Claude Wilfried Ekanga Ekanga: «Le Franc CFA permettra le développement, le jour où février aura 30 jours» | eburnienews | Diaspora ivoirienne | Actualité Politique | Diaspora africaine en France Claude Wilfried Ekanga Ekanga: «Le Franc CFA permettra le développement, le jour où février aura 30 jours»
Claude Wilfried Ekanga Ekanga: «Le Franc CFA permettra le développement, le jour où février aura 30 jours»

Claude Wilfried Ekanga Ekanga: «Le Franc CFA permettra le développement, le jour où février aura 30 jours»

Il existe une énorme plaisanterie que les défenseurs du Franc des Colonies aiment brandir comme argument devant les naïfs, c’est de dire qu’il est un “facteur d’intégration sous-régionale”. En gros, les pays de la zone franc qui partagent cette “monnaie” voient leur amitié et la cohésion entre eux renforcée. C’était une idée de la France. Ce pays des Droits de l’Homme qui nous aime énormément et ne veut que notre bien, comme l’attestent les décennies de pillage et d’exploitation coloniale.

Devant tant de bienveillance, on aimerait croire en l’équation : monnaie commune = bonheur commun, mais il y a un bic : cette prétendue “monnaie commune” n’est que fiction.

Moquerie à l’œil nu

Et on n’a pas besoin d’être un génie pour le voir au quotidien. C’est simple: dans les trois zones où il est utilisé), le Franc CFA n’est pas interchangeable.

Explication: le CFA est utilisé par 15 pays, tous situés en Afrique. Ceux-ci sont repartis en trois (03) zones distinctes: l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine) qui compte 8 pays; la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale) qui en compte 6, puis enfin l’Union des Comores, qui couvre l’archipel du même nom. Ce sont ces trois régions que l’on regroupe sous le terme “zone franc”.

Pourtant, surprise! Lorsque vous transitez d’une région à l’autre, vous ne pouvez pas utiliser l’argent en votre possession pour acheter quoi que ce soit. Il s’agit bien toujours du CFA. Il a la même valeur partout, mais il vous faudra les billets et pièces de l’autre zone. Aie aie aie!
C’est comme si je décollais de l’aéroport Alfonso Suarez de Madrid et qu’à mon arrivée à Paris Charles de Gaulle, on m’informait que mes euros ne sont pas valables, or il s’agit de la même monnaie et de la même zone, la zone euro.

Comment donc expliquer que, lorsque je pars de Yaoundé pour Dakar, je ne puis pas sortir et dépenser mon argent?

C’est parce que la France est un pays ami. D’ailleurs, elle est tellement notre amie qu’elle a élaboré ce joli stratagème pour nous empêcher de créer un puissant marché régional qui pourrait booster nos économies et lui faire perdre ses monopoles. Les Africains sont ainsi spoliés et braqués jour et nuit. (Heureusement, on les occupe avec tellement de faits divers absurdes pour les distraire qu’ils ne s’en soucient pas).

Le faux débat de la zone commune

D’un autre côté, reconnaissons que les deux grandes sous-régions (UEMOA et CEMAC) sont déjà une sorte de vaste marché chacune. L’UEMOA avec ses 8 pays (Sénégal, Niger, Benin, Togo, Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali) est déjà assez immense en soi. Alors pourquoi au moins à l’intérieur de ces zones, il n’y a pas de croissance économique à vitesse V?

Parce que nos modèles économiques sont hors-sujet. Car au lieu de produire de l’industrie, nos pays se plaisent dans la simple vente de matières-premières (Pétrole, uranium, bauxite, etc…) aux Occidentaux et aux Chinois. Et lorsqu’ils produisent, au lieu de diversifier la gamme, ils proposent tous la même chose : les cultures de rente (Coton, cacao-café…). Un article de paru le 12 juin 2015 soulignait que le petit Benin avoisinait les 400 000 tonnes de coton par an, soit presqu’autant que la Côte d’Ivoire (450 000 t).

Or, quand vous produisez tous la même chose, vous ne pouvez pas échanger entre vous. La commerçante qui vend du manioc n’ira pas chez sa voisine acheter du manioc, ce serait de la folie pure.

Du coup, le niveau des échanges dans la zone Franc ne dépasse pas les 15%. Or dans la zone euro, les deux voisins France-Allemagne sont leurs premiers partenaires commerciaux mutuels. Leurs échanges dépassent aisément les 60 %
C’est ce qui fait dire à Kako Nubukpo, ancien ministre togolais, qu’en principe, le fait que nos Etats aient la même monnaie n’a pas vraiment de sens (Dans son livre “Sortir l’Afrique de la servitude monétaire – À qui profite le Franc CFA?”, paru en 2016 aux éditions La Dispute). Et voici pourquoi:

Une monnaie commune permet de faciliter les ventes et achats sans avoir à souffrir du taux de change.
En d’autres mots, si un Togolais se rend au Benin pour vendre une banane qui vaut 1 Franc CFA, alors il reçoit bien 1 Franc CFA. Or si le Benin possédait une autre monnaie (Appelons-la le Daho) et que celle-ci valait par exemple la moitié du francCFA, alors le Béninois serait obligé de débourser le double dans son unité monétaire. Au lieu donc de payer 1 Franc CFA, il débourserait 2 Daho pour avoir cette banane.

Dans la réalité, nous avons la même monnaie, alors ce type de problème est d’office évité. Le gros souci, c’est que nous n’achetons presque rien de nos voisins. Nos États font leurs courses auprès de l’Occident-Orient plutôt qu’entre eux, faute de production locale. Ainsi fonctionne la sorcellerie.

Alors que faire?

Faut-il donc que chacun se dote de sa monnaie? Oui, dans l’état actuel des choses. Mais à long terme, ce n’est pas la solution. Le grand avantage d’une monnaie commune étant l’absence de taux de change, il faut plutôt briser la barrière entre l’Ouest et le Centre, et rendre la monnaie interchangeable.

Puis (et surtout), il faut PRODUIRE.

Nos sols sont les plus riches de la planète, mais nous dépendons des “aides” alimentaires extérieures. Nous produisons le cacao-café que nous ne consommons pas, et nous produisons le coton que nous ne transformons pas ou peu. En retour, nous importons le riz et le blé que nous consommons. Ça encore, c’est de la sorcellerie.

Comment un pays s’enrichit-il? Morceau choisi

Imaginons que le Cameroun décide de ne plus jamais dépendre de l’extérieur pour se nourrir. L’on décide alors de faire comme le Vietnam qui, à la fin de la guerre (1955-1975) s’est juré de ne jamais importer son aliment préféré, le riz. A l’instar de ce pays qui a consacré une vaste région (55 000 km2 dans le Delta du Mékong) et qui produit 35 millions de tonnes par an, nous décidons aussi de consacrer un coin de notre pays à la production de riz tous azimuts et combler notre déficit annuel.

Une forte production entraîne une forte demande d’argent (Car il faut acheter ce qui a été produit). Les subventions ou emprunts que le producteur a reçus de l’Etat ou des banques lui ont permis de payer ses ouvriers. Pour se nourrir, les ouvriers en retour reviennent acheter ce riz qu’ils ont contribué à cultiver. Avec cet argent parti puis revenu, le producteur rembourse ses dettes et paye ses impôts à l’Etat, qui en retour réinjecte l’argent dans la subvention de la production. Ainsi va le manège de l’économie, comme dans le cycle de l’eau.

Et plus la production est grande, plus les subventions sont élevées, car le producteur devient crédible grâce à ces forts rendements. On peut donc imprimer plus d’argent sans qu’il n’y ait d’inflation, puisque la quantité des biens reste égale à l’argent en circulation. (Aucun risque alors de ressembler au Zimbabwe où l’on a imprimé beaucoup plus de monnaie qu’il n y avait de biens à acheter, ce qui a conduit à une hausse des prix faramineuse, et à la quasi inutilité de sa monnaie, l’obligeant à recourir au Dollar US).

Et plus les ventes sont élevées, plus les salaires sont élevés. C’est ainsi que naît la fameuse *classe moyenne”. L’évolution de la quantité des biens produits en une année par rapport à l’année précédente, est ce qu’on appelle alors la *croissance économique.

Et puisqu’on produit beaucoup, on peut vendre le surplus à ses proches voisins qui ont la même monnaie, et aussi plus loin vers l’extérieur. C’est ce qu’on appelle l’exportation.
L’exportation à d’autres continents permet d’acquérir les monnaies étrangères (Qu’on appelle les devises). Et avec cela, on peut acheter les biens fabriqués par ces autres pays et qu’on ne fabrique pas encore soi-même: Avions, voitures, trains, outils technologiques divers. C’est ainsi que la Chine a pu accumuler plus de 3 000 milliards de dollars de réserves à ce jour et surclasser le Japon, autrefois maillot jaune mondial.

A partir du moment où on se met à fabriquer soi-même ces engins, on devient alors un véritable pays industrialisé. Ce qu’est précisément entrain de faire la Chine. L’Afrique doit regarder en face les défis qui l’attendent.

En bref

Ainsi se présentent les réalités de la supposée monnaie commune francCFA. Nous tomberons toujours dans le piège de l’enfumage de la France et de ses snipers africains qu’on nomme Présidents” tant que nous ne ferons pas l’effort de nous éduquer nous-mêmes sur ces enjeux qui concernent notre futur. Le franc CFA existe encore parce que peu d’entre nous comprennent ses mécanismes boiteux et sont prêts à les déconstruire. L’éducation de masse et la pression populaire sera notre salut.

Partager une zone monétaire c’est bien, mais il faut déjà qu’elle soit effective, comme chez ceux-là même qui nous empêchent de le faire chez nous. Ensuite, devenons des acteurs de la production mondiale, au lieu de laisser les anciens colons décider à notre place de ce qui doit ou non pousser chez nous.

Claude Wilfried EKANGA EKANGA, 28 février 2018

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