Candidature unique à la présidentielle 2015: Bédié et Ouattara préparent l’imposture

Candidature unique à la présidentielle 2015: Bédié et Ouattara préparent l’imposture

Le sujet mérite qu’on s’y attarde. C’est tout de même du Pdci qu’on parle. Le vieux parti construit par Félix Houphouët-Boigny.

On le sentait venir sans finesse, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Il aurait voulu y aller discrètement. En cachette, qu’il n’y aurait pas réussi. Car la finesse et le doigté n’ont jamais été son fort, d’autres diraient, sa tasse de thé. Mais ce breuvage n’est pas non plus ce dont il raffole. Bédié a fini par donner le Pdci à Ouattara. La nouvelle fait des vagues. Pour tout dire, les parrains et les auteurs de la rébellion du 19 septembre 2002, dont les commanditaires ont passé plus de dix ans à nier leur forfait, viennent enfin, symboliquement et de façon très officielle, de passer aux aveux. Ils viennent de reconnaître la paternité de la guerre, du drame et des tueries imposés à la Côte d’Ivoire pendant des années.

Les alliés dans la rébellion

Comme pour dire au monde entier qu’il a été un acteur majeur de cette rébellion qui a débouché sur le renversement de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011, le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié, dans un art, pas très consommé de la mise en scène, a fait venir à Daoukro, sa ville natale, son co-auteur de la destruction de la Côte d’Ivoire. Ce, pour qu’ensemble, ils déclarent leur complicité et annoncent à tous les sceptiques, la finalisation du sombre dessein mis en forme à Marcoussis, en 2003. Le débat savamment alimenté par le camp Bédié durant de long mois, au sujet de la candidature unique de Ouattara aux présidentielles de 2015, au sein Rhdp, n’était en fait qu’un écran de fumée. Il n’était destiné qu’à masquer un “deal” esquissé au lendemain du 19 septembre 2002 et conclu dans la foulée de Marcoussis. Autant dire que l’annonce de la candidature unique au Rhdp, au profit de Ouattara n’est pas un scoop.

Les observateurs avertis ne sont pas non plus surpris par la volonté des deux partenaires d’aller à la fusion du Rdr et du Pdci. Nous verrons bien si l’eau et l’huile se mélangent bien. Ce que l’expérience nous apprend, c’est qu’il y a un des deux qui flotte sur l’autre. Mais comme l’un des partenaires est “la solution” à tout, peut-être que les lois de la nature s’en trouveront renversées. En attendant que cette candidature unique se réalise et que dans la dynamique, le Pdci-Rda et le Rdr se fondent pour se métamorphoser en Pdci-Rdr, ou en Rdr-Pdci, (la liste n’est pas exhaustive), il convient dès maintenant d’esquisser les leçons et commentaires d’une décision qui couvre de honte ses initiateurs.

De toute évidence, la décision d’Henri Konan Bédié d’ôter toute possibilité de candidature à son parti, au profit d’Alassane Ouattara est une démarche minoritaire, sinon solitaire. Démarche qui est totalement en ligne avec ce qui c’est passé au premier tour des élections présidentielles de 2010. À ce propos, il est de notoriété que le président du Pdci a subi des pressions de Sarkozy, jointes à des offres de possibilités de confort personnel. Manœuvres qui l’ont convaincu à céder, sans rechigner, son rang de second au premier tour des présidentielles au candidat Ouattara. Qui, visiblement, sortait éliminé de cette joute électorale. Aujourd’hui, toujours sous la pression des parrains occidentaux et craignant de perdre le luxe et le confort qui agrémentent son quotidien et celui de ses plus proches parents, Bédié va plus loin et franchit le mur du bradage du Pdci et de sa vente au parti du « candidat de l’étranger”.

Ce n’est pas déjà assez que tout l’Ouest de la Côte d’Ivoire soit livré à des populations étrangères. C’est tout le pays dont on veut changer la composition sociologique. Mais le braquage, l’imposture et le hold-up en marche ne passeront pas comme dans du beurre. La manœuvre de Bédié et de Ouattara fera long feu. Cet autre complot contre la Côte d’Ivoire verra se dresser contre lui la volonté ivoirienne. Ce peuple aime son pays et ne veut pas le perdre. Car on a toujours un seul pays natal. Les Ivoiriens ne sont pas dans la trahison et le reniement.

Retour au parti unique

Pauvre Houphouët Boigny ! Bédié vient de le tuer pour la nième fois, en mettant le Pdci en position d’être absorbé, ingurgité et digéré par le Rdr. On s’en souvient. Dès qu’il s’est assis dans le fauteuil présidentiel, l’homme de Daoukro n’avait qu’une seule et unique obsession: effacer les traces de son prédécesseur. Mais on oublie souvent que ce n’est pas une gomme qui peut effacer les traces de celui dont on prend la relève. La volonté affichée par Ouattara, Bédié et leurs soutiens étrangers, est de ramener notre pays au parti unique. Ou tout au moins, avec une formation politique dominante, et des partis croupions à sa botte. Voilà la vraie explication de la tentative de récupération qui a été lancée contre le Fpi depuis quelques mois. C’est le but en tentant de diviser cette formation politique, l’introduire en catimini à la Cei et, un peu plus tard, d’offrir des strapontins gouvernementaux à certains membres de sa direction.

Mais le Fpi a reçu de son fondateur, Laurent Gbagbo, deux très grandes richesses : la liberté de parole et le débat démocratique. Ainsi, les trois Comités centraux qui ont eu à connaître de la question de la présence du Fpi à la Cei, ont fait reculer ceux qui, à l’intérieur et à l’extérieur du parti, se réjouissaient déjà de faire du Fpi, un parti satellite du Rhdp. Groupement politique qui serait devenu dans l’intervalle, le Rdr-Pdci, suite à la fusion annoncée à Daoukro. L’orientation, aujourd’hui déclarée, prise par le Rdr et le Pdci, est un véritable coup de semonce pour le Fpi, les autres partis d’opposition et toutes les forces démocratiques de Côte d’Ivoire.

Ceux qui croyaient encore qu’il suffisait de caresser le régime dans le sens du poil, de lui susurrer les paroles qu’il veut entendre et de l’accompagner dans sa destruction du pays, afin d’avoir une éventuelle part du gâteau, devraient aujourd’hui se rendre compte qu’ils sont dans l’erreur. En 1989 et les années qui ont suivi, au temps du parti unique triomphant, Gbagbo a montré à son peuple le chemin de l’honneur. Quand la bataille change de nature et que l’adversaire parait être à son avantage, la solution n’est pas le renoncement, l’abandon, la capitulation et le « vychisme ». Un État démocratique met à la disposition de l’opposition tout un arsenal de luttes et d’actions qui s’inscrit dans la pure légalité.

L’histoire politique montre à souhait qu’un peuple déterminé et uni, peut faire reculer et plier un gouvernement même buté. En fait, on a toujours le choix entre se coucher et rester debout. Et la nouvelle donne politique, marquée par la fusion du Rdr et du Pdci, doit galvaniser les militants du Fpi qui ont dit non à la présence de leur parti à la supercherie de la Cei. Ceux là sont sur le bon chemin et devront se rapprocher, dans la lutte, de tous ceux des autres partis et des Ivoiriens qui veulent une Côte d’Ivoire réconciliée et prospère.

Germain Séhoué

gs05895444@yahoo.fr

Source: LE TEMPS DU 1er Octobre 2014

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