Ces vérités de Macron sur l’Afrique qui dérangent (Par Philippe Kouhon)

Ces vérités de Macron sur l’Afrique qui dérangent (Par Philippe Kouhon)

Réunis pour la 12e fois à Hambourg les 7 et 8 juillet 2017, sous la présidence de la chancelière Angela Merkel l, 20 leaders du monde (G20) ont planché sur les questions essentielles en vue de réguler le nouvel ordre mondial. Il s’agit du terrorisme, de l’économie mondiale, du commerce mondial, du climat, de l’énergie, du développement durable, de l’autonomisation des femmes et du partenariat avec le continent africain.

Le G20 est composé des pays du G7, de dix pays dits émergents, de la Corée du Sud et l’Australie. Soit, les 19 Etats les plus puissants au monde. L’Afrique du Sud est le seul pays africain, membre du G20 du fait de la croissance de son PIB qui avoisine celle des pays développés. Il faut savoir aussi que l’Afrique du sud, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine forment le groupe des pays émergents depuis 2011 (Brics). Dans le fonctionnement du G20, les dirigeants des pays membres invitent certaines organisations financières, régionales et internationales. Mais aussi des pays amis.

Cette année, l’Afrique a été invitée à travers l’Union africaine et le Nepad. Aussi, outre la présence africaine, le 12e sommet du G20 d’Hambourg s’est particulièrement intéressé au partenariat avec le continent africain.

« Je veux ici saluer l’avancée concrète de ce G20, notamment avec la mise en place d’un partenariat avec plusieurs pays africains, avec des engagements clairs impliquant la banque mondiale avec la banque africaine de développement. Et à mon avis la méthodologie qui a été retenue en la matière a été la bonne », a introduit, Emmanuel Macron qui animait une conférence de presse ce samedi 8 juillet 2017 à la clôture du sommet. Il a ajouté : « Là aussi si nous voulons une politique résolue en matière de développement, c’est le complément indispensable à la vraie politique de lutte contre l’insécurité que la France mène en particulier dans le Sahel et ce sont les deux piliers sur lesquels nous devons nous appuyer en permanence pour l’Afrique. J’ai eu l’occasion de le rappeler, dimanche dernier, lorsque je me suis rendu à Bamako pour un sommet du G5 Sahel en annonçant l’Alliance pour le Sahel ; c’est exactement l’esprit de ce que nous avons aujourd’hui discuté, la volonté de rassembler l’ensemble des financements, de pouvoir associer à ces financements des pays partenaires, des organisations internationales et de travailler sur des projets concrets pour éviter la perte de temps, les intermédiaires inutiles et le gaspillage institutionnel. Ce qui compte en matière de développement, ce sont les acteurs de terrain et les projets et donc c’est dans cet esprit que je souhaite avancer sur ce sujet et c’est dans cet esprit que nous avons discuté ce matin du développement pour l’Afrique » a-t-il dit. La question de l’immigration irrégulière, la pauvreté, les pandémies et surtout l’égalité des femmes et des hommes étaient également au menu de ce sommet, a-t-il précisé.

Le plan Merkel est différent du plan Marshall

Profitant d’une question de Afrikipresse sur la contribution concrète des pays du G20 pour le développement de l’Afrique et éviter les flux migratoires vers l’Europe comme ce fut le cas pour les européens avec le plan Marshall initié par les Etats-Unis en 1947 et qui a coûté près de 150 milliards de dollars pour la reconstruction d’une Europe détruite par la deuxième guerremondiale, Emmanuel Macron a révélé : « Je ne partage pas ce genre de raisonnement. Il y’a eu plusieurs enveloppes qui ont été données. Soit nous changeons d’objectif avec l’addition des milliards. Cela fait des décennies qu’on a décidé d’aider l’Afrique et on l’a fait. Si c’était aussi simple que ça, vous l’auriez constaté. Le plan Marshall, c’est un plan de reconstruction matériel, dans des pays qui avaient leurs équilibres et leurs stabilités. Le défi de l’Afrique, il est totalement différent, beaucoup plus profond et civilisationel aujourd’hui. Quels sont les problèmes en Afrique » a-t-il interrogé?

Et de répondre : « Les États faillis , les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est l’un des défis essentielspour l’Afrique, les trafiques multiples qui nécessitent des réponses pratiques en terme de sécurité, de coordination régionale. Trafic de drogue, trafic humain, trafique de bien culturel et c’est le fondamentalisme violent du terrorisme qui fait tout cela. Tout cela mélangé, crée les difficultés de l’Afrique. En même temps nous avons des pays qui réussissent formidablement, un taux de croissance extraordinaire et qui fait que l’Afrique est une terre d’opportunité. Si nous voulons des réponses cohérentes à l’Afrique et aux problèmes africains, nous devons développer une série de politiques qui sont bien plus sophistiquées qu’un plan simple plan Marshall et des milliards décaissés. Partout où le secteur privé peut s’impliquer, il doit s’impliquer et nous devons l’y orienter. Nous sommes d’accord avec la banque mondiale en matière d’infrastructures essentielles, d’éducation, de santé. Là il y a un rôle pour le financement public et c’est dans ce cadre que nous devons agir. C’est de notre responsabilité.En matière de sécurité, nous devons agir en lien avec les organisations régionales africaines. C’est ce que la France fait avec l’opération Barkhane au Sahel, mais peu amplement à travers ce que nous avons installé le dimanche dernier avec G5 du Sahel. Développement, sécurité…Ensuite il y’a une responsabilité partagée. Le plan Marshal dont vous venez de parler, est aussi un plan qui sera porté par les gouvernements africains et les organisations régionales. C’est par le biais d’une gouvernance rigoureuse, la lutte contre la corruption, d’une lutte pour la bonne gouvernance, de la transition démographique réussie. Dans des pays qui font encore 7 enfantements par femme, vous pouvez dépenser des milliards d’euros, vous ne stabilisez rien. Le plan de cette transformation que nous devons conduire ensemble doit tenir compte des spécificités africaines par et avec les chefs d’États africains. C’est un plan qui doit prendre en compte nos propres engagements sur l’ensemble des chantiers que je viens d’évoquer, mieux associer public et privé; et il doit se faire parfois plus régional et même national. Voilà la méthode qui a été retenue et c’est ce que nous faisons partout où nous sommes engagés. J’aurai l’occasion la semaine prochaine d’y revenir beaucoup plus en détail ».

Leur première rencontre

Le président américain, la star de ce sommet du G20 d’Hambourg a eu droit à un accueil des plus bruyants avec la cohorte de militants de l’extrême gauche qui ont paralysé la modeste ville d’Hambourg durant deux jours. Son crime est d’avoir quitté l’accord de Paris sur le climat (Cop 21). Une décision qui a aussi irrité le président français, Emmanuel Macron qui rencontrait Trump pour la deuxième fois après le mini-sommet de l’Otan de Bruxelles en mai dernier. Et si les deux hommes n’ont pas eu un tête-à-tête formel comme ce fut le cas à Bruxelles, Emmanuel Macron qui s’exprimait face à la presse à la fin du sommet d’Hambourg a dit espérer encore convaincre le président américain à réviser sa position.

Philippe Kouhon, envoyé spécial à Hambourg (G20)

Source: Afrikipresse

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