Complot d’Abobo-Avocatier: Comment Téné Birahima Ouattara voulait massacrer les 8.400 et accuser Guillaume Soro

En suivant une opération courante des Encagoulés à Abobo-Avocatier, le dimanche 28 juin 2020, contre le nommé Touré Khalifa Yaya, nous sommes tombés sur une opération clandestine de subversion aux ramifications denses, qui remontent jusqu’aux cabinets civil et militaire du Président de la République et qui aurait pu plonger la Côte d’Ivoire dans un bain de sang. Chris Yapi a enquêté minutieusement et a interrogé plusieurs membres de ce complot.

Voici les dessous d’une opération de barbouzerie qui aurait pu emporter le Président Alassane Ouattara lui-même et causer la chute précipitée de son régime.

Tout remonte aux années 2006, après les tentatives désespérées du Président Laurent Gbagbo de pénétrer Bouaké et l’échec de l’Opération Dignité en novembre 2005. L’État-major des Forces Nouvelles décide d’aguerrir davantage ses troupes et de les tenir prêtes à toutes les formes de confrontations. Ainsi, naît l’idée de former un corps de combattants d’élite, spécialisé dans le combat de localité. Le combat de localité est un combat se déroulant dans une ville ou une zone fortement urbanisée. Il utilise des techniques de guérilla et use abondamment des règles d’engagement usitées dans une guerre de type asymétrique. Ces hommes ont été formés pour se battre maison par maison, en disposant des pièges (bombes, mines antichars ou antipersonnels), destruction de point de passage, etc. pour ralentir l’avancée de l’ennemi, l’épuiser et le vaincre après un long travail de harcèlement physique et psychologique. La responsabilité de constituer cette force a été confiée au Colonel Famoussa Ouattara, qui à l’époque, il était commandant au sein des FAFN.

Le Colonel Famoussa Ouattara fit recruter 401 jeunes qu’il forma longuement au combat de localité à l’EFA de Bouaké. Quand leur formation s’est achevée, ils constituaient une arme supplémentaire au service des FAFN.

Il n’y eu plus de tentative d’agression de la part de l’armée du Président Gbagbo et les accords politiques de Ouagadougou furent signés, mettant ainsi fin à la belligérance entre les deux armées.

Les 401 commandos du Colonel Famoussa Ouattara ne furent jamais utilisés jusqu’à ce jour. À la fin de la guerre et à la constitution des Forces Armées de Côte d’Ivoire (FACI), ces jeunes gens n’ont pas été intégrés au sein de la nouvelle armée réunifiée. Ils ont été démobilisés et laissés pour compte. Sans matricule, sans emploi, sans pécule de départ, ils sont restés, pour ainsi dire, dans la nature, livrés à eux-mêmes. Ils ont commencé à vivre de petits boulots. Jusqu’au jour où éclata la seconde révolte des 8 400 à Bouaké et dans quelques garnisons du pays.

Le Président Alassane Ouattara décida alors qu’il ne paierait pas le solde des 12 millions qu’il avait promis aux 8 400 soldats et ordonna que le reste de l’armée se mette en marche pour aller mater dans le sang cette mutinerie. C’était en mai 2017. Un corps expéditionnaire fut monté, équipé et mis en route pour aller cracher le feu à Bouaké. Mais, ces soldats ont refusé d’engager un affrontement fratricide avec leurs frères d’armes qui luttaient pour une cause commune. Le Président Ouattara et son État-major furent défaits. C’est alors que le Colonel Famoussa Ouattara se manifesta.

Il a approché Téné Birahima Ouattara dit Photocopie, ainsi que le Général Diomandé Vagondo, à l’époque Chef d’État-major particulier du Président de la République. Il leur a expliqué que si le reste de l’armée refusait d’aller au combat, lui il avait ses « bons petits » qu’il avait formés à Bouaké et qui convenaient parfaitement pour ce genre de situation. Formés pour le combat de localité, ces derniers n’auraient aucun mal à s’introduire dans la ville et à détruire les défenses des caporaux mutins. Il a convaincu Photocopie et le Général Vagondo que ses hommes, bien que n’étant plus militaires en activité, étaient toujours opérationnels.

À l’insu du Président Alassane Ouattara, Photocopie, qui ne supportait pas l’humiliation subie par son frère, a décidé qu’il fallait engager ces hommes dans le combat.

Alors, le Général Vagondo et lui ont fait appel à ces hommes et leur ont fournis du matériel militaire perfectionné : fusils d’assaut AK 47, fusils d’assaut SIG, fusils de tireur d’élite, lance-roquettes RPG 7 et leurs obus, mitrailleuses lourdes 12,7mm, gilets pare-balles, casques, uniformes et caisses de munitions.
Dès qu’ils ont reçu leurs matériels, les anciens éléments du Colonel Famoussa Ouattara se sont divisés en deux équipes : une équipe commandée par Touré Khalifa Yaya dit l’Imam et la deuxième commandée par Ouédraogo Aboubacar dit le Barbu.

Particularité des deux hommes : Touré Khalifa Yaya dit l’Imam est un guinéen et le barbu est de nationalité burkinabé. C’est la raison pour laquelle ils n’ont pas été retenus dans la nouvelle armée. Touré Khalifa Yaya s’est trouvé un emploi comme vendeur de ferraille à la casse d’Abobo-Anador.

Pour les motiver au combat, Photocopie et le Général Vagondo leur promettent à chacun la somme de vingt millions de FCFA, une villa et leur recrutement dans l’armée nationale. Enthousiasmés, les anciens militaires qui, de fait, sont transformés en miliciens, se préparent physiquement et mystiquement pour la guerre. Tout l’armement était stocké chez Touré Khalifa Yaya dit l’Imam à son domicile d’Abobo-Avocatier, vers la pompe.

Au moment d’entamer leur marche sur Bouaké avec leur armement, ils reçoivent l’ordre de tout arrêter. On les informe que le Chef de l’État a trouvé un compromis avec les mutins et qu’il a décidé de payer le reste de l’argent qu’il leur devait. L’ordre d’attaquer les 8 400 caporaux est donc annulé et les 401 éléments du Colonel Famoussa Ouattara retournent chez eux avec tout leur arsenal militaire. Et plus rien. Plus aucune autorité ne s’intéresse à eux. Plus personne ne les reçoit.

Pourtant, des promesses leur avaient été faites et ils ont vu comment et avec quelle facilité, le Chef de l’État a distribué des millions aux mutins. Ils ont tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec Photocopie, sans succès. Le Colonel Famoussa Ouattara, qui les avait mobilisés, répond rarement au téléphone et quand il le fait, il se contente de leur faire de vagues promesses.

Quant au Général Vagondo, il a gardé un lien avec Touré Khalifa Yaya dit l’Imam. Ce dernier ayant des connaissances poussées en Islam et en maraboutisme, est utilisé par le général pour faire tous ses sacrifices et autres rituels de maraboutage. Il a même offert un 4X4 pick-up à Touré Khalifa Yaya pour faciliter ses missions vers les marabouts et autres voyants. Le Barbu a lui gardé le contact avec Photocopie.

La plupart des éléments ne comprenait pas qu’on les délaisse de la sorte, après les avoir mobilisés et équipés en armes d’assaut. Ils ont entrepris de se rencontrer fréquemment pour se concerter sur leur situation et décider de la ligne de conduite à suivre. Leur leader était bien entendu Touré Khalifa Yaya et au début, c’est chez lui que les réunions se tenaient fréquemment. Ils faisaient le point de leurs tentatives pour rencontrer les autorités et les réponses qu’ils recevaient.

Ainsi, le Barbu qui est d’origine burkinabè a expliqué qu’il a cherché à plusieurs reprises à entrer en contact avec Photocopie pour lui rappeler qu’ils sont toujours là, avec les équipements, mais ses demandes n’ont jamais reçu de suite.

Un autre a expliqué toutes ses tentatives pour que le Commissaire Diarrassouba Bakary, Chef des services de renseignement du GSPR, s’implique dans la prise en charge de ce problème. Il lui a rappelé que des soldats équipés en armes et en munitions avaient été abandonnés dans la nature, sans suivi, sans contrôle, sans interlocuteur. Il a informé que c’était un risque parce que ces éléments commençaient à grogner. Le Commissaire Bakary, avec un ton désinvolte, a répondu qu’il savait où se trouvaient ces hommes et leurs équipements et que donc, il ne craignait rien.

Au fur et à mesure de leurs rencontres, les 401 sont devenus unanimes à reconnaitre que la situation ne pouvait pas rester ainsi.

Ils en sont arrivés à la conclusion que si leur situation perdurait jusqu’à présent, sans début de solution, c’est parce que le Chef de l’État n’en était pas informé. Ils ont conclu que Téné Birahima Ouattara, le Colonel Famoussa Ouattara et le Général Vagondo les avait utilisés à l’insu du Président de la République. Ils ont donc décidé de se faire entendre du Chef de l’État. Et vu qu’ils avaient un équipement militaire, pourquoi ne pas s’en servir pour attirer l’attention de celui-ci sur leur situation ?

Durant leur dernière réunion, ils ont menacé d’agir comme les 8 400. Mais, comme dans tout mouvement d’hommes, il y a des traîtres ou des infiltrés, Photocopie et le Général Vagondo ont été informés de la décision de leurs protégés de manifester avec leurs armes. Ils ont donc décidé de passer à l’action.
Alors, le dimanche 28 juin 2020 dernier, les Encagoulés envoyés par Téné Birahima Ouattara ont fait une descente au domicile de Touré Khalifa Yaya dit l’imam, à Abobo-Avocatier, pour les cueillir. Cette descente en réalité n’était pas fortuite puisque ce même jour, plusieurs membres des 401 avaient décidé de se rendre au domicile de leur chef, qui boycottait de plus en plus les réunions. Ils voulaient connaître les raisons de ses absences fréquentes aux réunions et surtout savoir si l’armement que certains d’entre eux avaient confié à Touré Khalifa Yaya était toujours en lieu sûr et disponible.

Arrivés chez leur leader, ils ont trouvé les portes closes et ce dernier enfermé à l’intérieur à double tour. Surpris par cette attitude, ils ont insisté pour lui parler. Mais, il n’ouvrit pas, malgré les coups portés à la porte. Ils insistaient quand un détachement des Encagoulés est apparu et a tenté d’embarquer les 6 personnes présentes. Certaines ont pu s’échapper.
Au total, 03 personnes ont été arrêtées ce jour-là :

− Touré Khalifa Yaya dit l’Imam, Guinéen ;

− Ouédraogo Aboubacar dit le Barbu, Burkinabè ;

− Camara Ibrahim, Ivoirien.

Après les échauffourées avec le Commissaire Amani du 32ème arrondissement qui avait été appelé au secours par la famille de Touré Khalifa Yaya, les personnes arrêtées ont été conduites à la Préfecture de Police à Abobo. De là, ils ont été conduits au siège de la DST, où ils se trouvent toujours. L’objectif initial de leur arrestation était de pouvoir localiser et récupérer toutes les armes dont ils disposaient. C’est du moins ce qui transparaissait de leur interrogatoire à la Préfecture de Police.

En effet, les autorités craignent ce qui pourrait arriver au régime en cette période de tension politique, si ces gens, qu’ils ont armés et abandonnés, se mettaient à tirer dans la ville. Un gros problème cependant va se poser aux enquêteurs : chaque combattant a gardé ses armes et beaucoup d’entre eux ont quitté Abidjan pour aller vivre ailleurs.

Les soldats étaient, en effet, repartis en deux groupes : le groupe de Treichville et Marcory dirigé par le Barbu et le groupe d’Abobo, Adjamé, Attécoubé et Anyama dirigé par Touré Khalifa et Camara Ibrahim.
Chaque leader ayant partagé l’équipement à ses hommes, l’armement n’est donc pas stocké à un endroit précis où on pourrait le récupérer. Et aucun des chefs ne sait avec précision où se trouve chacun de ses éléments ni ce qu’il a fait de son arme. L’a-t-il vendu pour avoir un peu d’argent pour manger ? Le garde-t-il sur lui ? L’a-t-il prêté à des malfaiteurs ?

Néanmoins, il y avait de bonnes nouvelles : la partie de l’armement que certains des leurs avait gardée chez Touré Khalifa Yaya a été récupérée. En fait, cet armement n’avait jamais été sécurisé comme le croyait innocemment les ex-militaires. Leur leader, pour être dans les bonnes grâces de Photocopie dont il était devenu l’espion, avait remis les armes de ses camarades, sans que ces derniers n’en sachent rien. Et il informait régulièrement Photocopie du contenu de leurs réunions. C’est là que l’histoire prend une tournure machiavélique.

À la DST, sachant qu’ils tenaient entre leurs mains un homme qui avait sous son autorité 401 soldats armés et équipés pour le combat, les policiers vont en référer à Photocopie pour avoir la conduite à tenir.
Là, sur instruction de celui-ci, il est décidé que cette prise était un excellent moyen de manipulation politique contre Guillaume Soro. On va donc conclure que ces militaires ont été armés par Guillaume Soro pour faire un coup d’État contre le Président Ouattara. Pour ce faire, il faut des aveux crédibles. Il faut que Touré Khalifa Yaya accepte de parler et d’accuser clairement Guillaume Soro de les avoir recrutés et entrainés dans un projet de coup d’État. S’il acceptait cela, il recouvrirait la liberté, ainsi que ses compagnons et toute poursuite contre lui et ses amis cesserait immédiatement. On lui a fait comprendre également que s’il refusait le marché, il passerait le reste de sa vie en prison ou qu’il y mourrait, d’une manière ou d’une autre.

Désireux de recouvrer rapidement sa liberté, Touré Khalifa Yaya accepte le marché. Il a accepté d’accuser faussement le Président de GPS en échange de sa liberté et contre un peu d’argent. Mais, il ne sait pas que c’est un piège grossier qui lui est tendu par ses anciens patrons et qu’il ne sera jamais libéré.

Il a demandé à voir un de ses proches, du nom de Koné Issa, afin de bien peaufiner avec ce dernier la mise en accusation de Guillaume Soro. Ce dernier est venu le retrouver dans son lieu de détention. Après leur entrevue, le sieur Koné Issa est retourné à Abobo et a convoqué une réunion d’urgence dans un lieu situé près de l’école primaire St-Moïse à Abobo-Avocatier – Marché de nuit, afin de convaincre les autres membres du groupe de s’inscrire dans la trame du complot qu’on venait de lui présenter. Il a précisé que c’était la seule condition pour qu’aucun d’entre eux ne soit poursuivi et recherché. Des débats houleux ont donc commencé entre eux. Certains d’entre eux disaient que c’était un piège tendu par des gens qui ont prouvé qu’ils étaient des ingrats et n’avaient aucune parole. D’autres trouvaient que c’était injuste d’accuser gratuitement Guillaume Soro, alors que la source de tous leurs malheurs était le Colonel Famoussa Ouattara.

Pendant la réunion, un certain Koné a reçu un appel téléphonique du Colonel Koné Zakaria. Après la conversation, ce Koné a indiqué que le Colonel Koné Zakaria voulait le rencontrer d’urgence. Il a été décidé qu’il irait, accompagné de Koné Issa, qui avait discuté avec Touré Khalifa dit l’Imam en prison à la DST.
Arrivé au lieu de rendez-vous, en bordure de route sur l’axe Anyama-Abobo, ils ont plutôt rencontré un émissaire du Colonel Koné Zakaria.

À leur retour, ils ont informé leurs collègues restés sur place, que l’homme envoyé par le Colonel Koné Zakaria leur avait montré une vidéo YouTube de Chris Yapi (https://youtu.be/DtUriIfUa0Y), dans laquelle il révélait que Touré Khalifa Yaya dit l’Imam travaillait en réalité avec Photocopie. Et Chris Yapi avait même révélé l’identité d’un des Encagoulés qui étaient allés en mission au domicile de l’Imam. Il a donc indiqué qu’il fallait agir vite, avant qu’il n’y ait des fuites et que Chris Yapi ne dévoile ce qu’ils étaient en train de mijoter.

Ainsi, à l’unanimité, croyant naïvement aider leur chef, ils ont accepté de faire porter le chapeau à Guillaume Soro. Touré Khalifa Yaya pourrait accuser Guillaume Soro et eux ils devaient confirmer les accusations. Le scénario étant validé par tous les camps, Touré Khalifa Yaya pourrait regagner son domicile dès l’enregistrement de ses aveux. Et le mardi 30 juin 2020, en fin d’après-midi, Touré Khalifa Yaya, Ouédraogo Aboubacar et Camara Ibrahim ont été remis en liberté.

Touré Khalifa Yaya dès sa libération est allé directement au palais présidentiel où il a été reçu pour lui renouveler le soutien de Photocopie. Le pauvre ignore qu’il n’est qu’un pion dans une vaste machination et que son sort représente peu de choses aux yeux de Photocopie, du Général Vagondo ou du Colonel Famoussa Ouattara.

L’obsession morbide du Président Alassane Ouattara et son frère Téné Birahima Ouattara d’impliquer à tout prix Guillaume Soro dans un projet de coup d’État, risque de leur créer une surprise désagréable un de ces jours.

Pour le moment Chris Yapi suit attentivement cette affaire et vous tiendra informés de ses rebondissements.

CHRIS YAPI NE MENT PAS

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