Ce régime est trop “prisontivore”

Ce régime est trop “prisontivore”

Comme si nous étions à un match de football, l’on vient d’assister au remplacement d’Arthur Aloco et Sylvain Oka par Assoa Adou. Dans cette configuration de jeu, un joueur peut prendre la place de deux autres.

Cela y va de la carrure du dernier. Assoa Adou devra gouter aux délices de la prison, lui qui a cru bon de s’exiler au Ghana après la crise post-électorale de 2011. A la Maca, Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan, ce proche de Laurent Gbagbo en complétant la longue liste de prisonniers politiques, aura toute la latitude de poursuivre la campagne de son mentor à la présidence du Fpi. Ce régime, je le trouve un peu trop « prisontivore ». Et dire dans tout ça que, « je n’aime pas voir les gens en prison ».
Bonjour Majesté, le plaisir est toujours renouvelé pour moi de vous retrouver cet autre mercredi. En son temps, l’on avait parlé de précipitation dans l’affaire Arthur Aloco et Sylvain Oka. Pour cette question de bonne gouvernance, j’avais l’intime conviction que vous iriez jusqu’au bout. A la surprise générale, les « complices » de Charles Konan Banny sont remis en liberté. J’espère simplement qu’ils ont remboursés notre argent, l’argent des contribuables du Royaume. Ou alors vous avez reconnu avoir fait fausse route, ce pourquoi vous les remettez en liberté ? Quel est le compromis qui a milité à leur remise en liberté ? Y a-t-il un lien avec l’appel des chefs Akouè de Yamoussoukro ? Je suis curieux de savoir.
Majesté, je ne vous reconnais plus. Je ne reconnais plus le brillant intellectuel, cet homme fort de l’opposition, serein dans son propos et dans ses actes, qui met toujours à exécution ses menaces. Vous donnez désormais dans trop de précipitations et cela n’est pas à votre avantage. Je ne suis point partisan de la thèse selon laquelle vous êtes mal entouré. A défaut d’une opposition forte, unie et homogène, j’étais de ceux qui pensaient avec toute la lucidité qu’il se doit, que vous réussirez haut les mains l’examen de passage d’octobre 2015 au mépris de vos détracteurs. Non,je ne reconnais plus le « bravetchè ». La publicité gratuite est devenue l’un des outils de propagande du Royaume. Je reprendrai cette sagesse africaine qui dit, « quand le singe veut se tuer, il dit qu’il fait chaud en brousse ».
Majesté, vous avez fait une autre sortie de route lors de la réception de la presse ce lundi 12 janvier. Oui majesté, l’on peut être dans la machine, la critiquer sans toutefois subir de courroux ni de sanctions. Et ce rôle, est dévolu aux intellectuels de la trempe de Tiburce Koffi et autres. Là où l’on devrait assister à une saine émulation après la sortie rugueuse de Tiburce, lui faisant observer à l’occasion les limites de sa thèse, l’on a plutôt brandit la sanction avec en bonus des menaces. La France qui est votre modèle, n’affamera jamais ses opposants. Bien au contraire, elle tire un gros avantage de ses contestations.
Malgré quelques « bons points » relativement à notre économie, que je peux vous concéder au passage, je fais l’amer constat du recul sans frottement de notre démocratie. Elle s’apparente désormais à une démocratie quelconque, en somme à une démocratie « bananière ». Or politique et démocratie sont intimement liées. Ici, l’on vit une expérience hideuse de votre démocratie. Votre altesse, on gouverne avec les contingences.
Majesté,vous devrez vous y faire, l’un de vos illustres prédécesseurs, le père fondateur, a fait de ce Royaume un nid d’intellectuels, parce que convaincu que seul le savoir peut nous conduire au vrai développement. Inutile de chercher à le maintenir dans un obscurantisme partisan.
La semaine dernière en Conseil des ministres, vous avez annoncé la dissolution, donc visiblement la mise en vente, de certaines entreprises publiques. Si ces entreprises dites budgétivores, à l’instar de la Banque pour le Financement de l’Agriculture (BFA), doivent être vendues, que l’on nous épargne le phénomène de la vente-rachat. Dans les années 1990, dans le cadre d’une certaine politique de privatisation, l’on a souvenance des sociétés d’Etat qui ont été rachetées par les vendeurs. Que l’on nous fasse l’économie d’une telle pratique.
Je suis par ailleurs impatient de recevoir les conclusions du Conseil présidentiel sur la jeunesse. J’ose espérer que l’on a enfin trouvé la formule magique pour absorber le taux de chômage. En 2010, vous nous avez promis 250 milles emplois stables/an, soit un (1) million en cinq (5) ans. A dix (10) mois de la fin du premier mandat, force est de constater que nous sommes loin du décompte. Allons-nous différer encore cette diligence ? Qu’est-ce qu’on fait Majesté ? A ces questions préoccupantes, j’attends une réponse pragmatique.
Majesté, avant de me retirer, je tenais à vous faire un rappel. Les marches et autres manifestations sont interdites sur l’ensemble du territoire. D’où vient que l’on ait marché pour Charlie Hebdo ce dimanche 11 janvier au Plateau ? La présence de vos émissaires à Paris ne suffisait-elle pas à témoigner du soutien du Royaume ?
Majesté, que dites-vous de la réforme du secteur café-cacao. Cette réforme, a l’avantage d’accorder trop de largesses à vos proches. Assurément, elle a été faite à dessein !
A mercredi prochain !
Jo Winner Saraka
Source: La Regionale

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