Carte Nationale d’Identité: Mbarga Nguélé se met à dos la France

Carte Nationale d’Identité: Mbarga Nguélé se met à dos la France

A peine le marché de la sécurisation de la carte nationale d’identité camerounaise est retiré à l’entreprise française Thalès, le délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn) vient de le confier à une société espagnole.

L’«affaire Thalès» défraie la chronique au Cameroun depuis des semaines. C’est cette société française qui, depuis bientôt 20 ans, avait à la charge de la sécurisation de la carte nationale d’identité (Cni) camerounaise. Mais, en fin d’année dernière et contre toute attente, le délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn), Martin Mbarga Nguélé, a brusquement décidé de ne pas reconduire ledit contrat. Thalès Security Systems a, selon lui, failli à sa mission de sécurisation de la nationalité camerounaise dès lors que certains compatriotes disposent aujourd’hui de deux, voire trois Cni avec des identités différentes. Sans compter les milliers d’étrangers qui en sont également titulaires grâce aux réseaux de corruption établis par des employés camerounais de la structure dont plusieurs sont aujourd’hui derrière les barreaux.

Thalès qui n’entendait pas perdre son aussi juteux marché, avait pour sa part déjà saisi les autorités françaises et camerounaises des menaces qui pesaient sur son contrat. Mais, alors que cette requête se trouve encore embourbée dans les dédales de la bureaucratie, le Dgsn, qui apprend-on, ne serait pas en bons termes avec les Français depuis qu’il a succédé à Emmanuel Edou, s’est trouvé un nouveau partenaire en vue d’assurer la poursuite de ce chantier. Il s’agit, indique-t-on de source introduite, d’une société espagnole avec laquelle il entretiendrait des relations cordiales depuis des années. Autrement dit, le cas Thalès était «réglé» longtemps avant la notification de la rupture du contrat.

Dans l’entourage du l’octogénaire de Martin Mbarga Nguélé, l’on indique que la société Thalès ne faisait pas l’affaire notamment en ce qui concerne le volet financier du contrat. «Les méthodes de gestion étaient des plus opaques», explique un cadre de la maison sous le sceau de l’anonymat. L’empressement de l’ancien ambassadeur du Cameroun en Espagne (suivez notre regard) à attribuer ce marché à une entreprise espagnole est questionnable à plus d’un titre. Il s’agit certes d’une affaire hautement sensible, mais comment ne pas ouvrir à la concurrence internationale et même nationale, à travers un appel à manifestation d’intérêt, le projet de sécurisation de la Cni dont le caractère sensible nécessite attention et tact pour son exécution.

Thalès s’est apparemment rendu coupable d’égarements inacceptables, mais était-ce la meilleure des manières de se séparer d’un partenaire aussi influent à travers le monde et avec lequel le Cameroun a travaillé depuis deux décennies? Était-ce vraiment, enfin, le moment d’ouvrir un éventuel front de crise avec la France, à laquelle le Cameroun a multiplié des gages d’hospitalité pour ses entreprises ces derniers mois?

Mais, plus on essaye de pousser loin l’investigation, plus on semble se rendre compte que le choix sur cette entreprise espagnole serait, ainsi que le soutiennent de mauvaises langues, dictée par un neveu ayant longtemps séjourné en Espagne, du temps où son tonton était ambassadeur du Cameroun dans ce pays. D’aucuns subodorent déjà une sombre histoire de rétro commissions de cet homme de l’ombre, qui se chiffreraient en milliards de Fcfa.

Mais, pour nombre de fins connaisseurs de ce genre de dossier, le Dgsn, a découvert, entre autres, de nombreux procédés de détournement d’argent public. Il s’agit d’un bail locatif onéreux au quartier Mvan, pour abriter les services du projet Sécurisation de la nationalité camerounaise (Sénac). Curieusement, le bailleur occupait encore et toujours la maison en question. Sans compter «d’énormes surfacturations» de prestations ayant entraîné, courant 2013- 2014, une dette de plus de 10 milliards de Fcfa. Toute chose qui entraînait de lourds préjudices financiers de part et d’autre.

Et pourtant l’argent sortait. «Il fallait sauver la nationalité camerounaise et l’argent public en même temps», explique un responsable de la Dgsn. D’où la fin de la collaboration avec le Cameroun intervenue le 31 décembre 2014. Une lettre qui signait l’aboutissement d’une longue bataille entre Martin Mbarga Nguélé et les responsables de Thalès. Résultat des courses, plus de 300 employés de la société Thalès Security Systems sont mis au chômage depuis le 29 janvier 2015, tandis que 35 autres eux sont en prison, «déférées au parquet et placées sous mandat de dépôt dans le cadre de l’assainissement du Système Senac», indique-t-on. Quant à la dette fictive, pas question, pour le Dgsn, de la payer tant des preuves de surfacturation sont patentes.

Pourtant, pour les contempteurs de Martin Mbarga Nguélé, «seuls les desseins familiaux guident et encadrent les choix républicains dans un projet dont l’envergure et les enjeux ont conduit les autorités camerounaises à se tourner du côté de la France, partenaire de longue date». Et un observateur de se demander si une entreprise espagnole peut conduire un projet aussi sensible, avec toutes les barrières linguistiques que l’on connaît. Sur le plan stratégique, le choix d’une entreprise anglaise n’aurait pas été mauvais non plus, tant les relations avec les pays du Commonwealth sont bonnes et riches aussi bien en terme de technologie que de rigueur. Quel que soit le bout par lequel on prendrait la chose, la sélection en catimini de la société espagnole reste discutable.

Toutefois, ceux qui entonnent déjà le «requiem» de Martin Mbarga Nguélé à la Dgsn ne vont-ils pas trop vite en besogne, quand on sait que beaucoup de Camerounais saluent l’acte de l’homme du Nyong et So’o, qui a fermé les robinets du faux et des détournements massifs de fonds publics qui s’opéraient du côté du Sénac à Mvan (Yaoundé) ? Nous y reviendrons.

René Atangana

Source: La Météo (via camer.be)

 

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