Comment le judaïsme aura plagié la tradition ancestrale des peuples noirs

Comment le judaïsme aura plagié la tradition ancestrale des peuples noirs

Le négro-égyptien dd vocalisé djed correspond au couchitique oriental *ged qui offre les formes suivantes :

– oromo : jed « dire »
– arbore : ged « dire »
– arbore : gede « dire »
– somali : yeed « dire »
– gidole : kid « dire »
– kafa : gët « dire »
– mocha : gätti « raconter »

Nous aurons également le tchadique central qui propose :

– nzangi : gwad « dire »
– turu : gwad « dire »
– lamang : gwada « dire ».

Le fulfulde yedd.ugo « contredire », geddoo-wo « contradicteur », et le wolof gëdd « parler » (Anselin, 2001) sont également attestés. Le pilier dd est lié à l’image du fer (dd =proto-bantu *tádè « pierre », « fer »), raison pour laquelle le wolof dira tëgg « forger », « forgeron », le soninké tage « forgeron », le pulaar tag « créer », métathèse du kafa gët « dire ». La relation entre le fer et la parole est également attestée avec l’arabe tchadien qui offre hadiid « fer » et hadis « parole ». De plus, le pilier dd forme le thème de l’ancestralité et de la nouveauté en arabe. Nous aurons ainsi jadd « grand-père », « ancêtre », « aïeul », forme que l’on retrouve avec le swahili jadi « ancêtre », « origine », « ascendance », « généalogie », « lignage ». L’arabe propose également jadda « être nouveau », « renouveler », jadìd « nouveau », « neuf », gedid « nouveau », auxquels s’associent les formes suivantes :

– hausa : jaddàda « réformer », « renouveler »
– hausa : mùjaddadi « réformateur religieux »
– dangaleat : dyádídiné « nouveauté »
– mokilko : jàdid « neuf », « nouveau », « inédit »
– fufulde : mujaddadìjo « réformateur »

La notion de nouveauté est en relation avec le chiffre neuf. Le chiffre neuf se dit tisha en arabe et tesha en hébreu. Nous donnons à ces formes de provenir du cilùba tèèsha « mentionner par le nom », « nommer », lié notamment à la notion de nomenclature et donc au fait de « dire ». L’arabe tchadien traduira le thème de la réforme ou de la nouveauté par jadid (pl. judaad), terme qui aura probablement formé le mot judaïsme qui paraît ainsi comme la manifestation d’une « nouveauté », d’une « réforme religieuse ». Les dictionnaires étymologiques donnent au mot juda de provenir de la racine verbale yadah traduite par « louer », « rendre grâce ». Le fait que le judaïsme soit une tradition religieuse prouve que cette étymologie ne relève pas de l’hébreu comme initialement mentionné puisque nous aurons la série suivante :

– pulaar : aada « tradition », « coutume »
– bidiya : aadine « rite », « coutume »
– bokobaru : ààdà « tradition », « obligation »
– bambara : làada « coutume », « règles »
– bore : laada « coutume »
– bozo : laanda « coutume »
– bobo : làndá « coutume »
– busa : lààdà « tradition »
– dogon : landa « coutume », « tradition », « usage »
– fufulde : aada « coutume », « habitude »
– fufulde : adi « coutume », « habitude »
– hausa : ada « coutume », « habitude »
– kanuri : ada « coutume », « habitude »
– kanuri : adawá « culture »
– (arabe) : ada « habitude », « coutume »

En bassa, àdà signifie « allumer », « attiser un feu ». Le bassa àdà trouve un homonyme avec àdà « s’unir » qui formera le mot àdnà « union », « alliance », « association ». On dira par exemple:

– Àdà î Maten « Nations-Unies ».
– Àdnà Ipûbi « Trinité »

Le bassa àdnà offre les sens suivants :

1) relation
2) camarade
3) s’unir l’un à l’autre
4) s’associer
5) se réconcilier
6) allumer
7) attiser un feu

Le mot àdnà se retrouve également traduit par « vie » et « monde » dans les langues du domaine soudanais :

– sérère : adna « monde »
– soninke : duna « monde »
– songhay : àdùñà « monde », « univers »
– songhay : adduñaa « monde », « tout le monde »
– songhay : ndumaa « monde », « tout le monde »
– songhay : anduñaa « monde », « tout le monde »
– songhay : aduña « monde (gens) », « peuple »
– moore : dunia « monde »
– sango : dúnia « univers », « vie »
– sar : dúnya « vie », « destin »
– susu : dunia « monde »
– swahili : dunia « monde », « univers », « terre »
– tumak : dúnnà « vie »
– tupuri : dúlnà « vie »
– wolof : àddina « monde », « vie ici-bas »
– wolof : àdduna « monde », « vie ici-bas »
– wolof : dunyaa « monde », « vie ici-bas »
– ngizim : dùunyá « monde »
– mofu-gudur : duwniya « vie », « monde »
– munjuk : duniya « monde », « univers »
– munjuk : diniya « vie », « monde »
– barguimien : dunia « monde », « univers »
– bamanan : diñé « monde », « univers », « vie »
– bamanan : diyèn « monde », « univers »
– bamanan : dunuya « monde », « univers »
– bariba : andunia « monde »
– bariba : dunia « monde »
– bidiya : dulùuné « vie »
– bore : diminya « monde »
– boko : áñúa « monde »
– boko : dúnìá « monde »
– bokobaru : àndúná « monde »
– bozo : dunyan « monde »
– bobo : dìniya « monde », « univers »
– buduma : dunia « monde »
– buli : duninya « terre », « monde »
– busa : àndúniá « monde »
– dagbani : dunia « monde »
– dangaleat : dunììnè « existence », « vie »
– dangaleat : dunììnè « malheur », « catastrophe »
– dogon : adunó « monde », « univers », « création »
– dogon : dununyan « monde », « univers »
– dogon : dununyan « globe terrestre »
– fufulde : aduna « monde », « ce bas monde »
– fufulde : duña « terre », « monde »
– gurenne : dunia « monde »
– giziga : dunya « monde »
– gurma : dunlia « monde »
– hausa : duniya « monde »
– gade : duniya « monde »
– kanuri : dinâ « monde »
– limba : dunia « merveille », « monde »
– mandinka : dúniyaa « monde »
– maninka : dúnya « monde »
– masa : dìnìya « esprit auquel on voue un culte de fécondité »
– mende : ndunya « monde »
– migama : dúnùuné « vie », « monde », « univers »
– moba : ñanduna « monde »

Ce mot est vraisemblablement à l’origine du vocatif Adounaï qui désignera le dieu de la tradition hébraïque. On a pu croire que le maninka dúnya « monde » ou le migama : dúnùuné « vie », « monde », « univers » proviennent de l’arabe duniyà « monde », dunia « ce bas monde », dunya « vie terrestre » ou dunia « monde », mais cette proposition s’effondre à partir du moment où l’on considère le dogon adine kine traduit par « Vie du Monde », adine étant une variante vocalique d’adna. L’adine kine est un symbole essentiel dans la tradition dogon et ne provient assurément pas de la tradition musulmane.

Ce dessin que les Dogon appellent Vie du Monde est décrit par Marcel Griaule :

Le signe que les Dogon emploient pour représenter l’univers se compose d’un personnage fait d’une tête ovale – l’œuf du monde, d’où sont sortis trois germes formant, dans l’ordre : le corps, les bras en croix, et deux jambes arquées dont la courbe est symétrique de l’ovale par rapport au bras. Ce signe qui est dit adino kine, vie du mon-de, s’interprète non seulement comme homme – microcosme, mais aussi comme placenta céleste (ovale supérieur) et comme placenta terrestre (ovale ouvert) que sépare l’espace figuré par la croix, laquelle indique également les points cardinaux. Il est dessiné par les chevriers dans les cavernes, sur la sacoche que portent les enfants aux fêtes des soixantenaires du sigi, sur le sol de la chambre où est disposé le malade grave, dans la grande maison de famille, ginna; le masque kanaga l’exhibe symboliquement en place publique. (…) Il est un autre emploi du signe vie du monde qui affecte l’infrastructure même sur laquelle vivent les Dogon : le plan de la grande maison est conçu selon son dessin.

La grande maison de famille, ginna, est composée du dembere : chambre du ventre, c’est-à-dire centrale, autour duquel s’articule une cuisine, obolom, trois magasins, kaña, une étable à chèvre, ende, et le denna, grande chambre, lui-même flanqué de l’entrée, day, et d’une étable, bel de. De chaque côté de l’entrée et dans les angles de l’une des chambres, s’élèvent quatre tours coniques terminées en dôme, arsobo. Le plan de cet édifice s’interprète, d’une part, comme le Nommo dans sa forme animale et dont les membres sont les quatre tours. D’autre part, la cuisine et l’étable forment le placenta céleste et son homologue terrestre, ensemble figurant la tête et les jambes d’un homme couché sur le côté droit et dont chaque partie a son répondant architectural; si la cuisine rectangulaire rappelle la tête oblongue dont les yeux sont les deux pierres du foyer, le tronc est symbolisé par la grande chambre, le ventre par la chambre de travail, les bras par les deux lignes brisées des magasins, les seins par deux jarres à eau placées à l’entrée de la pièce centrale.

Enfin le sexe est le vestibule qui, par un passage étranglé, mène à la chambre de travail où sont placées les jarres d’eau et les pierres à moudre. Sur ces dernières sont écrasés les épis encore frais des prémices; ils donnent une pâte liquide assimilée à la semence masculine que l’on porte à l’extrémité gauche du vestibule, symbole du sexe (féminin), pour la verser sur l’autel des ancêtres. Le plan de la maison figure donc un homme couché sur le côté droit et procréant. (…) L’ensemble du plan s’inscrit dans un ovale qui est lui-même le grand placenta d’où sont sortis, dans la suite des temps, tous les espaces, êtres, choses de l’univers. (…) Ainsi, par emboîtement successif, progresse-t-on de l’homme au cosmos, étant entendu que chaque relais contient le tout. Il y a là une série d’avatars concrets conduisant du monde lui-même à des masses de plus en plus réduites : région, village, quartier, maison. À l’extrémité de la série, comme dernier objet saisissable en entier par une main d’homme, se trouve le signe lui-même tracé dans le sable et sur les parois des cavernes. (Griaule, 1949)

L’adine kine, « vie du monde », est une figuration de la croix ansée égyptienne.

Les langues de la cuvette congolaise traduisent dd par *tádè « pierre », « fer » (ex : ntandu tadi « pierre », duala dale « pierre », pende u-tadi « fer », mbuum tali « fer », rwanda ubu-tare « fer », sena utale « fer », tonga tali « fer », topoke taale « pierre », bubi itayi « pierre », vili bu-tali « fer » ). Ces relations expliquent l’arabe hadidâ « morceau/barre de fer » et hadâd « forgeron ». Le terme générique pour le fer est hadyd en langue arabe, qui devient wazzâl en langue berbère, phonétiquement identique au nom de Wsir (Osiris). L’hébreu barzel « fer », le syriaque parzel « fer », l’assyrien parzillue « fer » ou l’arabe firzil « barre de fer » sont des formes liées à l’arabe baraza « sortir », « émerger » et l’hébreu bessora « bonne nouvelle » fondé sur le verbe basar « apporter », « annoncer une bonne nouvelle » qui n’est autre que le nom de Wsir (Osiris). L’hébreu bassara traduit le français évangile. Nous lions la notion d’évangile au thème du langage qui se dit bhasa en sanscrit.

Le sens de « dire » se trouve une nouvelle fois associé au pilier dd. Le sanscrit bhasa offrira les variantes bahasa, bhasa, basa ou phasa traduit par « langue », « langage » dans les dialectes et les langues d’Asie (Thaïlande, Indonésie, Malaisie, etc.). Nous porterons l’attention du lecteur sur le fait que le terme évangile est consacré à la religion chrétienne, lui répond l’arabe hadith qui n’est qu’une variation dialectale d’hadyd « fer » dans la même langue. La relation entre la parole et le fer est établie en fonction du pilier dd qui vérifie les deux sens. L’arabe propose : hadid « fer », hadâyid « fer », hedi:d « fer ». Les langues négro-africaines proposent : dangaléat : hàddìnné « fer (métal) », mokilko : àdit « fer », sar : àdida « tige de fer », sar : màdibè « fer à béton » (pour forge).

Les hadith décrivent les écrits relatifs au prophète des Musulmans comme les évangiles le font pour le messie des Chrétiens. En hébreu, aarith, variante phonétique de l’arabe hadith, signifie « fin », « issue », « limite », où l’on retrouve le thème du pilier dd (djed) que les bassa nomment nkokh nhindi « le tronc noir », l’arbre (infranchissable) de l’Au-delà. En effet, le pilier dd négro-égyptien est le nkòk nhindi de la tradition bassa, arbre (infranchissable) de l’Au-delà associé au fleuve-limite. En bassa nkòk signifie « tronc », « palmier couché par terre », l’ewondo traduit nkòk par « arbre couché qui sert de pont », le laadi offre une variante nkòkòló « arbre couché servant de pont » qui permet de voir qu’il s’agit en réalité du terme kongolo, le nom du serpent arc-en-ciel des traditions de la cuvette congolaise (Ngàn Medza chez les Bëti-Bulu-Fang). Le lien entre le pilier dd et le fer ou la pierre est confirmé par l’ewondo qui traduira nkòk « arbre couché qui sert de pont » et akòk « pierre ».

On peut encore s’étonner du lien que nous établissons entre le passage d’un fleuve et le fer, toutefois, cette surprise disparaît à partir du moment où l’on considère le nom du fer dans les langues négro-africaines :

– hungana : mboko « minerai de fer »
– suku : booko « minerai de fer »
– bodoe : bòyò « fer » (k>l)
– gbeya : bòrò « fer »
– biyanda bòlò « fer »
– manza bòlò « fer »
– shilluk bodo « forgeron »

Le biyanda bòlò « fer » aura probablement (pour ne pas dire certainement) formé le grec oboloï « obole », pièce de monnaie en fer que l’on introduisait dans la bouche du défunt pour lui garantir le passage vers l’Au-delà. L’obole remise à Charon, le nocher des enfers, servait à payer le passage du fleuve menant vers le séjour des morts. Cet obole devient les 30 deniers remis à Juda pour « livrer » le personnage biblique de Jésus, lui garantissant ainsi le passage (trois oboles étaient quelques fois requises pour le passage du défunt, 3+0 =3). Ce disciple s’appelle « Juda » en fonction du pilier dd (Djed) qui est l’arbre du passage. En duala, mbolo désigne la marchandise, l’article d’échange, l’argent, et bolo traduit « pirogue », Charon est monté sur la pirogue qui sert au passage du fleuve.

Charon, qui deviendra le nocher des enfers de la tradition grecque, est, bien sûr, une figuration du dieu Anubis (Inpw), le maître des chemins. Sur la rive du fleuve des Enfers, Charon sélectionne les défunts qui ont mérité un enterrement adéquat moyennant le paiement d’une ou de trois oboles. L’obole, ici, placée sous la langue du défunt, correspond à la cérémonie de l’ouverture de la bouche que le prêtre-sem réalisait sur la momie du défunt. Jurij Lothman et al. notent que: « Dans la mythologie égyptienne également, Anubis, protecteur des morts (et dieu des morts à la période du Haut-Empire) est révéré sous la forme d’un chien ou d’un chacal ou encore sous la forme d’un homme à tête de chien ou de chacal. Remarquons encore que les Grecs donnaient à Charon (ceci aux origines) une forme de chien » (Jurij Lothman et al., Sémiotique de la culture russe, p. 454).

La traversée du lac que Diodore de Sicile décrit avec force et détail est en réalité une métaphore de la cérémonie de l’embaumement. Jan Assmann en donne la description : « tout ce qui est mauvais est retiré du corps, autrement dit tout ce qui est périssable et peut compromettre la forme d’éternité qui est l’objectif visé. C’est ainsi que, dans les rares représentations du rituel de l’embaumement, cette phase est figurée par un bain purificateur. Le cadavre est posé sur (c’est-à-dire dans) un bassin et aspergé d’eau. Le nom égyptien de ce type de bassin est šj (lac, étang) et il est constamment question de ce lac dans les formules d’accompagnement dont quelques-unes seront citées plus bas. Les inscriptions de l’Ancien Empire décrivent le passage du défunt dans l’au-delà en ces termes : Descendre dans sa demeure d’éternité en très grande paix, afin qu’il soit confié aux soins d’Anubis et de Khentimenty, après qu’une offrande funéraire lui a été présentée à l’entrée de la fosse, après la traversée du lac, après qu’il a été glorifié par les prêtres-lecteurs.

(autre variante) Partir en cortège dans la montagne de l’Occident (Amenti) après la traversée du lac, alors qu’il a été glorifié par le prêtre-lecteur et que les embaumeurs ont exécuté pour lui les rites auprès d’Anubis. (autre variante) Puisse la traversée du lac être effectué pour lui, qu’il soit glorifié lors de l’exécution des rites par le prêtre-lecteur. Traverser le lac et être glorifié, soit être transfiguré en un esprit ancestral, vont de pair, la glorification étant célébrée par le prêtre-lecteur qui récite la liturgie funèbre inscrite sur un rouleau de papyrus. Les deux expressions se rattachent à l’embaumement, l’une à son aspect corporel, l’autre à son aspect magico-spirituel. La traversée du lac me semble signifier le passage sans dommage de la phase de purification » (Assmann 2001).

Cette pièce de monnaie (obole) deviendra l’hostie, pain sans levain que le prêtre introduit dans la bouche du communiant, et ceci en vertu de l’homonymie qu’offrent les langues négro-africaines qui traduisent également bolo par « pain » (ex : kimbundu mbolo « pain », kishikongo mbolo « pain »).

L’arabe hadid « fer » et hadâd « forgeron » partagent une même racine ada qui est un mot de la langue arabe traduisant le paiement d’une dette au sens propre ou figuré ou l’accomplissement d’un devoir religieux en son temps. Le sens de « paiement d’une dette » que propose l’arabe ada est en relation avec la destinée élitaire et le dieu Wsir (Osiris). Et nous pouvons encore rappeler qu’à ce paiement correspond l’obole de la tradition grecque ou la dîme des religions abrahamiques, qui se dit asâr en turc.

Dibombari Mbock

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