Comment la France a manœuvre pour tuer l’économie camérounaise (Partie 1/3)

Comment la France a manœuvre pour tuer l’économie camérounaise (Partie 1/3)

Qui est responsable de la chute de notre économie?La France  nous a toujours fait dire que nos dirigeants étaient incapable de mettre sur pieds de véritables politiques économiques,et en prime, elle a instaure dans nos mentalités le vocabulaire  »aide au développement ».

L’économiste Bernard Ouandji  témoin privilégié et acteur de l’histoire de la  construction d’une Économie nationale dans le Cameroun nouvellement indépendant nous explique comment la France s’est organise pour plomber non seulement l’industrialisation du Cameroun, mais l’émergence économique de notre pays.Lisons plutôt.

« Principe de l’Exclusif » lié à la Colonisation, il a fallu bâtir une Economie nationale inspirée et contrôlée par les nationaux pour mériter la vraie indépendance réclamée par les « indépendantistes »

Pour abolir le « Principe de l’Exclusif » lié à la Colonisation, il a fallu bâtir une Economie nationale inspirée et contrôlée par les nationaux pour mériter la vraie indépendance réclamée par les « indépendantistes ». Chronologiquement, l’élan de cette initiative de développement est impulsé dans la réorganisation du gouvernement le 23 mars 1963, avec la création d’un Ministère des Finances et du Plan confié à Charles Onana Awana ; et surtout la création d’un Ministère de l’Economie nationale, confié à Victor Kanga , Docteur en Droit, Député du Wouri, Directeur des Douanes. Quelques mois plus tard, nouveau réaménagement du gouvernement le 20 octobre 1963,Simon Pierre Tsoungui est nommé ministre de l’Economie nationale ; pour sa part Kanga  victor est chargé du Ministère des Finances et du Plan, et travaillera avec le Secrétaire d’Etat aux Finances du nom d’Augustin Frédéric Kodock .

Cette équipe se met aussitôt au travail ; avant la fin de l’année 1963 et à l’arrachée, le Gouvernement camerounais a signé avec des partenaires Italiens, un protocole pour construire une cimenterie.  En 1964, le Président de la République se dote d’un fonds souverain: ce sera la Société nationale d’investissement, SNI. La SNI sera donc actionnaire pour le compte de l’Etat dans différents projets dans l’industrie et l’agro-industrie. Le gouvernement a commencé à plancher sur la création de la SNI sous le ministère d’Onana Awana et le chef du projet est Tchanque Pierre, expert-comptable et Secrétaire général du ministère des Finances ; il est assisté de Louis Wansek. Les deux cadres seront les artisans de la rédaction des Statuts et du Règlement intérieur de la SNI. « Je me suis inspiré du modèle de la Caisse centrale de coopération économique de la France, avec ses comités spécialisés et son système de plafonds d’engagement ; mais les bons d’équipement c’est mon invention» me dira avec fierté Tchanque en 1983. Institution jumelle de la SNI, la BCD fonctionne depuis deux ans et finance les particuliers et les crédits de campagne, tandis que la SNI se consacrera à la mise sur pied de joint-ventures.

Faisant suite à l’adoption de ses Statuts par l’Assemblée nationale, les organes de la SNI sont pourvus :Jean Faustin Betayene est nommé PDG de la SNI, un titre retentissant qui donne du poids à son titulaire, désormais capable de traiter d’égal à égal avec des ministres ; de plus Betayene a un poids politique, étant un transfuge du parti d’André Marie Mbida et ancien ministre des Affaires étrangères ; il peut appeler le Président directement ; son épouse Alix est de nationalité française et avocate de profession. Louis Wansek est nommé DGA de la SNI, supposé être le chef technocrate de la maison. Faut-il rappeler et en toile de fond, que le Président Amadou Ahidjo, puisque c’est son nom, veut propulser l’Economie nationale pour se défaire de l’étiquette de valet du colonialisme que les propagandistes de l’upc lui ont collé. En 1963, pour ma rentrée scolaire en sixième, on achetait les livres, fournitures et les chaussures soit à Printania et Monoprix, qui étaient deux magasins français, soit chez Tsekenis et Arnopoulos, des grecs. Si les planteurs de cacao-café étaient bien des camerounais, les acheteurs et exportateurs étaient des grecs et des français et c’est les étrangers qui décidaient du partage de la valeur ajoutée et roulaient carrosse. Pilote et co-pilote du Minfi, Kanga  Victor et Kodock  se connaissent bien pour avoir travaillé à Douala dès 1962, Kanga  comme Directeur des Douanes et Kodock  comme Directeur des Relations économiques extérieures ; ces deux directions ainsi que la Direction des Contributions directes sont effectivement basées à Douala, en immersion dans le milieu économique et industriel.

Les deux hommes seront crédités d’avoir identifié des hommes d’affaires nationaux, puis les ont favorisé via les licences d’importation et les crédits en douanes ; ils ont inventé l’entrepôt fictif. Les résultats se tardent pas à sa matérialiser : de simples ouvriers, motor-boys et aide-comptable au mieux, les camerounais se muent en hommes d’affaires. La chaîne des magasins Newcam à Douala va casser le monopole des grecs et des français dans l’importation et la distribution des articles de ménage ; à Nkongsamba, le magasin vogue fait sensation. La première librairie camerounaise sera ouverte avec pignon sur l’Avenue du 27 août à Douala, événement qui aura un retentissement considérable.  Anga et Kodock  : leur sort sera même davantage lié, car, après trois années de succès, les deux hommes seront écartés brutalement de leur ministère « On nous a enlevés le même jour », me dit Kodock  en 2009. Que s’est-il passé dans les coulisses, alors que les résultats visibles sur le terrain plaident pour les deux ministres ? Kanga  Victor s’est tenu à l’écart du recrutement de l’upc ; il est proche d’Ad Lucem et réputé pro-français camer.be; il devient ministre à trente-neuf ans. Mais exerçant comme ministre, au fil des années et du succès des hommes d’affaires camerounais, Kanga  est progressivement indexé pour avoir ouvert le commerce de gros et demi-gros aux nationaux, principalement. Plus grave, il fait de petites choses pour le petit peuple ; par exemple il inaugure à Akonolinga un étang où l’on a introduit avec succès un poisson que la population décide de dénommer « Kanga  » ; il appuie une association d’élèves dans la finalité de leur trouver des bourses pour poursuivre leurs études en France. Kanga  Victor est célèbre, c’en est trop.

Source: camerounliberty.com

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