuse de trahison.

Il n’est un secret pour personne que Gilbert Diendéré, Boureima Kéré, Moussa Céleste Coulibaly et bien d’autres éléments du RSP ont pesé de leur poids pour que Zida l’emporte dans le bras de fer qui l’a opposé début novembre 2014 au général Nabéré Traoré, chef d’état-major général de l’armée burkinabé, pour le poste de chef de l’Etat laissé vacant par la fuite de Blaise Compaoré. Devenu président de transition puis Premier ministre, sous la pression de la communauté internationale, Zida s’est affranchi de ses ex-mentors. Il s’est rapproché plutôt des organisations de la société civile, des partis politiques et a bénéficié de l’appui des partenaires du Burkina.

C’est sur ses conseils, en sa qualité de ministre de la Défense, que le président Michel Kafando met fin dès novembre aux fonctions de chef d’état-major particulier alors exercé par le général Diendéré. La décision passe comme une lettre à la poste et donne à Zida envie de marquer son territoire face à ses anciens soutiens dans la haute hiérarchie militaire. D’où l’idée de procéder aux affectations auxquelles il a finalement été contraint de renoncer. Le projet de restructuration voire de dissolution du RSP finalement abandonné, lui aussi, procède de la même intention. Que s’est-il alors passé pour que le rapport des forces devienne défavorable à Zida?

Zida affaibli

Le temps faisant son oeuvre, les alliés de la première heure du PM sont retournés à leurs occupations, le laissant seul face au RSP. Les partis sont en effet désormais plus préoccupés par la préparation des échéances électorales que par le maintien d’un axe avec Zida et la Société civile. Comme souvent, la Communauté internationale, qui estime que l’urgence burkinabé est passée, ne peut plus être d’aucun secours pour le PM. Et cela se comprend avec des crises nettement plus pressantes au Burundi, au Soudan du Sud et ailleurs.

L’affaiblissement de Zida ne peut donc que profiter au RSP qui pousse l’avantage après avoir obtenu gain de cause sur les affectations et sur sa non dissolution. Mais l’enjeu est même bien plus important qu’il n’y parait. En sortant ses muscles, le régiment de la sécurité présidentielle adresse une mise en garde aux autorités judiciaires, si jamais elles souhaitaient demander demain des comptes à ses membres sur des dossiers emblématiques tels que la mort du journaliste Norbert Zongo ou l’assassinant de Thomas Sankara. Le compromis serait alors bien plus difficile à trouver et les nouvelles convulsions pourraient alors mettre en danger la transition censée s’achever en octobre par des législatives et la présidentielle.

Par Francis Sahel

Source: Mondafrique

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