CIE : Les magouilles bien ordonnées des patrons dans l’ombre d’une entreprise fragilisée

CIE : Les magouilles bien ordonnées des patrons dans l’ombre d’une entreprise fragilisée

La nomination de l’ancien patron de la RTI au groupe Eranove comme directeur des opérations avant d’atterrir, Ohada oblige, à la tête de la compagnie ivoirienne d’électricité (CEI) sonne enfin l’heure de la grande lessive dans cette énorme écurie d’Augias. Mais certains secrets sont encore bien gardés comme ceux qui lient certaines têtes pensantes de l’entreprise à Djera services, cette société dont les nombreux privilèges donnent de plus en plus à réfléchir le personnel tenu au sacrifice depuis des décennies.

Si la guerre à la fraude à l’électricité a sensiblement détérioré l’image de la compagnie ivoirienne d’électricité auprès de ses propres agents, l’érosion du climat social dans l’entreprise, elle, ne date pas d’hier. Les travailleurs se plaignent en effet du blocage de leur salaire depuis des décennies et, bien plus, de leur carrière.

Il y aurait également dans l’entreprise une forte tendance à la régionalisation des postes ou plus concrètement des postes-clés de direction, et ce clan, au pouvoir à la CIE, se caractérise par son intolérance vis-à-vis des syndicats qu’il ne maîtrise pas.

Sa stratégie a jusque-là consisté à empêcher le nouveau syndicat dénommé Axe d’exercer ses activités dans l’entreprise. En fait pour bloquer Axe, la direction générale a tout simplement bloqué l’élection des délégués du personnel à portée des doigts du nouveau syndicat. Quitte à se faire réprimander par l’inspection du travail…

Pour contourner cette forteresse de l’intolérance, le nouveau syndicat s’en est remis aux patrons d’Eranove à travers un courrier dont aujourdhuinews.net a obtenu copie. Le nouveau syndicat y dénonce outre la négation de ses droits constitutionnels l’émergence d’une société dénommée Djera services dont les privilèges ont commencé à faire réfléchir, surtout que ses travailleurs sont à des années lumière de traitement pour lequel les agents de la CIE eux-mêmes se battent à obtenir, ne serait-ce que le quart de leurs acquis.

Djera services…

Cette société dénommée Djera services a été créée en 2016. Cette année-là, elle  décroche un contrat de sous-traitance avec la compagnie ivoirienne d’électricité. Le patron de Djera services n’est autre que Bernadin Koumoué Kouadio, ancien directeur d’exploitation de la CIE et qui, de ce fait, a ses entrées dans l’entreprise.

Monsieur Kouadio avait quitté l’entreprise pour rallier le conseil économique et social où avait été nommé en 2012 Marcel Zadi Kessy, figure tutélaire imposante de l’entreprise, décidé à faire de la politique. Mais l’expérience tourne court. Bernadin Kouadio, désigné directeur de cabinet par son mentor, est alors accusé d’avoir imité la signature de monsieur Zadi en congé maladie en France. Le concerné, interrogé par aujourdhuinews.net, jure que non mais refuse de donner les raisons de son départ du CES.

Toujours est-il que c’est après cet épisode truculent que naît Djera services, une société unipersonnelle au capital de 5 millions. Deux ans plus tard, ce capital est passé à 200 millions en l’espace de deux petites années avec ouverture du capital à vingt mille parts de dix mille francs chacune.

Pour comprendre l’entregent de cet ancien patron de la CIE, il faut écouter le directeur du dépannage et de la maintenance de la basse-tension (DDMA), Aimé Gobey, qui se dit très satisfait de la sous-traitance de Djera services. Grâce à lui, explique-t-il à aujourdhuinews.net qui l’a interrogé, les incidents sur le réseau ont sensiblement diminué sur le réseau. D’ailleurs, en 2018, la collaboration de Djera services « a permis la mise à niveau de 40 postes », assure le DDMA. Quant aux incidents, ils sont passés de 859 en 2016 à 131 incidents en 2017. Alors, pour le directeur du dépannage et de la maintenance, il n’y a pas meilleur partenaire que Djera services. «  Et je m’en tiens à ça parce que moi, je suis dans l’opérationnel », explique Aimé Gobey.

… et les ombres qui l’entourent

Mais de Djera services, il n’y a pas que l’excellent partenariat que met en évidence le patron de la DDMA. Ses privilèges font en effet dresser les cheveux sur la tête du personnel, et particulièrement du syndicat. Mais aussi au service de la gestion des stocks où les contrôles sont rares, surtout sur le terrain, une fois le matériel réceptionné.

Pourtant en cette première année de collaboration, Djera services a reçu 223.692.538 fcfa de matériel soit un stock moyen de 26.7770.636 fcfa. Cette moyenne est passée à 84 millions en 2017 et s’est stabilisée à 69 millions en 2018. Pour une entreprise qui n’avait aucun historique, il a fallu prendre beaucoup de risques.

Djera services dispose aussi du même logiciel que l’entreprise, juste pour une question de suivi des stocks mis à la disposition, tempère le directeur du dépannage mais aussi d’un centre d’imputation (CI) qui irrite les détracteurs de Djera services. Ils s’en expliquent : « un c.i est l’identité d’une entreprise. Il ne peut donc être attribué à une entreprise extérieure ». A moins d’avouer le contraire.

Mais pourquoi Djera services bénéficie-t-elle de touts ces privilèges dont on ne mesure la gravité que lorsque le patronat exige que ses demandes soient satisfaites en priorité ? En tout cas, le directeur général de Djera services n’a qu’une explication : le contrat qui le lie à son partenaire.

C’est en effet le contrat qui permet qu’elle stocke de tels montants de matériel dans ses propres magasins, que ses véhicules passent par les garages de la CIE, s’y fassent tatouer avant d’arriver à Djera services et que Djera services participe aux inventaires de la CIE et mieux, aux sessions de pré-inventaire. Bref, entre la CIE et Djera services, la passerelle est parfois si étroite que ses liens avec les patrons de la compagnie font forcément jaser.

Que dit le contrat ?

Quelle est la nature du contrat qui lie la CIE à Djera services et pourquoi est-il si confidentiel, y compris aux yeux de certains membres du conseil d’administration de l’entreprise ? Aujourdhuinews.net n’a pu obtenir les réponses à ces différentes interrogations. Pour le moment.

Sévérine Blé

Source: aujourdhuinews.net

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