Ces mouvements noirs Américains qui nient leurs origines africaines

Ces mouvements noirs Américains qui nient leurs origines africaines

Ces dernières années, plusieurs célébrités noires américaines comme Whoopi Goldberg ou Morgan Freeman sont montées au créneau pour critiquer l’appellation ‘africain-américain’ appliquée aux Noirs vivant aux Etats-Unis. Niant le caractère africain de leur identité actuelle, ils avaient respectivement déclaré préférer  être appelés ‘noir (américain)’ ou ‘américain’.

Comme le montrent toutefois les tests ADN entrepris par les deux célébrités et qui font remonter une partie des ancêtres de Freeman à l’actuel Niger et à de ceux de Goldberg à la Guinée-Bissau, les deux acteurs ne nient pas l’origine africaine de leurs ancêtres. A côté de cette configuration plutôt fréquente chez les Noirs aux Etats-Unis, ont émergé plusieurs mouvements basés sur une hypothèse surprenante: les Noirs américains ne seraient pas des descendants d’esclaves africains déportés aux Amériques.

Les ‘Noirs asiatiques’ de la Nation of Islam

En 1930, un certain Wallace D. Fard Muhammad allait commencer à prêcher la parole de l’Islam auprès de Noirs américains de la ville de Detroit appauvris par le Krach Boursier. Devant l’intérêt manifesté par ces Noirs à propos la question de leur identité et de leur origine, Fard Muhammad, allait prétendre venir de leur pays d’origine, qui serait la Mecque en actuelle Arabie Saoudite. Selon lui, les Noirs américains ne seraient pas des ‘Nègres’ mais des membres de la tribu de Shabazz, déportée depuis la Mecque il y a près de 500 ans; ils seraient des Noirs asiatiques. Cette tradition d’origine allait être repris par des membres parmi les plus célèbres de l’organisation religieuse. Ainsi, Muhammad Ali, lors d’une émission radio de sa ville de Louisville avait déclaré dans les années 60 : « Je ne suis pas un Nègre…Je suis Muhammad Ali… Et je suis un Noir asiatique ». De son côté, Malcolm X avait lui même promu cette idéologie avant de l’adapter en prétendant que ces Noirs d’Asie s’étaient ensuite établis en Afrique avant d’être déportés aux Amériques. Dans les dernières années de sa vie, Malcolm X avait abandonné cette théorie, affirmant désormais l’unité et l’identité de ce qu’il appelait désormais les Afro-Américains et des Africains de la ‘Terre mère’.

Ces mouvements noirs Américains qui nient leurs origines africaines 1024x677 Ces mouvements noirs Américains qui nient leurs origines africaines

Les Noirs américains seraient les véritables Israélites

Après s’être identifiés au peuple juif réduit en esclavage par une puissante nation comme décrit dans la Torah, des Noirs américains se sont convertis au Judaïsme dès le 18ème siècle. C’est à la fin du 19ème siècle que certains d’entre eux auraient commencé à prétendre être des descendants des véritables Israélites. De très nombreux courants et théories d’origine existent selon les Black Hebrew Israelites. Alors que certains se présentent comme les descendants de groupes ethniques africains juifs comme les Beta Israel (Falasha), d’autres prétendent être les véritables Israélites sans attache en Afrique. Dans les années 60, Ben Ammi Ben Israel aurait reçu une vision de l’Ange Gabriel selon laquelle les Noirs américains seraient les véritables Israélites. Il s’installa avec ses suivants pendant quelques temps au Liberia pour s’y entraîner à bâtir une nation avant de rejoindre Israël où ses héritiers se trouvent jusqu’à ce jour. Parallèlement à ces premières traditions de judaïsme noir, en existent d’autres particulièrement hostiles à l’Afrique et aux Africains. Comme pour les Noirs américains se disant Amérindiens et Européens, ils sont particulièrement actifs sur le net.

Les Noirs Américains seraient des Amérindiens

Essentiellement connus du grand public ces dernières années via l’internet et notamment par les sites de partage de vidéos en ligne, des Noirs américains affirment être des Indiens natifs. Ils n’auraient jamais été déportés d’Afrique et auraient toujours vécu en Amérique, mais à la suite d’un complot fomentés par des Blancs, se seraient vus présentés à tort comme des descendants d’esclaves africains. Leurs arguments, principalement basés sur des comparaisons de représentations d’Amérindiens anciens et de Noirs Américains modernes sont faibles et ne méritent pas d’être réfutés ici. Notons toutefois que cette théorie, contrairement à la précédente, n’est pas liée à une adhésion à une religion, mais manifestement au seul rejet de l’Afrique et à l’attachement à l’Amérique, dont ils prétendent être les véritables autochtones, les Indiens d’aujourd’hui étant pour eux des colons espagnols métissés avec de véritables Indiens dont les Noirs américains seraient le prototype.

Les Noirs Américains seraient les descendants des véritables Européens

Selon le site realhistoryww.com, les Européens indigènes seraient des Noirs qui auraient été exterminés par des Blancs que l’auteur appelle et considère être des albinos. Les Noirs Européens seraient à l’origine de la conquête de l’Amérique avant d’être massacrés par les albinos présents sur place, qui, ne pouvant pas travailler lorsqu’exposés au soleil, auraient réduit les Noirs survivants en esclavage et volé leurs terres ainsi que leur histoire.

En conclusion

Si nous ne perdrons pas notre temps à démontrer l’inexactitude de ces théories scientifiquement fantaisistes, il nous paraît en revanche intéressant de nous demander pour quelle raison des descendants d’Africains peuvent arriver à un tel rejet de leurs ancêtres. On ne peut évidemment pas nier la possibilité d’un rejet d’une identité née de la rencontre d’un agresseur blanc sur une victime noire ou un agacement à être associés à un lointain continent dans un pays dont ils font partie intégrante depuis plusieurs siècles. Alors que les cas de la Nation of Islam et des Israélites noirs nous paraissent être le résultat d’une réaction à la domination raciale et au mythe de ‘peuple élu’ imposés par leurs maîtres, les deux suivants, bien que manifestement marginaux et à l’audience ‘gonflée’ par le net, nous paraissent plus inquiétants. Malcolm X, en 1964, nous avait donné un élément de réponse :

50 ans après les mots de Malcolm X, les Noirs américains ont assurément acquis une fierté ethnique notamment basée sur les figures de l’histoire et l’influence de leur culture à travers le monde. Jay-Z n’hésitait d’ailleurs pas à dire, en janvier dernier, que le hip-hop avait fait conquis le monde et empêché le racisme plus que la plupart des leaders communautaires. « Cette musique n’avait pas influencé que des gamins des quartiers. Des gens écoutent cette musique dans le monde entier, et ils se sont mis à cette musique. » Il est aujourd’hui devenu, du fait la popularité de la culture noire américaine dans le monde, facile d’assumer le fait d’être fier d’être noir. L’Afrique apparaît en revanche toujours aussi repoussante auprès de nombre de ses enfants et de ses descendants. On peut se demander si le fait de scander, pour de si nombreux Africains, sa fierté d’être ‘noir’ en endossant des vêtements noirs américains en 2015 ne contribue pas à ce mal, donnant l’impression d’un continent honni par ses propres enfants et donc indigne d’intérêt pour le reste du monde.

Par Sandro CAPO CHICHI

Source: nofi.fr

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.