Chronique satirique de Tiékorobani (Mali): La loi ne s’applique qu’aux faibles

Chronique satirique de Tiékorobani (Mali): La loi ne s’applique qu’aux faibles

Le boa russe vient d’avaler la petite Crimée au nez et à la barbe de la communauté internationale. Ainsi va le monde depuis qu’il existe. La loi internationale, à l’instar de sa consœur nationale, ne s’applique qu’aux pauvres, aux veuves et aux orphelins. Les grands, eux, s’en essuient tranquillement les pieds. Vous voulez un dessin ? Eh bien ! De sa création à nos jours, l’ONU  reconnaît le droit de veto aux 5 membres permanents de son Conseil de Sécurité: chacun d’eux peut paralyser, rien qu’en levant le doigt, toute décision de l’organisation internationale.

Depuis 1967, les israéliens colonisent la Palestine et en tuent les habitants sans que l’ONU, en réaction, fasse autre chose que des grimaces de singe. Les Etats-Unis, au faux prétexte de la présence d’armes de destruction massive en Irak, ont envahi ce pays et fait pendre son chef, feu Saddam Hussein. Les mêmes Etats-Unis ne se sont guère encombrés de légalité internationale pour enlever nuitamment le président de l’Etat souverain du Panama afin de le juger en Amérique pour narcotrafic. En Libye, bis repetita: parce que son turban ne plaisait pas beaucoup au président français Sarkozy, le malheureux Mouammar Khaddafi s’est vu, un beau jour, bombardé par l’OTAN et liquidé au détour d’un chemin désertique. Sans aucun mandat de l’ONU. Voilà pour le côté militaire.

Pour l’aspect judiciaire, même sauce à la gomme ! En effet, avez-vous jamais vu la Cour Pénale Internationale s’intéresser à un dirigeant israélien, saoudien, russe, américain ou chinois ? L’explication coule de source : ces pays ont de la ressource à revendre ou une bombe atomique (rien de moins !) et gare au juge qui oserait lancer contre eux un mandat d’arrêt ! Du coup, la CPI se contente de la pêche aux petits poissons comme le président soudanais El-Béchir, le président et le vice-président kényans, l’ex-président libérien Taylor, l’ex-président ivoirien Gbagbo, son ancien ministre Blé Goudé. Même les tueurs du MNLA, parce que couverts par la France, la Suisse et consorts, échappent aux mailles du filet de la CPI comme chacun peut s’en rendre compte en les voyant plastronner devant les télévisions occidentales et squatter les chancelleries européennes. A en croire ces très romantiques Européens, les bandits armés qui ont égorgé de sang-froid nos soldats à Aguelhok et violé nos femmes seraient, en réalité, d’inoffensifs « hommes bleus du désert » qui mériteraient aide et protection contre les velléités génocidaires de l’Etat malien…

Si je vous dis tout cela, c’est pour en venir au cas de la Crimée, une bande de terre de 50. 000 km2 annexée, il y a quelques semaines, par la Russie. Les bonnes âmes qui croient au droit international et espèrent des sanctions vigoureuses contre l’envahisseur vont bientôt déchanter. Ils découvriront, à leurs dépens, que le droit n’est que la codification des rapports de force. La codification du droit du plus fort. Tenez ! Les Européens font la danse du ventre devant Vladimir Poutine, le nouveau tsar russe; ils n’ont trouvé, pour toute sanction, que l’interdiction de visa européen à 21 obscurs fonctionnaires russes: dans la fameuse liste, juste bonne à amuser la galerie, ne figurent ni Poutine, ni son Premier Ministre, ni ses ministres de la défense ou des finances !

A croire que Poutine a discrètement aidé l’Europe à dresser la liste ! L’Union Européenne ira difficilement au-delà de ces micro-sanctions puisqu’elle a des intérêts majeurs en Russie. La France cherche, par exemple, à sauver le contrat de vente de deux navires militaires « Mistral » à la Russie pour 1,2 milliard d’euros. La Grande-Bretagne craint, elle, qu’une vague de sanctions contre la Russie ne fasse fuir les nombreuses sociétés russes cotées à la Bourse de Londres ainsi que les oligarques russes qui dépensent 4,8 milliards d’euros par an sur le territoire britannique. L’Allemagne  risque encore plus gros dans une guerre commerciale avec Moscou où 6.000 de ses entreprises font la pluie et le beau temps. Pour ne rien arranger, elle dépend à 39% du gaz russe et il suffirait que Poutine arrête ses livraisons de gaz pour qu’Allemands, Finlandais, Grecs  et Bulgares crèvent de froid. De manière générale, le commerce russe s’effectue à 40% avec les 28 pays de l’Union Européenne; en 2013, il a représenté 570 milliards de dollars (285.000 milliards de FCFA !). Si ce florissant commerce devait cesser, l’Europe replogerait aussitôt dans la crise, pardon!, dans la merde économique. Du coup, les Européens se demandent, chaque matin en se rasant, s’il faut vraiment risquer la faim et la soif pour cette maudite Crimée où ils n’ont jamais mis les pieds. Quant aux Etats-Unis, ils ont, certes, dressé leur petite liste de 11 Russes privés de visa mais les députés ont interdit à Barack Obama toute mesure qui mettrait en péril les juteux marchés détenus par entreprises américaines en Russie. Pour rappel, en 2013, le commerce américain avec la Russie a représenté 38 milliards de dollars. Les entreprises américaines ont réalisé 14 milliards de dollars d’investissements directs en Russie, soit le double des investissements directs russes aux Etats-Unis. Le pétrolier ExxonMobil et l’avionneur Boeing sont les groupes américains les plus impliqués en Russie. Parmi les autres entreprises américaines actives en Russie figurent Chevron, General Electric, Caterpillar, Ford, General Motors, PepsiCo, Cargill et Kraft Foods.

Bien entendu, nul n’est assez fou pour punir militairement la Russie comme cela fut le cas quand Saddam a envahi le Koweït. Obama, Merkel, Hollande et compagnie savent que Moscou n’est pas un os aussi facile à ronger que les jihadistes du nord malien. La Russie détient, en effet, 27. 000 bombes atomiques contre 11. 000 pour les Etats-Unis. Que Poutine appuie sur le bouton nucléaire, et on n’entendra plus parler de Paris, de Berlin et de Washington !

En définitive, les Ukrainiens feraient bien de dire adieu à la Crimée car si l’Ukraine entière était anexée par la Russie, il n’en résulterait que des gesticulations stériles de la communauté internationale. Ainsi va le monde depuis sa naissance. Quelqu’un a-t-il bronché quand Soumangourou Kanté a envahi le Mandé ? Ou quand le pacha almoravide Djouder a sopumis l’empire Songhoï ? On saura d’ailleurs gré à Poutine d’avoir organisé un référendum en Crimée pour recueillir l’avis des braves populations, une élégance à laquelle les Américains et le Français, qui se disent pourtant des démocrates, n’ont songé ni en Libye, ni en Irak. La morale de l’histoire, c’est que l’Iran a bigrement raison de courir derrière sa bombe atomique car si, un jour, il était annexé par Israël, les grandes puissances ne lèveraient pas le petit doigt. Et tant pis pour la loi!

Tiékorobani

Source: Procès Verbal (via malijet)

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