Comprendre la crise que traverse le FPI: La brillante démonstration de Me Kouassi André

Comprendre la crise que traverse le FPI: La brillante démonstration de Me Kouassi André

C’est une évidence, le Fpi est en crise, celle-ci est à la fois idéologique et politique. Elle est idéologique parce que certains principes font l’objet d’interprétations différentes. Elle est politique parce qu’il est aussi question d’adopter une posture dans la grande crise que traverse la Côte d’Ivoire.

Il ne s’agit donc pas d’une simple réaction au remaniement du secrétariat général en date du 04 juillet 2014. Ce remaniement est lui-même, une conséquence de la crise. Il est en réalité l’expression ouverte d’une contradiction profonde entre la gauche et la droite dans le parti qui a atteint un certain stade de son développement.

Que s’est-il réellement passé au sein du parti depuis la reprise de ses activités en juillet 2011 ?

Après la défaite militaire de la Côte d’Ivoire, face aux puissances impérialistes, le 11 avril 2011, le Fpi était donné pour mort. Le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en Côte d’Ivoire, en la personne de Choi, a même prononcé l’oraison funèbre de ce parti. Mais cette grande assurance des ennemis du Fpi ignorait les liens que ce parti entretient avec le peuple ivoirien. Alors que le régime issu du 11 avril 2011 et ses parrains n’éprouvaient que du mépris pour le Fpi et pour les ivoiriens, un évènement va retenir leur attention. En effet, les élections législatives de décembre 2011, ont profondément marqué le paysage politique ivoirien. Le mot d’ordre de boycott lancé par le Fpi est suivi par le peuple dans sa grande majorité. Cela a donné un désert électoral.

Les parrains du régime se sont rendu compte que le Fpi exerce toujours une grande influence dans l’opinion nationale. Pour permettre au régime d’opérer dans la quiétude, les parrains décident de mener une campagne de séduction en direction du Fpi pour l’engager sur de fausses pistes en vue de le réduire à sa plus simple expression. Pour polir l’image du régime, les chancelleries proposent au Fpi une interprétation tendancieuse du concept «être dans le jeu politique».

Cette interprétation suggère d’une part, que la question de la libération du Président Laurent Gbagbo, arbitrairement déporté ne soit plus évoquée comme préoccupation du parti. Elle suggère d’autre part, que le Fpi participe sans condition aux différentes activités politiques auxquelles le régime l’invite, la participation à un gouvernement n’étant pas exclue. Le premier point de divergence au sein du parti est né de la question : quelle doit être notre attitude à l’égard des puissances qui ont fait la guerre au pays et quels doivent être les rapports du parti avec les alliés de ces puissances au pouvoir en Côte d’Ivoire ?

Deux voies étaient alors offertes : une inspirée par la doctrine de gauche qui suggère l’autonomie du parti et la résistance face à l’adversité, l’autre inspirée par des considérations de droite suggérant la soumission du parti et sa collaboration avec le régime. La première tendance tire son fondement de l’article 4 des statuts du parti. Cette disposition indique que : le Fpi rassemble en une union volontaire des femmes et des hommes épris de justice et de liberté, engagés contre toute forme de domination sur la Côte d’Ivoire et en Côte d’Ivoire. Cette tendance recommande la résistance et la définition des actions du Fpi par les militants eux-mêmes. Dans cette démarche, c’est le peuple qui est identifié comme l’allié principal parce qu’il demeure fidèle au parti. La deuxième tendance qui est resté minoritaire pendant toute la durée de la direction intérimaire, considère que le Fpi, devenu faible du fait de la perte du pouvoir, n’a d’autres choix que de mettre à exécution les conseils des chancelleries occidentales d’une part, d’autre part le parti ne doit rien entreprendre qui puisse effaroucher le régime en place . Cette tendance recommandait très fortement que la Jfpi arrête toute activité sur le terrain.

Après la scandaleuse arrestation du camarade Koua Justin, alors secrétaire national par intérim de la Jfpi, cette tendance pensait que les militants allaient être convaincus du bien fondé de sa position. Mais c’était peine perdu parce que les militants ont conscience de ce qu’ils ont à faire pour libérer leur pays. Les deux tendances existent toujours au sein du parti et elles s’affrontent chaque fois que l’occasion se présente. C’est dans cette ambiance que le président du parti sort de prison le 05 août 2013.

A ce premier point de divergence, va alors s’ajouter un deuxième qui est relatif au refus du président du parti de respecter une décision du comité central adoptée au cours de l’année 2013. Cette décision ordonnait la suspension de toute rencontre avec le gouvernement sous la condition que celui-ci mette en oeuvre les points d’accord retenus à l’issu du dialogue Fpi-Gouvernement.

Pour s’affranchir de ladite décision, le président du parti a opposé ce qu’il appelle «éthique des principes et éthique de la responsabilité». Il décide alors qu’entre les deux, lui, il choisi l’éthique de la responsabilité comme s’il pouvait avoir une responsabilité ne reposant pas sur un principe. sur cette question, une tendance au sein du parti considère que l’attitude du président est contraire à l’article 6 des statuts qui indique que : «la politique du parti doit faire l’objet d’un large débat démocratique au congrès, à la convention et au comité central».

Cette attitude est aussi une violation de l’article 7-2ème qui précise que : «tous les membres du parti sont ténus d’appliquer les décisions prises tant qu’elles ne sont pas remises en cause à la suite d’un débat démocratique». L’autre tendance expose que, selon l’article 41 des statuts : «le Fpi est dirigé par un président élu par les assemblées fédérales et investi par le congrès». Que l’article 42 ajoute : «le président nomme les membres du secrétariat général et détermine leurs attributions». Il préside le comité central et le secrétariat général.

En apparence, une contradiction oppose les dispositions des articles 6 et 7 énoncées dans les principes à celles des articles 41 et 42. La question centrale ici posée est celle de savoir qui décide pour le Fpi ? Le comité central ou le président du parti ? Le pouvoir d’un organe collégial ou le pouvoir d’un individu ?

Les rédacteurs des statuts, en affirmant à l’article 3 que : «le Front populaire ivoirien est un parti socialiste» n’avaient pas l’intention d’instituer un pouvoir personnel au profit du président du parti. Il n’y a pas d’amalgame à faire entre l’exécutif du parti et l’exécutif de l’Etat. Toutes fois, un remaniement du genre 4 juillet 2014 peut travestir le fonctionnement normal du secrétariat exécutif et du secrétariat général si le nombre de courtisans est supérieur au nombre de militants jouissants d’une autonomie de pensée. Le réaménagement du 4 juillet est semble-t-il l’expression de la volonté du président et de son cabinet de créer les conditions d’un pouvoir personnel, en contournant les principes qui fondent le fonctionnement d’une organisation de gauche.

La troisième question qui divise le Fpi est relative à la place qui doit être réservée au Président Laurent Gbagbo dans la phase actuelle de la lutte du Fpi. sur cette question sensible, les deux tendances opposées au sein du parti proclament haut et fort leurs volontés de lutter pour la libération du président Laurent Gbagbo. La convergence entre les deux groupes s’arrête à ce niveau.

Une divergence profonde apparait lorsqu’il faut aborder la question des actions concrètes à mener en vue de la libération du Président Laurent Gbagbo. Une tendance suggère qu’il faut mettre le Président Gbagbo au centre du débat politique en Côte d’Ivoire. Il faut pour cela, lui confier la présidence du parti qu’il a créé et faire l’unité autour de lui. L’autre tendance avance qu’un prisonnier ne peut pas se libérer lui-même. Par conséquent, il faut laisser le Président Gbagbo, isolé dans sa prison de La Haye et mener la lutte en Côte d’Ivoire sans associer son nom.

Cette tendance qui s’avère alliée du pouvoir peut compter sur la presse proche du régime notamment les quotidiens : Le Nouveau Réveilet Le Patriote. Cette tendance bénéficie aussi du soutien de l’appareil judicaire qui prend fait et cause pour elle dans le conflit interne au Fpi. C’est dans cette optique, conformément à la volonté expresse du président du parti, qu’une ordonnance sur requête en date du 9 décembre 2014 a reporté le congrès du parti qui devait se tenir du 11 au 14 décembre 2014.

Après la signification de ladite ordonnance, cette deuxième tendance a fait appel aux forces de répression du régime pour empêcher les membres de l’autre tendance d’avoir accès au Qg de campagne du Président Laurent Gbagbo, servant d’abri provisoire au Fpi. En outre, cette deuxième tendance accuse la première d’avoir pour slogan : «Gbagbo ou rien». Celle-ci accepte d’assumer ce slogan qui lui est attribué. Mais il semble que l’autre tendance n’a pas le courage de proclamer son propre slogan qui est : «Tout sauf Gbagbo» et ce ne sont pas les actions en justice contre la candidature du Président Gbagbo qui prouveront le contraire. Au total, au sein du Fpi, la droite et la gauche s’affronte de manière irréversible et le parti se présente aujourd’hui comme un fleuve dans le lit duquel deux courants d’eau de nature différente et de directions différentes coulent côte à côte sans pouvoir se mélanger. A l’évidence, la contradiction entre deux tendances a atteint son stade antagonique et la résolution de la crise n’est plus loin.

Me André Kouassi

In Le Temps N°3383

 

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