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CEI : Les basses manœuvres de Youssouf Bakayoko

CEI : Les basses manœuvres de Youssouf Bakayoko

Devant le faisceau compact de pressions tous azimuts en direction de la maison Angoua Koffi, demandant la recomposition de la Cei et le départ du locataire principal, le bal des sorciers a commencé.

Commençons par dire que le controversé président de la Cei, Youssouf Bakayoko, est militant du Pdci-Rda. Passons sous silence les 600 000 voix volées à son président, Henri Konan Bédié lors du premier tour de la présidentielle de 2010. Le fait est qu’il est normal que le journal proche du parti vole à son secours lorsque ce tabloïd sent qu’il est malmené. A tort ou à raison. C’est une question de solidarité. D’où sa manchette du mercredi 17 janvier 2017 : « Polémique et intoxication avant les élections 2018 : Non, la Cei ne changera pas, pas du tout ». Au nom de la confraternité, nous nous garderons de porter un jugement sur l’analyse faite par l’auteur de la série d’articles. Relevons seulement deux « encadrés ».

L’un titré Youssouf Bakayoko en place jusqu’en 2020 dit ceci : « en vertu de la nouvelle loi organique qui régit la Cei, loi n°20146335 reformant la Commission électorale (Cei) adoptée le 18 juin 2014, le mandat du président de cette institution est de six ans et ceux des autres commissaires de trois ans. En conséquence de cette nouvelle disposition, le mandat de Youssouf Bakayoko qui a commencé en 2014, sous l’empire de la nouvelle loi, court jusqu’en 2020. Avant cette échéance, il ne peut être déchargé de ses fonctions s’il ne tombe dans l’un des cas de déchéance prévus par la même loi. Au grand mépris de cette disposition légale, plusieurs voix s’élèvent pour exiger, sur la base de simples états d’âmes, la démission ou le limogeage du président actuel de la CEI. Youssouf Bakayoko restera donc en place jusqu’en 2020 qui marque la fin officielle et légale de son mandat ».

Rappelons simplement pour l’éclairage du débat que la loi qui a fait de Youssouf Bakayoko, président de la Cei, le 25 février 2010, mentionne que le président de cette institution a un mandat unique de 6 ans. Sur cette base, Youssouf Bakayoko aurait dû plier bagage le 25 février 2016. Il est en place par la seule volonté de Ouattara. Comme il en a pris l’habitude, Ouattara a piétiné la loi. Passons. L’autre « encadré » de l’auteur des articles note ceci : « Bédié soutient le président de la Cei : Face à la polémique qui s’est déclenchée des suites de la décision de la Cour africaine des Droits de l’Homme, le président du Pdci-Rda aurait cherché à comprendre les origines et surtout les motivations de cette affaire qui défraie la chronique et qui était de nature à propulser le pays dans une nouvelle crise institutionnelle.

Après les explications, le président du Pdci aurait confié qu’il se doutait qu’il s’agissait d’une conspiration, d’une cabale destinée à fragiliser le président Youssouf Bakayoko et son équipe. Aussi aurait-il envoyé un message de soutien au président de la Commission en charge des élections ». Cette affirmation n’a pas manqué de faire bondir de son siège un baron du vieux parti, proche de Bédié. « C’est archi-faux. Bédie et le Pdci n’ont rien à voir avec cette histoire. Je ne sais où les journalistes ont eu leur information, mais ce n’est pas vrai » nous a-t-il glissé, non sans soupçonner une démarche solitaire de Youssouf Bakayoko. Dans l’unique but de rester à la barre de la Cei décriée.

La preuve que l’actuelle Cei est déséquilibrée

Visiblement, le très juteux poste de président de la Cei oblige Youssouf Bakayoko à de piteuses gymnastiques. Sinon le déséquilibre de la Cei saute aux yeux. Au chapitre III qui traite de la composition et de l’organisation, l’article 5 (nouveau) stipule : « La commission électorale indépendante est composé de membres permanents et de membres non permanents. La commission électorale indépendante comporte une commission centrale et des commissions locales, à l’échelon régional, départemental, communal et sous-préfectoral.

Les membres de la Commission centrale sont : un représentant du Président de la République, un représentant du Président de l’Assemblée nationale, un représentant du ministre chargé de l’Administration du territoire, un représentant du ministre chargé de l’Economie et des Finances, un magistrat désigné par le Conseil supérieur de la Magistrature, quatre représentant de la société civile, dont deux issus des confessions religieuses, un issu des organisations non gouvernemental, et un avocat désigné par le barreau, quatre représentants du parti ou groupement politique au pouvoir et quatre représentants des partis ou groupement politiques de l’opposition…On n’a pas besoin d’un dessin pour voir que cette commission est noyautée par les hommes du pouvoir. Une telle composition entame forcément la crédibilité de l’institution qui se veut pourtant « indépendante ».

Comment Bakayoko s’est discrédité

Les griefs contre la commission électorale de Youssouf Bakayoko sont nombreux. Et remontent à la proclamation des résultats du premier tour de l’élection présidentielle de 2010. Des Pv frauduleux aux bourrages des urnes, en faveur d’Alassane Ouattara dans le Nord du pays, où comble d’ironie le nombre de votants a dépassé, dans des endroits, le nombre d’inscrits, Youssouf Bakayoko a eu le toupet d’aller, seul, déclarer Ouattara président élu en dehors des autres membres de la Cei, comme l’exige les textes en vigueur. Plus grave, cette annonce s’est faite au Golf Hôtel, qui se trouve au moment des faits être le QG de campagne de Ouattara. La suite, on la connait. Dire que Youssouf Bakayoko porte une large part de responsabilité dans le drame ivoirien, c’est ne rien dire puisque cela relève de l’évidence. Depuis lors, il est totalement inféodé à l’exécutif.

Président d’une institution censée être neutre, il n’est pas rare de le voir dans l’ombre de Ouattara, le voir poser sur des pancartes en compagnie d’autres cadres de Séguéla lors des visites d’Etat de Ouattara. Connu pour son alchimie en manipulation de taux de participation pour accréditer une élection réussie, il a fait montre d’une autre expertise lors du référendum constitutionnel le 30 octobre 2016. Pour masquer le désert électoral, son équipe, certainement sous sa bénédiction, s’est attelée, à transformer des bulletins blancs en vote pour le « oui ». Des opérations « hibou » ont complété le sombre tableau de la tricherie. Par exemple, dans la commune d’Abobo, considérée à tort ou à raison comme le bastion du Rdr, devant le désert électoral, un ministre a débarqué nuitamment et s’est livré à une opération de charme, en direction des présidents de bureau de vote, tenant le langage suivant : « n’ayez pas peur. On est entre nous. Faites, on vous couvre ». Non sans demander à ses suppôts de recenser les présidents des bureaux de vote.

Le message qui sous-tend cette démarche est certainement codé pour ceux qui refusent de voir la vérité. Sinon, c’est à un bourrage des urnes que les présidents de bureaux de vote sont invités. En témoigne ce SMS qui a atterri quelques instants après sur les portables desdits présidents. « Si on vous proposait de l’argent pour augmenter le taux de votants, que feriez-vous » pouvait-on lire. Venait-il d’un obligé du ministre ? Difficile de le dire. Mais, le fait est que la proximité entre le discours du ministre et le message laisse incline à penser à son entourage. Lorsque le ministre a terminé sa visite, des personnes étranges ont commencé à menacer les présidents des bureaux de vote. « On vous parle calmement, vous faites la sourde oreille. Si vous vous entêtez, vous aurez affaire à des Microbes » lâche l’un d’eux avant de se retirer.

La relative bonne organisation des élections législatives de décembre 2016 ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. La polémique sur les bulletins double lors du référendum, contrairement au bulletin unique recommandé par les textes, montre à quel point l’exécutif a une mainmise sur la Cei.

Baroud d’honneur de Youssouf Bakayoko !

Malgré son incapacité à affranchir l’institution des griffes acérées du régime Ouattara, Youssouf Bakayoko, dans une sorte de deal gagnant-gagnant, veut, contre vents et marées, rester à son poste. Il se livre là à un baroud d’honneur, en défiant le monde entier. Puisque dans son Arrêt rendu publique le 18 novembre 2016, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (Cadhp) enjoignait le pouvoir Ouattara de reformer sa loi n° 2014-335 du 05 juin 2014 relative à l’organisation, la composition, les attributions et le fonctionnement de la Commission électorale indépendante (CEI). Cette décision de justice intervenait suite à une requête introduite par l’Action pour la promotion et la défense des droits de l’homme (Apdh) depuis le 7 juillet 2014.

Le gouvernement ivoirien avait un délai d’un (1) an pour mettre à exécution cette exigence. La Cour ayant estimé la loi qui fonde la Cei « discriminatoire » envers l’opposition et les candidats indépendants. « L’Etat de Côte d’Ivoire a « violé son obligation de créer un organe électoral indépendant et impartial, prévu par l’article 17 de la Charte africaine sur la démocratie et l’article 3 du protocole de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance, et qu’il a également par voie de conséquence violé le droit des citoyens de participer librement à la direction des Affaires publiques de leur pays garanti par l’article 13 (…) de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples » a accusé l’instance judicaire africaine.

Dans la même veine, plusieurs organisations de la société civile ivoirienne dont le Mouvement ivoirien des droits humains (Midh), l’Association pour la promotion des droits humains (Apdh), le Regroupement des acteurs ivoiriens des droits de l’homme (Raidh) et le réseau ouest-africain pour l’édification de la paix (Wanep) ont demandé lundi dernier au régime une « reforme du code électoral avant la tenue des élections municipales, sénatoriales et régionales ». « Dans le but de garantir un cadre légal approprié aux élections en Côte d’Ivoire, nous organisations de la société civile impliquées dans le processus électoral avons élaboré une proposition de modifications du cadre juridique des élections », a affirmé Bamba Sindou, porte-parole desdites organisations au cours d’une conférence de presse conjointe animée à Cocody.

Cette proposition de réforme, a soutenu M. Bamba, se justifie par deux arguments fondamentaux, à savoir : « la constitution du 8 novembre 2016 qui intègre de nouvelles institutions dont le mode de désignation des animateurs ne figurent pas dans le code électoral en vigueur et les insuffisances constatées par les organisations de la société civile lors de leurs missions d’observations pendant les processus électoraux de 2015 et 2016». Ce sont ces pressions multidirectionnelles que Youssouf Bakayoko veut contrer. Et pour sauver de ce qui reste de son pouvoir, il déploie de gros moyens. Va-t-il une fois encore déjouer les pronostics ? Difficile de trancher dans le vif. D’autant que nous l’avons indiqué plus haut, si Ouattara garde Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI, c’est simplement parce que, comme hier, ce dernier fait son affaire.

Toutefois, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Et on peut le dire, Ouattara a suffisamment payé sa dette envers Youssouf Bakayoko. C’est certainement ce qui a fait écrire au confrère « La lettre du continent » dans son édition n° 768 du 10 janvier 2018, «Le président Alassane Ouattara ne sait plus que faire de Youssouf Bakayoko, le président de la Commission électorale indépendante (CEI) dont le mandat est arrivé à expiration… en 2016, sans possibilité d’être renouvelé. Illustration de sa volonté de s’incruster à son poste, l’inamovible oncle du ministre de la Défense Hamed Bakayoko a déjà transmis au gouvernement une demande de budget pour organiser les prochaines élections sénatoriales, municipales et régionales prévues en avril prochain. Celui-ci s’établit à 30 milliards de Fcfa (45,7 millions d’euros). L’Etat, qui doit théoriquement installer une nouvelle Cei avant ces scrutins, traine des pieds».

L’opposition en embuscade

Dans ce débat, le parti de Gbagbo a déjà prévenu : « Nous n’irons pas aux élections à n’importe quel prix ». Et la question de la CEI reste centrale dans ses conditions de participation. Idem chez l’Urd de Danièle Boni Claverie. « Nous sommes d’autant plus interpellés qu’il nous avait été annoncé que les élections locales se tiendraient après la Présidentielle de 2020. Quel sens donner à ce revirement surprise du Chef de l’Etat qui a annoncé que les municipales, régionales et sénatoriales se tiendraient en 2018. D’où notre inquiétude face à cette précipitation suspecte. La CEI, en l’état actuel, n’est pas représentative des aspirations du peuple ivoirien et la Cour Africaine des Droits de l’Homme l’a confirmé dans son arrêt du 18 novembre 2016, demandant à notre pays de se conformer aux dispositions juridiques internationales en vigueur pour casser la dépendance de cette Institution au pouvoir et mettre un terme à son déséquilibre et à son absence de neutralité » a-t-elle interpellé, début janvier 2018, non sans avertir, parlant de l’opposition, « Notre capacité de mobilisation reste intacte ».

Comme pour dire que le silence de l’opposition n’est pas un abandon de ses exigences, Innocent Anaky Kobena rassurait dans nos colonnes, en ces termes : « Nous avons suggéré – et cela a été admis de tous- que l’opposition marque un temps d’arrêt pour tirer toutes les leçons des fortes mobilisations réalisées fin 2015 – que les partis et mouvements se réorganisent en interne et reprennent le pli du travail de base de formation civique et de motivation des populations ; la ligne est dans l’ensemble suivie de tous, et cela nous réjouit. Il ne restera plus qu’à choisir la période de la reprise de l’action collective, mais en veillant à constituer un noyau dur initial soudé à l’atome. Si on part de mi 2018, il y aura deux ans et demi pour assurer le contact politique au quotidien avec les populations et mettre fin au pouvoir Ouattara fin 2020 ; mais surtout pas d’inquiétude. Le contact entre les différents leaders de parti et leurs états-majors s’est déjà imposé de lui-même ».

L’un mis dans l’autre, la survie de Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI parait difficile. On peut risquer pour dire que le compte à rebours de son départ a commencé.

TBT

Source: letempsinfos.com

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