Burkina Faso: Une adolescente « esclave » recouvre la liberté

Burkina Faso: Une adolescente « esclave » recouvre la liberté

Le destin n’a pas ménagé Fouriétou, une adolescente qui vivait au secteur 30 de la capitale burkinabè, Ouagadougou. Très tôt Fouriétou a perdu son père. Et comme le veut la coutume, sa mère se remaria à un de ses oncles, dans un village près de Kaya, dans le Centre-Nord, à quelque 105 km de Ouagadougou. Alors, on déracina Fouriétou et ses cinq frères et sœurs de leur milieu « naturel » et des écoles qu’ils fréquentaient.

Cet événement allait marquer l’enfant âgée alors de 12 ans. A longueur de journée, c’étaient des corvées d’eau à n’en pas finir. Puis il fallait balayer la cour, laver les ustensiles de cuisine, faire la cuisine… Et il y avait les querelles incessantes entre sa mère et les deux premières épouses de son oncle.

Dans sa tête de petite fille, elle se disait que tout allait finir par s’arranger, que quelqu’un dans la famille allait un jour leur venir en aide, elle et toute la fratrie. Mais elle allait très vite déchanter. Et pour cause ! Un soir où elle était de cuisine, sa mère surprit une de ses coépouses versant une poudre dans sa sauce. Elle demanda des comptes à cette personne indélicate et se fit copieusement insulter. Alors le ton monta très vite et par finir, elles en vinrent aux mains. Le mari, qui tomba sur la scène, leur intima l’ordre d’arrêter de se crêper le chignon. La maman de Fouriétou, s’estimant naïvement dans son bon droit, crut bon d’expliquer au mari ce qui s’était passé. Elle n’en eût pas le temps. Le mari se jeta sur elle et la battit copieusement.

Fouriétou, qui était, somme toute, assez brillante à l’école, vit ses notes aller decrescendo, et son insouciance juvénile se transformer en cauchemar. La fillette se replia sur elle-même… Puis un beau matin d’avril, n’y tenant plus, elle prit quelques bricoles et s’en alla loin de chez elle. Ayant mis quelque argent de côté, elle put s’offrir un voyage aller simple jusqu’à Ouagadougou. Elle alla directement chez sa tante Mariama, sa tante du côté maternel, qui, du vivant de son père, habitait juste derrière leur maison. Celle-ci la reçut avec enthousiasme mais se garda bien de lui demander tout de suite l’objet de sa venue, préférant attendre le moment opportun tout en surveillant les faits et gestes de la jeune fille.

Une adolescente esclave recouvre la liberté 2 Burkina Faso: Une adolescente « esclave » recouvre la liberté

Le soir venu, Fouriétou lui expliqua le calvaire, entre deux sanglots, qui est le sien dans sa famille recomposée. Mariama, une simple vendeuse de condiments, n’était pas pleine aux as, mais avait un grand cœur. Elle aussi avait perdu son mari et vu son âge assez avancé, décida contre vents et marées de rester dans la cour de son mari et d’élever seule ses quatre enfants. Elle écrivit à sa sœur, l’informant de la venue chez elle de sa fille. La maman de Fouriétou, qui cherchait elle-aussi une porte de sortie, la supplia de ne point laisser Fouriétou revenir au village. Même si elle devait lui trouver un travail de fille de ménage, il ne fallait pas qu’elle revive le même calvaire. C’est ainsi que Fouriétou enterra tous ses rêves de jeune fille innocente et accepta de travailler pour subvenir à ses besoins afin de ne pas constituer une charge supplémentaire pour sa tante.

Ainsi, l’adolescente fut engagée par une dame, secrétaire de son état. Selon les termes du contrat, elle devait s’occuper du nettoiement, de la cuisine. Quant à la lessive, elle se ferait tous les dimanches. Pendant cinq mois, tout sembla bien se passer, puis cela se gâta. Prétextant un vol de numéraires, la dame congédia Fouriétou et refusa de lui verser son argent du mois qui s’élevait à 6000 F CFA. Dans son malheur, la petite ne manqua pas totalement de « chance », du moins c’est ce qu’elle croyait. Quelques jours après ce fâcheux incident de parcours, elle trouva un autre emploi chez Tantie Margot. Mais cette fois-ci, son employeur habitait au secteur 19, un quartier très éloigné du secteur 30. Mais le jeu en valait la chandelle car son salaire allait augmenter de 1500 FCFA. « De mieux en mieux », se dit-elle. Quelques mois après avoir commencé ce nouveau job, Fouriétou fit la connaissance d’une femme si « aimable » qu’elle l’appelait « maman ».

 

La femme lui faisait des cadeaux et finit par la débaucher à l’insu de son employeur et même de sa tante. Elle lui disait de ne plus chercher à voir quelqu’un d’autre, qu’elle s’occuperait bien d’elle, qu’elle aurait tout ce dont elle rêvait. Un beau matin, Fouriétou fila à l’anglaise, sans laisser de trace. Pendant plus de six mois, la tante de Fouriétou n’eut pas de nouvelle d’elle. Au septième mois, elle se rendit chez la dame qui lui dit : « Je pensais qu’elle était partie chez vous. Un jour je suis revenue de service et je ne l’ai pas trouvée à la maison. » La tante de Fouriétou se dit alors que la petite avait mal tourné, comme certaines de ces filles qui viennent chercher du travail en ville. « J’espère au moins qu’elle ne vous a rien volé ? », demanda-t-elle à la dame. « Oh ! Non ! », répondit son vis-à-vis. « C’est une fille très sérieuse qui pour rien au monde ne volerait un kopeck… Je ne sais pas ce qui l’a prise… Elle était si bien… », soupira-t-elle. Sur ces entrefaites, la visiteuse prit congé.

Depuis ce jour, elle entreprit des recherches trop basiques pour permettre de retrouver Fouriétou : le bouche-à -oreille. Pendant plus d’un mois, elle s’accrocha à l’idée que la fille réapparaitrait un beau jour. En vain. Pourtant elle ne voulait pas entreprendre des démarches auprès de la gendarmerie, craignant que sa sœur apprenne la disparition de son enfant. On pourrait l’accuser de l’avoir vendue aux trafiquants d’enfants. Cependant, sur les conseils de ses voisins, elle se résolut à déposer une plainte . Cela fut fait à la gendarmerie. Toutes les personnes (connues de sa tante) ayant employé Fouriétou furent entendues. Les soupçons pesaient lourdement sur la dernière personne à l’avoir vue avant sa disparition, c’est-à-dire la dame du secteur 19, Tantie Margot. La gendarmerie procéda à une perquisition des maisons de la tante de Fouriétou et de Tantie Margot. Sans succès. Accusée d’avoir vendu sa fille au plus offrant, la mère de Fouriétou fut « chassée » et affublée de l’abominable injure de « sorcière ». Quant à ses autres enfants, ils lui furent tout simplement arrachés.

N’ayant nulle part où aller, la pauvre femme se réfugia chez sa sœur à Ouagadougou. Et tous les jours, pendant des mois, elle arpentait les rues de la capitale à la recherche de sa fille. A la gendarmerie, on lui répétait inlassablement que tout était mis en œuvre pour la retrouver. Il a fallu qu’un témoin alerte la gendarmerie de la présence dans une cour d’une fille qui aurait l’air terrorisée. Lorsque les gendarmes se rendirent au lieu indiqué, le grand portail était fermé à clef. On dut attendre l’arrivée de la maîtresse des lieux pour y entrer. C’était une femme bien habillée dans son grand bazin brodé et sentant bon. Une dame comme il faut, quoi ! Elle descendit de sa moto et ayant soudainement compris la situation, voulut décamper. Mais les agents l’en empêchèrent. Après l’avoir maitrisée, ils trouvèrent dans la cour Fouriétou qui tremblait de tous ses membres, l’air hagard. Elle était alors âgée de 14 ans, mais on ne lui en donnerait que 11 ou 12, tant elle avait dépéri. La femme s’expliqua : elle avait eu la fille par l’intermédiaire d’une racoleuse qui livre des filles de ménage moyennant finance aux personnes qui lui en font la demande.

Lorsque Fouriétou raconta son calvaire à la gendarmerie, devant sa tante et sa mère, celle-ci tomba et s’évanouit… La femme maltraitante avait dans un premier temps enfermé et privé de nourriture Fouriétou pendant plusieurs jours. Elle était également battue régulièrement pour la « ramollir » et la rendre moins rebelle. A tel point que la petite finit par craindre toute personne qui tentait de l’approcher. Grâce à la dénonciation d’un témoin, Fouriétou est aujourd’hui hors de danger, même si les plaies de cette horreur prendront beaucoup de temps pour se cicatriser. Mais combien d’enfants sont emprisonnés dans des arrière-cours, maltraités et affamés par des personnes indignes de l’appellation « humains ».

Source: Sidwaya

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