Contre l’image de la vulve parfaite, elles se rebellent sur Internet

Contre l’image de la vulve parfaite, elles se rebellent sur Internet

« L’adolescente » – Sandrine Boulet Des vulves de toutes les tailles, de toutes les formes et de toutes les couleurs : c’est ce qu’on trouve sur LargeLabiaProject (« Projet grosses lèvres »), le Tumblr d’Emma, une…

s vulves de toutes les tailles, de toutes les formes et de toutes les couleurs : c’est ce qu’on trouve surLargeLabiaProject (« Projet grosses lèvres »), le Tumblr d’Emma, une Australienne de 24 ans. La jeune femme y publie les photos d’organes génitaux que lui envoient des femmes.

Mais ça n’est pas un blog érotique ou porno : le but du site est de redonner confiance à ces femmes dont l’entrejambe ne ressemble pas à celui des stars du X. Car si pour beaucoup de garçons, le porno est la première rencontre avec l’intimité féminine, c’est aussi le cas pour les filles. Emma explique au site américain Salon.com :

« Une génération entière de jeunes femmes qui ont grandi en ayant accès à Internet découvrent leur corps et la sexualité à travers ce média. Souvent, la première et unique manière dont les filles peuvent jeter un œil à l’appareil génital d’autres filles, c’est via la pornographie, qui donne une vision biaisée de ce à quoi ressemblent les vraies femmes. »

Des sirènes au corps de rêve et une vulve parfaite, avec pas ou très peu de poils : le porno influence en effet la manière dont on considère le corps de la femme. D’où un boom des labioplasties – opérations de chirurgie esthétique sur les petites et/ou les grandes lèvres vaginales.

Un urogynécologue de Laguna Beach, en Californie,explique au site GuernicaMag.com que la procédure de « rajeunissement vaginal » la plus demandée est la « Barbie », du nom de la poupée de Mattel : le chirurgien coupe toutes les petites lèvres de façon à ce que rien ne « dépasse » des grandes lèvres.

« C’est une belle chatte que voilà ! »

C’est en réaction à cette image déformée de l’appareil génital féminin qu’Emma a créé son blog. Si certains visiteurs avouent parcourir le Tumblr d’une seule main, le but du site n’est pas d’érotiser ces vulves mais de redonner confiance aux contributrices à travers les commentaires postés sous les photos par les visiteurs et Emma elle-même – « Tout va bien avec cette vulve » ; « C’est une belle chatte que voilà ! », ou encore : 

« Je n’ai pas de lèvres, mais il est important de vous rappeler que vos lèvres ne devraient pas vous déprimer. J’ai parcouru rapidement ce blog et je dirais qu’aucune des lèvres postées n’est “moche”, parce que les lèvres devraient être une source de fierté. Vous êtes toutes belles à mes yeux ! »

Le fait de changer le regard des femmes sur leurs organes génitaux n’est pas un concept nouveau : Betty Dodson par exemple, éducatrice sexuelle américaine, organise depuis plus de trente ans des ateliers lors desquels les femmes parlent de leur corps, dévoilent leurs organes génitaux et se masturbent. Dans son livre « Sex for one », initialement publié en 1974, elle montrait déjà des dessins des différents types de vulves.

Mais comme le remarque ironiquement la journaliste de Salon.com, c’est sur Internet, le média qui a permis la diffusion à une large échelle de ce porno qui contraint les femmes, que ces dernières exposent avec fierté leurs vulves « hors normes ».

« Merci de m’aider à me sentir normale »

D’autres Tumblr fonctionnent selon le même principe que LargeLabiaProject : sur LoveLargeLabia ouVaginasOfTheWorld (« Vagins du monde »), les femmes sont aussi appelées à poster des photos de leurs organes génitaux et à partager leur insécurité ou leurs complexes :

« J’ai 38 ans et j’ai comparé mes lèvres aux autres pendant toute ma vie, comme beaucoup d’autres sur ce blog. C’est un tel soulagement de ne pas être seule. Merci de m’aider à me sentir normale et belle. »

Le blog Courageous Cunts (« cunt » désigne à la fois l’appareil génital féminin et une « salope ») a la même approche antisexiste que LargeLabiaProject, et se décrit comme prônant un « activisme de la vulve » :

Le logo du blog Courageous Cunts « On est assez en colère contre la propagande grandissante poussant à “améliorer” chirurgicalement l’appareil génital féminin. […] Nous nous opposons à l’alliance entre le porno et l’industrie médicale. A la campagne qu’ils nous vendent pour nous vendre les organes génitaux parfaits. Ici, nous essayons de nous y opposer. SOYEZ FIERES DE VOS LEVRES ET DITES-LE AU MONDE ENTIER ! »

Le blog propose en téléchargement le PDF de son logo – un entrejambe féminin apposé sur une main faisant un doigt d’honneur – et incite ses lecteurs à l’imprimer, le découper et le coller un peu partout.

« La vulve, presque un organe à elle seule »

SexyLabia.com, lui, érotise clairement les grosses lèvres. La rubrique « A propos » en dit tout de même un peu plus sur le principe du site :

« De plus en plus de femmes comprennent que leur vulve est souvent une des raisons pour lesquelles leur partenaire les trouve attirantes. Grâce à des livres sur la sexualité féminine comme ceux de Carol Queen, Betty Dodson, Annie Sprinkle et d’autres, les femmes comprennent enfin que non seulement elles ont le droit de regarder “en bas”, mais que c’est même conseillé ! Elles se rendent compte que ce bout de chair qui dépasse est bien plus que l’extérieur du vagin. En fait, la vulve est presque un organe à elle-seule. »

C’est aussi Internet qui a permis le crowdfunding (financement par les internautes) du livre de photographies« 101 vaginas », qui vise à briser les tabous sur les vagins, ou à la blogueuse Molly, 40 ans, mère de deux enfants, de lancer le Pussy Pride Project, qui regroupe des témoignages de femmes expliquant pourquoi elles aiment leurs organes génitaux.

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